IRRIGATION DE SENNE VILLIERS
1866, à la culture maraîchère, sans autres engrais que ceux déposés par l'irrigation des eaux d'égout, et elle adonné des produits considérables. En 1869, la culture libre, gagnée par l'exemple, a pris part à la distribution d'eau. « Le sol irrigué est, dit M. Alpliand généralement disposé en billettes séparées par des rigoles; les rigoles reçoivent l'eau, les billettes sont réservées pour les plantes. La culture potagère a le pas sur toutes les autres ; mais, dans un assez grand nombre de parcelles, on cultive des betteraves, des pommes de terre, des céréales, de la luzerne, des plantes de prairie, etc. L'aspect général des cultures est des plus satisfaisants. Les légumes sont excellents. L'eau circulait, à ciel ouvert, dans les canaux principaux. Ces canaux sont fermés aujourd'hui ; les rigoles de distribution dans le sol irrigué restent seules découvertes. Au fond de ces rigoles est un dépôt noirâtre formé par les matières minérales et organiques que contiennent les eaux d'égout. Au moment de la fermentation, ce dépôt est imperméable ; mais, après quelque temps d'évaporation à l'air, il prend l'aspect d'un feutre constitué par des poils et des débris de végétaux, parmi lesquels domine le crottin de cheval ; ( ce feutre est perméable, et on peut le laisser au fond des rigoles pendant la durée d'une culture ; le labour l'incorpore ensuite dans les terres, où il se décompose comme toute autre matière organique. L'enlèvement peut, d'ailleurs, en être effectué sans peine et sans frais ; les cultivateurs l'emploient comme terreau. Les eaux d'égout ainsi répandues opèrent un véritable colmatage, apportant au sol tout à la fois l'engrais, la terre végétale et l'arrosage. Lorsqu'on se place au milieu des irrigations, on ne perçoit point d'odeur putride, bien que l'eau coule ou ait coulé par des milliers de rigoles. Ce n'est pas à dire que l'air et les champs soient absolument inodores ; mais l'odeur est faible, peu ou point désagréable, et ne se fait pas sentir à plus de quelques mètres. On * à singulièrement exagéré les inconvénients des irrigations, sous le rapport des émanations, en reportant sur elles le dégoût bien naturel inspiré par les immondices des villes. Il est essentiel qu'on connaisse la vérité sur ce point : l'eau d'égout, tant qu'elle coule à l'air, a très peu d'odeur. Les nombreux visiteurs des égouts de Paris le savent bien. Elle : n'en prend qu'après un certain temps cle repos dans un bassin ou un canal. Actuellement, le service n'étant pas complet, les eaux reposent, pendant la nuit au moins, dans les canaux ; le dépôt qui se forme alors est odorant au moment où on l'extrait par le curage ; mais, très peu de temps après son exposition à l'air, son odeur s'évanouit. Quant aux dépôts qui garnissent les rigoles, ils ne peuvent répandre aucune odeur au moment de l'irrigation, alors qu'ils sont sous l'eau; et lorsque l'eau a été absorbée et les laisse à découvert, l'air baigne leur surface, les pénètre et arrête toute émanation putride. L'eau du puits situé dans le jardin de la Ville, qui a formé le premier champ d'expérience de 5 hec-
lares, est limpide, sans mauvais goût et très potable. Elle provient cependant d'une nappe alimentée en grande partie par les infiltrations des irrigations. »
Citons maintenant les faits nuisibles qui ont été signalés. Des marécages insalubres, dont le relèvement du plan de la nappe souterraine, à Gennevilliers, a amené la formation, ont donné naissance à des fièvres intermittentes. « La fièvre, dit M. Alpband, ne peut-elle pas procéder directement des irrigations, même quand elles sont exécutées avec tout le soin voulu? L'expérience acquise à Gennevilliers permet de répondre négativement, puisque les fièvres ne se sont pas déclarées sur les terrains irrigués, malgré les imperfections des premiers essais. Au point de vue de la salubrité, ce témoignage pourrait paraître insuffisant, l'irrigation ne datant, à Gennevilliers, que d'un petit nombre d'années; mais il est surabondamment confirmé par des exemples bien connus d'irrigations en eaux d'égout pratiquées à l'étranger. »
Je partage complètement cet avis. Les irrigations d'eau d'égout, avec un drainage actif et des cultures suivies et intensives, ne peut donner lieu à des effluves des marais; mais si on laisse se produire des mares et marécages, la sécurité sera loin d'être la même.
