‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 242 sur 371 · MÉPHITISME ANIMAL. - HOUES, IMMONDICES · texte numérisé non relu

MÉPHITISME ANIMAL. - HOUES, IMMONDICES

Boues et immondices. — Voiries d'immondices. — Er;ouTS. — Un grand nombre de grandes villes, surtout dans les pays musulmans, sont encore bien arriérées au point de vue du service de l'enlèvement des immondices. A Gonstantinople, ce sont les chiens errants qui s'en acquittent. Ce n'est qu'à, la fin du douzième siècle qu'on s'occupa à Paris de l'enlèvement des boues et immondices et du pavage de la ville. En 1184, Philippe-Auguste prescrivit aux bourgeois de se munir de tombereaux pour enlever tous les détritus de la vie humaine. Ces ordonnances ne furent pas rigoureusement exécutées, car en 1392 on renouvela la défense de ne point transporter sur la place de Grève les fientes et vidanges de latrines. En 1506, on établit une taxe pour l'enlèvement des boues. Cette taxe de balayage est aujourd'hui perçue régulièrement. De plus, aux heures matinales, passent dans chaque rue de Paris des tombereaux chargés d'enlever les débris, les résidus des cuisines de tous les locataires, qui ne sont plus aujourd'hui portés sur la voie publique, mais réunis dans les allées de chaque maison, dans des paniers que les employés de ce service déversent dans leurs tombereaux. On use avec grande raison de tolérance dans les quartiers habités par les ouvriers. Les boues et immondices étaient jadis transportées aux portes de la ville. Il y a cinquante ans, on comptait encore en service les voiries de la barrière de Montreuil, de la rue de Ménilmontant, de la rue de Château-Landon, de la rue de la Voirie, de la barrière des Fourneaux, de la barrière d'Enfer, de l'ancienne barrière des Deux-Moulins. Ces voiries furent peu à peu supprimées et remplacées par trois grands dépôts d'immondices formés à l'entrée de Vincennes, à Montrouge et à Clichy. Ces établissements, qui soulevaient à juste titre les plus vives réclamations des localités environnantes, ont euxmêmes disparu.

En 1825, l'Administration fut pour ainsi dire forcée par les habitants de la rue de Ménilmontant de supprimer la voirie qui existait dans cette rue. Une véritable émeute eut lieu dans ce quartier. Les nombreux habitants des environs de la voirie, las de ne pas voir leurs plaintes écoutées, avaient pris le parti do se faire justice eux-mêmes. Ils fermèrent la voirie et en expulsèrent les tombereaux. Il est certain que l'accumulation de grandes masses d'immondices en putréfaction, conservées ainsi pendant des mois, répandait au loin des émanations nauséabondes.

D'après un rapport de M. Iluzard fils au Conseil de salubrité, les voiries d'immondices furent supprimées. A dater de 1826, les produits, boues et immondices furent de suite transportés directement sur les champs où ils doivent être utilisés comme engrais. Ces petits dépôts doivent être formés à 2000 mètres au moins des barrières. Cette heureuse dissémination produisit les meilleurs résultats. Toutes les plaintes ces-

sèrent, et les coteaux et les plaines sablonneuses des environs de Paris grâce à ces amendements, virent augmenter prodigieusement leurs récoltes. Le prix annuel de location des terres seleva progressivement de 20 à 120 francs l'hectare. La règle hygiénique, en ce qui regarde les voiries d'immondices, est bien simple : suppression et disséminât ion un médiate des boues et immondices sur les champs où ils doivent être utilisés comme engrais.

Égouts. — Rien de mieux pour assurer la propreté continue des rues des grandes villes que des égouts conduisant les eaux résidus sur des terrains en culture qui peuvent profiter des irrigations, ou dans de grands cours d'eau. Mais lorsqu'on prend ce dernier parti, on doit toujours redouter la contamination du fleuve dont nous parlerons bientôt. Les égouts bien construits, bien tenus, continuellement surveillés et lavés, ne présentent pas d'autre inconvénient au point de vue de la salubrité, pour la ville où ils sont établis, que de répandre pendant certains jours de chaleur des odeurs désagréables, par les bouches qui reçoivent les eaux pluviales. Il ne faut point s'exagérer cet inconvénient. Ces odeurs sont plus désagréables que nuisibles; elles sont déterminées par des gaz hydrogénés légers. Les microbes des maladies contagieuses sont plus lourds ; s'il s'en trouve dans les égouts plus que dans l'atmosphère des rues (ce qui est loin d'être démontré), ils doivent y rester pour la plus grande partie.

Les égouts doivent être établis : 1° sur un sol solide ou parfaitement consolidé; 2° ils doivent être construits en matériaux choisis (chaux hydraulique, ciment romain, meulière), pour assurer leur complète imperméabilité; s'ils ne réunissent pas ces deux conditions, ils compromettent gravement la solidité des maisons voisines ; 3° ils doivent être vastes, suffisamment élevés; 4° leur ipente doit être bien réglée pour assurer l'écoulement régulier des eaux et des matériaux solides qu'elles peuvent entraîner.

L'écoulement des eaux résidus des fabriques, de l'économie domestique, doit plutôt s'effectuer dans les ruisseaux pavés des rues, que dans les égouts, quand ceux-ci ne sont pas bien construits, de dimensions suffisantes, pourvus assez abondamment d'eau, surveillés chaque jour dans toutes leurs parties, par un personnel bien dressé, pour éviter toutes les obstructions; si besoin est, désinfectés.

Quand les égouts ne possèdent ni les dimensions ni la pente convenables et qu'ils tne sont pas journellement surveillés et lavés, ils peuvent s'obstruer; leur curage peut présenter alors de véritables dangers (1).

(t) Ce qui précède, était à l'impression lorsqu'csl survenue, en septembre 1880,1a catastrophe du curage de l'égOUt de la rue Rochcchouart, qui a coulé la vie à quatre malheureux ouvriers. C'est un nouvel exemple pour montrer l'indispensable nécessité de l'eau en quantité suffisante, d'une surveillance de chaque jour dans (ouïes les parités des

Page 1