‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 243 sur 371 · MÉPHITISME ANIMAL. - CURAGE U'ÉGOUTS · texte numérisé non relu

MÉPHITISME ANIMAL. - CURAGE U'ÉGOUTS

Paivnt-Duchàtelet, qui élait loin d'exagérer les inconvénients (lu méphitisme animal, donne la relation suivante du curage de l'égout de la rue Amelot, qui fut exécuté sous la surveillance du Conseil de salubrité : « Pendant le curage de l'égout Amelot, malgré les précautions les plus minutieuses et les mieux entendues, presque tous les ouvriers ont été affectés d'ophthalmies déterminées soit par l'action directe de la boue de l'égout, soit par le contact des gaz. Dans le premier cas, elles ont été beaucoup plus graves que dans le second. Les ophthalmies produites par le contact des gaz se sont montrées brusquement, sans qu'on ait pu les prévenir ou en saisir la cause, déterminante ; elles ont eu pour principaux caractères une cuisson excessive des deux yeux, un larmoiement très abondant, de la photophobie, et souvent une cécité presque complète ou même absolue; ordinairement vingt-quatre heures de repos suffirent pour faire disparaître les accidents ; mais parfois la maladie fut plus tenace, et dans ce cas les collyres les plus efficaces furent les collyres toniques et astringents. Huit ouvriers furent pris de fatigue, de courbature, de céphalalgie, de malaise, d'envies de vomir ; tous guérirent en quatre ou cinq jours, sous l'influence des boissons délayantes ou de l'émétique. Six égoutiers ont éprouvé des coliques extrêmement violentes, et chez l'un d'eux la paroi abdominale était rétractée et presque appliquée sur la colonne vertébrale. Enfin, on a observé un cas d'ictère très prononcé, un érysipèle de la jambe et une angine tonsillaire. Dans quelques cas, lorsque la ventilation ne s'opérait point convenablement et que les matières étaient remuées, il est survenu des accidents plus graves, décrits de la manière suivante par Parent-Duchâtelet : « Les ouvriers ressentaient une faiblesse, un anéantissement, un malaise général, et ils étaient à chaque instant menacés de syncope ; ils avaient des vertiges et autres accidents semblables ; si, malgré ces avertissements, ils voulaient rester dans l'égout, ils perdaient complètement connaissance et tombaient à terre. » Huit ouvriers ont été retirés dans un état de mort apparente; chez l'un d'eux, le rétablissement de la respiration fut accompagné de claquements des dents, de tremblement général, de mouvements convulsifs, et d'un délire furieux qui dura plus de deux heures.

Les égouts non infectés ont une influence moins fâcheuse, mais, très réelle néanmoins. Selon Parent du Châtelet, les égoutiers éprouvent souvent de la céphalalgie, une sorte de stupeur fort désagréable, une sécheresse très grande de la gorge, un dégoût et un empâtement de la bouche qui ôtent tout appétit et jusqu'à la possibilité d'avaler, une gêne plus ou

égoulspour éviter toutes les chances d'obstruction. Le curage est une opération qui présente des dangers par l'accumulation d'hydrogène sulfuré ou d'hydrosulfate d'ammoniaque dan* un espace confiné; souvent ce curage s'effectue sans aucun accident, ce qui conduit à négliger les indispensables précautions de désinfection et de ventilation.

moins considérable de la respiration. Parent-Duchâtelet assure que les égouliers sont tous secs et maigres, avec un ventre rétracté, des muscles bien dessinés, un visage peu coloré et terreux. En général, cependant, leur santé est bonne et la durée de leur vie n'est nullement abrégée. Suivant l'auteur que nous venons de citer, l'inlluencedes égouts aggrave singulièrement les affections vénériennes.

Les premiers ouvriers venus, dit Parent-Duchâtelet, ne sont pas propres au curage des égouts ; il faut les prendre parmi les vidangeurs ou les hommes habitués à ces travaux. Ces ouvriers doivent être bien nourris, bien vêtus, munis de bottes imperméables et surveillés avec la plus grande attention sous le rapport de l'ivresse. Comme ils pourraient alors compromettre non seulement leur existence, mais encore celle de leurs camarades, l'entrée d'un égout doit être sévèrement interdite à ceux qui se trouvent en cet état.

On désinfecte les égouts à l'aide d'une bonne ventilation. On emploie le chlorure de chaux, mais plus souvent le sulfate de fer et le chlorure de zinc.

Infection des cours d'eau par les égouts. — Partout on se met à l'œuvre pour empêcher l'infection des cours d'eau et utiliser les eaux d'égouls. (État de la question des eaux à" égout en France et à l'étranger, A. Durand-Claye, 4877). En Angleterre, le River Pollution Act., 25 août 4876, interdit de jeter directement aux rivières les eaux résidus sortant des villes, des mines, des usines, etc.

Riais la loi n'ayant pas d'effets rétrocactifs, malgré les habiles et consciencieux efforts de Frankland, les égouts de Londres sont encore déversés dans la Tamise, et déterminent sur quelques parties de ses bords desalterrissements immondes. En Allemagne, à Berlin, on a pratiqué des essais d'irrigation sur un domaine de 736 hectares ; on agit avec prudence. A Dantzigon a irrigué 800 hectares de dunes. A Bruxelles, l'irrigation se borne à 400 hectares; à Florence, à 8 hectares. En Suisse, Zurich a 400 hectares. A Vienne rien n'a été fait, malgré des études sérieuses. A Buda-Pesth, MM. Mille et Durand-Claye ont présenté un grand projet pour irriguer les plaines poussiéreuses et stériles qui sont dans le voisinage de cette ville.

En terminant cette revue rapide de ce qui a été fait à l'étranger, ajoutons avec M. Alphand (Note du directeur des travaux de Paris, sur la situation des eaux et égouts et sur les mesures à proposer au conseil municipal de Paris, 4870), « que les résultats de l'irrigation avec le swngc n'ont pas répondu aux espérances conçues en Angleterre, dans les localités qui en ont fait la première application. Non seulement ce procédé n'a pas pris de grands développements, mais dans plusieurs cas, les villes et les industriels ont dù, après d'énormes dépenses, renoncer à l'application d'un système qui devenait ruineux. Cela tient incon-

Page 1