Projet d'irrigation à la presqu'île de Saint-Germain. — L'irrigation de la plaine de Gennevilliers ne peut utiliser qu'une faible portion des eaux du grand collecteur de Clichy et de celui de la plaine Saint-Denis; la, Ville se propose d'acquérir à l'Etat 1500 hectares dans la forêt de Saint-Germain, pour continuer cette vaste opération, qui se propagera plus loin dans les vallées de la Seine, si les grandes difficultés qui marchent à la suite de celte entreprise hardie sont heureusement vaincues. C'est un précédent d'un immense intérêt à établir solidement, car on aura ainsi réalisé trois progrès considérables : 1° emploi fructueux des résidus fertilisants de la grande ville; 2° assainissement de la Seine; 3° suppression ou au moins réduction considérable de ce travail si incommode des vidanges et diminution des voiries des matières fécales. Ce projet d'irrigation dans la presqu'île de Saint-Germain a rencontré de nombreux contradicteurs; leurs opinions sont magistralement exposées dans un volume intitulé : Travaux du Comité de défense contre les projets de déboisement et d'irrigation de la forêt de Saint-Germaincn-Laye (Saint-Germain, 1880). Le temps des oppositions est passé. Les deux grands collecteurs sont construits; il faut agir. En effet, ce que j'ai dit de l'importance pratique de la dissémination des boues et immondices peut s'appliquer aux eaux d'égout. Quand un grand nombre de bouches déversaient dans la Seine des eaux chargées des matériaux si divers qui sont entraînés dans le fleuve, il offrait, après les orage9 surtout, l'aspect le plus désagréable. En somme, on ne signalait pas les inconvénients sérieux qui se sont manifestés lorsque tous les égouts
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réunis sont venus aboutir au grand collecteur d'Asnières. Je ne veux citer qu'un exemple. A certaines époques, surtout pendant l'été, quand la Seine est basse, les eaux du grand collecteur sont tellement prédominantes, qu'en aval les poissons périssent en grand nombre. Jadis il était loin d'en être de même. Les égouts Saint-Jacques et Maubcrt déversaient dans le petit bras de la Seine de grandes masses d'eaux auxquelles venaient se joindre les cataplasmes, les immondices do rilôtel-Dieu, sans oublier les produits des latrines. Tout se rendait dans le fleuve : hé bien, c'était la partie la plus poissonneuse de la Seine. Combien de barbillons de plusieurs kilos, d'anguilles, de lottes, tous excellents, n'y avons-nous pas péchés, mon collègue Pajot et moi ! Ces poissons, s'engraissant de tous ces débris, faisaient l'office des chiens qui, à Constantinople, vivent des immondices (1). Aujourd'hui, il u'en est plus de même. En aval de Paris, les poissons, pendant les chaleurs, meurent dans la Seine, et il se produit sur les rives des alterrissemenls de matières putrides. J'avais bien prévu tous les inconvénients de cet accumulation lorsque j'ai connu le projet de mon éminent compatriote et ami Belgrand.
