MÉPHITISME ANIMAL
profession de boucher comme salubre. Je la considère comme satisfaisante, parce qu'ils sont habituellement bien nourris; mais ici, à Paris, depuis qu'on nous débite de la viande d'animaux charbonneux à la vente à la criée, ils ont fourni plusieurs cas de pustule maligne. John Gillmore, Rousseau, n'ont remarqué aucun effet nuisible des émanations de la macération de pièces anatomiques, et Labarraque et Guersant, de celle des boyaux.
Parent-Duchàtelet a constaté que les émanations qui proviennent des substances animales en putréfaction gagnent toujours les parties les plus élevées, et qu'elles disparaissent subitement lorsqu'il survient une pluie légère, une forte rosée ou même un brouillard, ce qu'il explique en disant que l'eau dissout le savon ammoniacal, lui ôte sa volatilité, le sépare de l'air, et détruit ainsi l'infection; ou plutôt, selon moi, parce que l'eau entraîne l'hydrosulfate d'ammoniaque, l'hydrogène sulfuré et les produits fétides qui les accompagnent.
Conditions principales de nocuité du méphitisme animal. — L'accumulation de matières animales en putréfaction est des plus incommodes: elle peut déterminer des accidents. Il émane souvent des dépôts d'os des odeurs infectes. Quand Olivier d'Angers les visitait, il était en proie à des vomissements, des coliques, des déjections alvines putrides, des sueurs froides et des prostrations. Il est des personnes beaucoup plus impressionnables les unes que les autres. L'habitude émousse ces effets. M. Chevallier a éprouvé des accidents assez graves après avoir assisté à la translation des victimes de juillet 1830, inhumées sur la place du Louvre. Louis Pravaz, et avec lui un nombre assez considérable d'étudiants en médecine, ont été souvent incommodés par les dissections, et M. Guérard rapporte l'observation d'un jeune homme qui ne pouvait entrer dans un amphithéâtre sans être pris de lientérie.
Les exhumations et les dissections de sujets qui ont succombé à certaines maladies ont pu être dangereuses, mais il faut accepter les faits suivants comme exceptionnels et avec une grande réserve. Pringle, De Lassone, Desgenettes, Vaidy, ont vu des vomissements, des diarrhées, des dysenteries, se produire sous l'influence des émanations
et les moyens d'y remédier, par MM. Hofmann, Frankland, Miller, Bazalgette, W. Johnson, W. Napier, etc. — Guérard, Méphitisme et désinfection des fosses d'aisances (Annales d'hygiène, t. XXXII, p. 326). — Grassi, Assainissement des latrines (Annales d'hygiène, 1859). — A. Tardieu, Voiries et cimetières, Paris, 1852, in-8. — Rapport suites procédés d'embaumement (Bulletin de l'Académie de médecine, 1847, t. XII; p. 463). — Scoutetten, Pratique des embaumements, Metz, 1859. — Vernois, Traité d'hygiène industrielle; boyaudiers, t. I, p. 183, Paris, 1860. — Perrin, De l'inflammation des gaz produits dans les fosses d'aisances (Annales d'hygiène publique, janvier 1867).— Alpliand, Note du directeur des travaux de Paris sur la situation du service des eaux et des égouts et sur les mesures à proposer au conseil municipal, 1879, in-4. — Travaux cm Comité de défense contre les projets de déboisement et d'irrigation de la forêt de Saint-Germainen-Laye, 1880. — Aubry-Vitet, Épuration et utilisation des eaux d'éqoul (Revue dei Deux-Mondes, t« octobre 1888).
dégagées par des matières fécales, par des animaux en putréfaction. M. Chomel a vu la dysenterie se développer en quelques heures chez plusieurs élèves qui avaient ouvert le corps à un individu asphyxié dans une fosse d'aisances. Navier rapporte qu'en avril 1773, dans l'église de Saint-Saturnin, à Saulieu, deux bières s'étant ouvertes pendant une inhumation, il se répandit une odeur infecte qui obligea les assistants à sortir. Sur 120 jeunes gens des deux sexes qu'on préparait à la première communion, 114. tombèrent dangereusement malades, ainsi que le curé, le vicaire, les fossoyeurs et plus de 70 autres personnes. 18 malades succombèrent. On a attribué des accidents aux mouvements de terres imprégnées de matières putrides. Pariset voyait l'origine de la peste d'Egypte dans la destruction d'anciens tombeaux. Celte hypothèse n'est plus admise. La concentration de gaz toxiques a déterminé des asphyxies (plomb des vidangeurs, asphyxie dans les caveaux mortuaires).
L'introduction des matières putrides sous la peau produit des accidents qu'on a des occasions journalières de constater; les piqûres analomiques ont trop souvent des suites funestes pour qu'il soit nécessaire d'insister sur ce sujet, sur lequel je reviendrai en traitant de la septicémie.
Désinfectants. — Désinfection. — Le moyen le plus certain et le plus économique de désinfecter un espace confiné infecté par des émanations provenant de matières animales en putréfaction est sans contredit une ventilation per ascensum continue et assez énergique. Parmi les gaz putrides l'hydrogène sulfuré vient au premier rang; puis le gaz hydrogène phosphoré, l'hydrogène carboné lui-même, qui peut entraîner diverses matières odorantes. Or, comme ces fgaz sont plus légers que l'air, une bonne ventilation est un moyen simple et efficace pour s'en débarrasser. Les désinfectants sont de nature très diverse. Les corps poreux, comme le charbon, désinfectent en condensant les gaz dans leurs pores; les sels métalliques, tels que Yazotate de plomb, le sulfate de fer, le sulfate de cuivre, et surtout le chlorure et le sulfate de zinc, désinfectent en s'emparant de l'hydrogène sulfuré et en produisant des sulfures inodores. On préfère aujourd'hui les sels de zinc soluhlcs, parce qu'ils donnent un sulfure blanc, et que la désinfection est plus complète qu'en employant le sulfate de fer qui coûte moins. On emploie encore comme désinfectant le chlorure de chaux et les autres hypochlorites de soude, de potasse; les manganates de potasse, de soude; l'ozone. Tous les corps comme les essences, les baumes, les acides phénique et thymique, le coaltar, le sulfure de carbone et tous les composés divers qui détruisent la vitalité des êtres inférieurs, sont utiles comme prévenant la fermentation putride : ce sont des désinfectants indirects.