ÉPURATION DES EAUX D'ÉGOUT
testablement au mode de procéder et à la confusion entre l'épuration et ! l'irrigation. L'épuration, dit M. Alphand est une charge des villes, doit être exécutée à leurs Irais; l'irrigation, affranchie de cette dépense, I pourra donner alors, dans la plupart des cas, une rémunération des capitaux employés. »
L'épuration des eaux d'égout est une œuvre qui s'impose pour toutes I les grandes villes et spécialement pour Paris. 11 s'agit tout d'abord ; pour notre grande cité de faire cesser l'infection de la Seine, et d'utili- • ser une masse énorme de matières fertilisantes qu'il est déplorable de voir gaspiller quand partout les engrais font défaut. Le collecteur de Clichv débite en moyenne 2m3,53 par seconde; celui de la plaine Saint- Denis, 0m3,509. Les eaux de Paris, qui tombent dans la Seine chargées i de toutes les impuretés, représentent donc un volume de 3ra,035 par seconde, soit la masse énorme de 262 646 mètres cubes par 24 heures.
Chaque mètre cube d'eau d'égout renferme, d'après Hervé Mangon, (Nouv. météor., 1er mai 1869), 1 kilogramme de matières dissoutes contenant 37 grammes de matières nitreuses ou ammoniacales. Dans l'état actuel, les eaux des égouts de Paris arrivant dans la Seine, qu'elles polluent, par les deux grands collecteurs, laissent perdre annuellement une richesse agricole qui, en azote seulement, n'est pas inférieure à 13 millions. Le fleuve, depuis Clichy jusqu'aux abords de Poissy, est converti, par suite, en un vaste foyer de fermentation et d'infection, et n'offre plus, dans celte partie de son cours, qu'une eau impropre à tous les usages domestiques, mortelle aux poissons, répandant dans l'atmosphère des émanations fétides, sinon malsaines.
Désinfection.— Précipitation. — On avait proposé de purifier les eaux d'égout en les recevant dans d'immenses réservoirs, les désinfectant et précipitant par différents agents les matières en suspension et quelquesuns des principes dissous. — Le sulfate d'alumine, la chaux, les dissolutions acides des phosphates naturels, les sels de magnésie, etc., ont été successivement essayés. On a également mis en pratique la filtration après désinfection préalable avec le sulfate de fer. Rien de cela n'est pratique lorsqu'il s'agit de masses énormes. « Si les eaux d'égout de Paris ou de toute autre ville, dit M. Alphand, étaient simplement filtrées ou décantées avant d'être déversées au fleuve, celui-ci serait affranchi, sans doute, des dépôts vaseux qui encombrent aujourd'hui son lit ; mais ces eaux, tout en demeurant limpides et pures en apparence, ne seraient pas moins souillées par les matières organiques solubles des eaux d'égout, et rendues par elles impropres aux usages domestiques. Cette seule considération suffît pour faire repousser les procédés de prétendue épuration fondés sur la filtration ou décantation, quel que soit d'ailleurs le mérite des dispositions mécaniques adoptées. Aussi, toutes les Commissions d'enquête, françaises ou anglaises, ont-elles
énergiquemcnt condamné ces procédés. Les applications qui en ont été faites à Reims, Birmingham, Blackburn, Newcaste, Unter-Lime, etc., ont toutes démontré l'imperfection, la cherté et le danger du système. »
L'irrigation du sol est incontestablement, dit M. Alphand, l'épurateur le plus parfait des eaux chargées de matières organiques. Cette propriété est enseignée par les faits naturels : les eaux de source, le plus souvent si pures et si limpides, ne proviennent-elles pas d'eaux superficielles souillées par des matières végétales et animales? Ces eaux ont donc été purifiées par leur trajet dans l'intérieur du sol.
Le pouvoir épuraleur du sol doit toujours être déterminé par une expérience directe. C'est au docteur Frankland qu'on doit la méthode usitée en pareil cas. Un tube vertical de 25 à 30 centimètres de diamètre sur 2 mètres de long, et dont l'extrémité inférieure s'appuie sur du gravier contenu dans un bassin, est rempli avec la terre dont il s'agit de reconnaître le pouvoir. Chaque jour on verse sur la terre un volume connu et constant d'eau d'égout assez faible pour que l'épuration soit parfaite, et l'on continue le même régime pendant plusieurs semaines ; puis on passe à une dose journalière d'eau d'égout plus élevée, et on la maintient encore pendant plusieurs semaines, et ainsi de suite, en augmentant toujours la dose maxima à partir de laquelle l'épuration est imparfaite. La capacité du tube étant d'ailleurs connue, on calcule sans peine la dose correspondant, à 1 mètre cube de terre. M. Frankland a montré ainsi qu'un mètre de sable épure par jour 25 et même 33 litres d'eau d'égout de Londres.
Irrigation de Gennevilliers. — Cette opération a été commencée en 4800 et continuée jusqu'à ce jour. Voici en quels termes M. Alphand en expose les détails : « Les caps de gravier des anciens lits des fleuves sont formés en général d'un sol aride, mais très perméable jusqu'aux abords de leur lit, où le limon déposé par les crues forme une espèce de digue naturelle, peu perméable aux eaux des fleuves, ce qui isole le régime des eaux fluviales de celui des nappes souterraines du sol avoisinant. C'est ainsi que sur la Seine, notamment, comme l'a démontré le regretté Belgrand, les crues précèdent toujours de plusieurs jours les exhaussements delà nappe; les crues étant formées par l'écoulement rapide des pluies ou des neiges qui se fait par les cours d'eau, et les nappes ne se relevant que par la partie des pluies ou des neiges qui s'infiltre dans le sol. Les terrains de cette nature sont donc éminemment propres à l'épuration des eaux d'égout; et c'est ce qui à conduit M. l'inspecteur général Mille, dont le nom seul est aujourd'hui une autorité dans la question, à choisir à Gennevilliers, près de la Seine, une surface de 5 hectares environ de terrains arides, composés de graviers que recouvrait une mince couche de terre rouge. Cette terre ingrate, partagée entre les cultivateurs des environs, a été livrée, depuis