‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 238 sur 371 · MICROBES. — FERMENTATIONS PUTRIDES · texte numérisé non relu

MICROBES. — FERMENTATIONS PUTRIDES

questions de la pathologie générale. Il s'agit de savoir si les microbes générateurs des maladies contagieuses (variole, scarlatine, rougeole, fièvre typhoïde, typhus feber, peste d'Orient, septicémie, morve, syphilis, diphthérie, tubercule, etc.) existent toujours nécessairement comme germes diffus permanents, ou s'ils peuvent prendre naissance par des modifications de cellules sous l'influence des milieux. Reconnaissons d'abord que plusieurs microbes ont besoin, pour apparaître ou se multiplier, de microbes semblables à eux-mêmes. La variole, la rougeole, la scarlatine, la syphilis, etc., ne naissent point par la transformation de cellules. Mais je serai loin d'être aussi affirmatif lorsqu'il s'agira des septicémies, des microbes de la rage, delà morve et de la tuberculisation pulmonaire. Nous discuterons plus loin ces graves questions ; je n'ai pas besoin de dire que tout en admettant la possibilité delà transformation de certains organismes sous l'influence des milieux, je ne prétends en aucune façon fournir un argument en faveur de l'hypothèse des générations spontanées. Il ne s'agit ici que de modifications dans les propriétés de cellules organisées et vivantes, et des exemples de modifications plus complexes sont très nombreux et parfaitement connus.

Après cette rapide introduction, il nous reste à indiquer l'ordre que nous allons suivre : 1° fermentations des matières animales (azotées, sulfurées) ; questions hygiéniques qui s'y rattachent ; 2° fermentations des matières végétales ; routoirs, marais ; 3° parasites végétaux, parasites animaux, maladies contagieuses, questions hygiéniques qui s'y rattachent.

Fermentations putrides. — On confond sous ce nom un grand nombre de transformations moléculaires qui commencent à être mieux connues dans leurs causes et dans leurs effets. On sait aujourd'hui que la plupart de ces phénomènes ne sont pas uniquement des actes de destruction de la matière organisée, mais que ces décompositions sont mises en mouvement par l'action de la vie d'êtres inférieurs (1).

La loi hygiénique qui résume nettement ce que l'on sait de pratique sur les fermentations putrides peut se formuler ainsi : Les produits de la fermentation putride dont l'air peut se charger sont presque toujours incommodes, et souvent à un point extrême; dangereux exceptionnellement par accumulation dans un espace confiné, et par certaines conditions spéciales qui toutes n'ont pas encore été bien étudiées. Les Conseils d'hygiène s'occupent constamment de toutes les industries qui se

1. Bouchardat, Thèse de concours pour l'agrégation, 1833. — Dumas, Traité de chimie, t. VI, p. 381. — Pasteur, Fermentation putride (C. II. de l'Ac. des sciences, t. LVI, p. 738 cl 1189, juin 1803). — Ch. de Vauréal, Essai sur l'histoire des ferments, Paris , 186-1, in-8 (Tlièsesde la Faculté de médecine, p. 104). —Bouchardat, Des ferments putrides (Annuaire de thérapeutique, 1866, p. 325).

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rattachent par un point ou par un autre aux produits des fermentations putrides, qu'à la question capitale des marais, qui est cependant beaucoup plus importante, car, pour un cas de maladie déterminée par les émanations de la fermentation putride, il en est mille causés par les effluves des marais; mais les produits de la fermentation putride affectent péniblement l'odorat, tandis que rien ne nous avertit de la présence dans l'air des eflluves des marais.

Les règles d'hygiène se rapportant à la fermentation putride se résument, pour les conditions principales, à deux mots que nous développerons plus loin : 1° désinfecter; 2° disséminer.

Les matières azotées, outre leurs quatre éléments fondamentaux : oxygène, carbone, hydrogène, azote, contiennent du soufre, du phosphore et des sels. Les produits principaux de leur fermentation putride, sous l'influence de l'oxygène de l'air, ou privés de cette influence, sont l'ammoniaque simple et composée, l'acide carbonique, l'eau, les hydrogènes sulfuré, phosphoré, etc., des gaz fétides, des produits intermédiaires peu étudiés. Sous l'influence des bases de l'oxygène et de ferments spéciaux, il se produit des azotates. Il reste des débris terreux.

Les conditions indispensables des fermentations putrides sont : 1° de l'eau; 2° un degré de température convenable; 3° des ferments organisés vivants. On avait cru pendant longtemps, et en se basant sur une expérience de Gay-Lussac, que la présence de l'oxygène était indispensable. Ce qui corroborait cette opinion, c'était que certains corps avides d'oxygène, comme le deutoxyde d'azote, arrêtaient les fermentations putrides ; ce n'est point en absorbant l'oxygène qu'ils l'arrêtent , mais en détruisant la vitalité des ferments. Ce qui le prouve, c'est, comme nous l'avons vérifié avec M. Desbassins de Kichemond, qu'en enlevant l'oxygène d'un milieu à l'aide de matières non toxiques, on n'entrave en rien la putréfaction.

Un degré de température supérieur à zéro est indispensable, pour déterminer les phénomènes de la putréfaction. Les mastodontes conservés depuis des milliers d'années dans les mers glaciales le prouvent. Une température de 25 à 45 degrés paraît être la plus favorable à l'énergie des phénomènes de la putréfaction.

L'eau est indispensable aux décompositions putrides. Les matières animales complètement desséchées ne se putrélienl point. Quand on s'est emparé de la plus grande partie de l'eau de ces matières à l'aide du sel marin ou du sucre, la fermentation putride est entravée.

La présence d'infusoires ou ferments vivants estime condition absolue de toute fermentation putride. Examinez à l'aide d'un microscope toutes les matières en putréfaction, et vous y découvrirez un monde dans un état d'agitation extrême. Le rôle antiseptique d'un grand nombre de poisons s'explique de la façon la plus naturelle par cette action toxique qu'ils

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