LATRINES. - VIDANGES
cuvettes anglaises duivent être munies de bondes hydrauliques, et le tuyau principal d'une fermeture à bascule.
On a imaginé de séparer les liquides des solides. Les appareils séparateurs conviennent dans les villes où les liquides des latrines sont envovés dans les égouts; mais quand ils ont été appliqués sans discernement aux anciennes fosses, la vidange des matières solides, non désinfectées, est devenue dangereuse.
Pendant quelques années on a exigé des compagnies la désinfection complète des fosses fixes, au moment de la vidange, à l'aide d'un sel de zinc soluble. Un préposé de l'Administration, muni d'un papier au nitrate de plomb, surveillait l'écoulement des liquides dans les ruisseaux. Ouand son odorat et la coloration en brun du papier de plomb l'avertissait de l'insufli sauce de la désinfection, on arrêtait l'écoulement des liquides et on versait dans la fosse de nouvelles doses de sel de zinc.
Le service des vidanges à Paris a présenté jadis de véritables dangers pour les vidangeurs qui descendaient dans les anciennes fosses. Plusieurs, chaque année, y périssaient asphyxiés par des inhalations de sulfhydrate d'ammoniaque et par insuffisance de gaz oxygène. Ils désignaient cette vicialion des fosses sous le nom impropre de plomb. Depuis que la ventilation y renouvelle l'air; que la désinfection à l'aide de sels de zinc ou de fer solubles ou de chlorure de chaux est pratiquée, ces terribles accidents sont devenus très rares. Pour Paris, c'est un service très désagréable que celui des vidanges. L'arrivée de 200 voitures descendant chaque nuit dans la ville pour enlever le surplus des matières extraites des fosses, le travail nocturne des vidangeurs, le chargement des tonneaux, le retour de ces foyers ambulants de mauvaise odeur à la Villette, où se trouve le dépotoir, emplissent Paris de bruit et vicient l'air qu'on y respire. Si le service devient plus fréquent, sans se modifier, les inconvénients en seront intolérables. II est incontestable que ce service prendra un énorme accroissement par suite de l'emploi général des cuvettes à l'anglaise et de Yélévation de Veau à tous les étages. Les quantités versées dans les fosses d'aisances s'accroissent chaque année et le traitement des eaux vannes pour en extraire le carbonate d'ammoniaque devient de moins en moins profitable. On explique ainsi les mécomptes successifs des entrepreneurs de la voirie de Bondy. A Londres les parties solides et liquides de vidanges sont envoyées à l'égout. Ce déplorable système a le double inconvénient de perdre des matières des plus précieuses pour l'agriculture et de produire sur les bords de la Tamise des atterrissements putrides. AParis,on se propose de séparer les liquides des solides, d'envoyer les premiers dans l'égout, dont les eauxserontemployéesen irrigations, et de convertir les seconds immédiatement en engrais, après les avoir enterrés
souleiTainemcnt. C'est un beau projet, mais combien sa réalisation présente de difficultés !
Voiries de matières fécales. — C'est au dix-septième siècle qu'elles furent, à Paris, distinctes des voiries d'immondices. En 1726, il y avait dans cette ville trois voiries pour les matières fécales : celles de Montfaucon, du faubourg Saint-Germain et du faubourg Saint-Marceau, où devaient cire portés en outre les botes mortes, les abats de bestiaux, les os, le sang, etc. Toutes ces matières ne pouvaient être enlevées des fosses pour le fumage des terres, qu'après trois ans de dépôt, terme infiniment trop prolongé. Depuis 1781, celle de Montfaucon est restée pendant de longues années la seule où l'on ait continué à transporter les matières fécales. A toutes les époques, et de tous les côtés, de telles plaintes ontretenti contre cet établissement, qu'on l'a remplacé par la création de Bondy, qui se compose de deux parties : 1° d'un dépotoir situé au port d'embarquement de la Yillette, et qui sert au déversement et au départ des matières extraites par la vidange des fosses ; 2° d'une voirie sise dans la forêt de Bondy, à laquelle sont conduites, d'une part, les matières solides, par bateaux naviguant sur le canal. On convertissait à Bondy les matières de vidanges en un engrais solide, la poudrette. Les eaux vannes se rendaient dans la Seine après avoir été traitées pour en extraire les sels ammoniacaux, qui sont aujourd'hui employés en si grandes masses par l'agriculture et les fabriques de sel de soude.
L'établissement de Bondy a été constitué après une longue et rigoureuse enquête à laquelle ont pris part le conseil municipal, le Conseil de salubrité. Malgré ces solides études, son insuffisance s'est révélée de jour en jour. Le grand obstacle est la masse progressive de l'eau qui est déversée dans les latrines par suite de l'élévation de l'eau à tous les étages. Voilà pourquoi on est conduit par une pente inévitable à déverser les liquides et les solides des fosses d'aisances dans les égouts. Pour ces matières solides, tant que les appareils séparateurs seront en usage, il faudra encore, ou les transporter à la voirie de Bondy, ou dans les voiries particulières aulorisées par ordonnance du 8 novembre 1851, qui permet le transport et le dépôt des matières solides désinfectées dans les locaux autorisés, véritables voiries de matières fécales exploitées par l'industrie privée. Celle autorisation n'est accordée qu'à la condition de désinfecter de nouveau les matières, de telle sorte que la désinfection soit permanente.
En visitant ces voiries particulières, on ne constate que trop souvent que cette désinfection est loin d'être permanente. Mais répétons que les odeurs qui émanent ou de ces voiries locales, ou de celles où on traite les matières en vue d'obtenir des sels ammoniacaux, sont éminemment désagréables* incommodes, mais ne sont pas nuisibles. Quoiqu'il en soit, on ne petit les supporter en cet état. Lorsqu'on va à la campagne pour