Voici, selon moi, les conditions qu'il y a à remplir pour éviter tout sujet de plaintes, au point de vue de l'hygiène, en pratiquant les irrigations avec les eaux des égouts collecteurs : 1° S'assurer de la perméabilité du sol à une profondeur suffisante. 2° Recourir au drainage si le sol n'est pas suffisamment perméable, et veiller au parfait entretien et au bon fonctionnement du drainage. 3° Reconnaître, par de sérieuses études si les eaux souterraines produites par l'irrigation regagnent la Seine après leur dépuration; suivre rigoureusement leur trajet. Si elles arrivaient dans des pièces d'eau stagnantes ou dans des carrières, elles s'y putréfieraient après quelques jours. Mes études sur les eaux de l'égout Saint-Jacques ont mis ce fait en évidence (voy. p. 161). 4° Eviter par-dessus tout la formation de mares ou marécages à la surface ou près de la surface du sol. 5° Prévenir toute mauvaise odeur; recourir s'il y a lieu, pour la combattre, à l'emploi du sulfate de fer ou de zinc. G0 Dans ces opérations d'irrigation, marcher lentement, progressivement, pour laisser aux propriétaires et aux agriculteurs le temps d'apprécier tous les avantages de l'irrigation. 7° Pendant l'hiver, pendant les périodes des grandes pluies, tant que l'irrigation ne sera pas parfaitement établie sur des surfaces suffisantes, déverser dans la Seine
(1) Si, contre toute attente, on ne parvenait pas à utiliser en irrigations les eaux des grands collecteurs, peut-être pourrait-on penser à les supprimer en rétablissant l'ancien état de choses basé sur la grande division des égouts de quartiers se rendant directement à la Seine dans le trajet de Paris. La pèche devrait être prohibée dans le parcours de la ville pour y laisser se multiplier librement les poissons qui s'accommodent si bien de tous ces débris infects, quand ils ne sont pas en quantité suflisantc pour empoisonner l'eau. C'est l'application de la loi de la dissémination des immondices.
l'excédent des eaux fournies par les deux collecteurs. En voulant aller trop vite, on compromettrait le succès d'une très utile mais aussi très difficile opération, qui, on doit le reconnaître, est encore entourée de beaucoup d'inconnues.
Nature des cultures fertilisées par les eaux d'égout. — C'est une question des plus importantes que celle qui a trait au choix des cultures sur les terrains arrosés par les eaux d'égout. Il faut donner la préférence aux plantes auxquelles ces eaux conviennent, et qui peuvent, pendant un long temps, en absorber la plus grande masse. Indiquons d'abord ce qui a été exécuté sur une assez grande échelle, puis nous chercherons à montrer la route qu'il conviendra de suivre pour arriver a la meilleure solution de ce beau problème. On pensa tout d'abord à l'irrigation des prés; mais ces irrigations sont bornées, n'absorbent que peu de liquide. Le Comité de défense de Saint-Germain affirme qu'à Edimbourg, qu'on cite souvent, on n'arrose avec les eaux d'égout que 50 hectares de prairie, et que le surplus des eaux s'écoule dans la mer. A Croydon, on irrigue 187 hectares de prairies de raygrass. L'eau en excès nuit à cette culture. La perte agricole est de plus de 100000 francs par an pour cette exploitation, qui a été beaucoup trop vantée, à ce qu'assure le Comité de défense de Saint-Germain. Cependant, on arrose, au Pecq, 20 hectares de prés avec les eaux d'égout de Saint- Germain. Quoi qu'il en soit, reconnaissons que l'emploi des eaux d'égout sur les prés ne peut être fait qu'avec mesure et qu'aux époques limitées qui conviennent à l'irrigation de ces cultures. Pour les céréales, blé, orge, seigle, on ne peut guère avoir recours aux irrigations que pour le colmatage quand la récolte est faite; car une grande masse d'eau pousse au développement de l'herbe. Les produits des céréales sont plus généralement alors employés en vert. Peut-être pourrait-on essayer la culture de certaines variétés de riz, surtout dans des régions plus chaudes; ou bien encore penser, dans nos contrées, à quelques variétés de maïs hâtif. Voici l'état des cultures, selon M. Durand-Clay (à Gennevilliers en 1870), où d'heureux essais sont accomplis : légumes divers, dont 3/4 choux, 46 pour 100; racines, 21 pour 100 (betteraves à bestiaux, précédées d'une culture de seigle); prairies artificielles, 20 pour 100; céréales (blé, seigle, avoine), 7 pour 100; plantes industrielles (menthe, absinthe, osiers, rosiers, pépinières), 6 pour 100. Pour réussir, il faut penser aux végétaux qui trouveraient dans les eaux d'égout les sels ou principes immédiats qui leur conviennent. On peut se guider pour cela sur la pratique des localités où l'engrais humain est parfaitement employé (départements du Nord, de l'Isère, etc., culture chinoise); car lorsque toutes les fosses d'aisances seront dirigées dans l'égout, l'engrais humain y dominera. Parmi les plantes à cultiver, il faut citer en première ligne la betterave fourragère, les crucifères, on commençant