UTILISATION DES MATIÈRES DES VIDANGES, - FUMIERS
jouir du parfum des fleurs, le contraste est par trop désagréable. Les voiries particulières ne pourront être tolérées qu'aux conditions suivantes : 1° éloigner des habitations; 2° disséminer sur les champs; 3° enfouir immédiatement les matières des vidanges avec des substances poreuses desséchées (noir animal, noir de schistes, tan carbonisé, sciure de bois, fougères, marcs de raisin, terre de Picardie, etc.). Si on veut extraire des eaux vannes les sels ammoniacaux, il est indispensable de retenir ou brûler les vapeurs et les gaz odorants. Sans doute les dépôts de vidange sont fort incommodes ; mais quand on les aura disséminés sur les lieux d'utilisation, tous les avantages de leur emploi apparaîtront; et comme les gaz odorants ne nuisent pas à la santé, les agriculteurs s'y habitueront. Déjà les Conseils d'hygiène des départements du Nord avaient demandé qu'on les fasse descendre de la première classe des établissements classés, dans la seconde. Dans les Flandres on recueille avec soin les liquides et les solides, en évitant de les étendre d'eau. On désigne le mélange sous le nom de courte graisse, on le transporte dans des citernes construites près des champs et on y ajoute du marc decolza pulvérisé. On a ainsi un engrais des plus riches qui convient particulièrement aux plantes qui assimilent à la fois le chlorure de sodium et les sels de potassium, tels que les betteraves, le chanvre, le lin, le colza, les pavots, les choux, etc. Le mètre cube de courte graisse se vend 2 fr.40, on paye avec cela les domestiques. Dans certaines parties de l'Alsace on le vend 4 fr. 75. En Chine, on nourrit un homme à la condition qu'il ne laisse rien perdre de ses excrétions. Je le répète, quand les agriculteurs sauront employer cet engrais, ils passeront par-dessus l'odeur en vue de l'utilité. Dans l'Isère, on emploie directement la courte graisse pour fumer les champs où l'on cultive le Ghanvre. Pour les villes qui n'ont pas l'immense population de Londres ou de Paris, voilà les exemples qu'il faut suivre. De fructueuses récoltes sur un espace limité, aucune influence nuisible au point de vue de la santé, tel est le bilan de l'utilisation rationnelle des matières de vidange.
Fumiers de ferme. — Le large et judicieux emploi du fumier de ferme est la base sur laquelle s'appuie toute agriculture progressive. Il fournit aux végétaux utiles de l'azote, de la potasse, des phosphates, etc., qui leur sont indispensables; il assure la perméabilité du sol; il fournit de la chaleur indispensable au développement de la jeune plante. Les fumiers de ferme ont été souvent mis en cause, et bien à tort, par les médecins d'épidémies et par les Conseils d'hygiène. Bien tenus, leur innocuité est absolue. Quand ils sont adossés aux habitations, ils peuvent y communiquer une humidité nuisible; mêlés aux eaux pluviales et à un excès de matières végétales autres que les graminées, ils peuvent donner naissance à quelques cas de lièvres intermittentes. U ne faut jamais les proscrire en présence de leur utilité, mais prendre toutes
les précautions dont la pratique a montré l'efficacité pour régler leur bonne tenue.
Abattoirs. — Comme les voiries d'animanx morts, les abattoirs sont des établissements utiles. Quand les opérations qui s'y exécutent sont pratiquées isolément, il y a perte de matières ayant de la valeur, et souvent infection par suite de la putréfaction de ces matières. Les boucheries, qui, dans beaucoup de petites villes, avaient des tueries pour annexes, étaient des établissements des plus incommodes. On voyait souvent le sang des animaux se répandre dans les ruisseaux des rues et s'y corrompre. Par la réunion, l'utilisation est la règle, et [la surveillance, au point de vue de l'hygiène, est plus facile. Reconnaissons que presque partout elle est encore imparfaite; mais, avec le temps, les progrès viendront. Les abattoirs de Paris furent réglementés par un décret du 9 février 1810. Pour assurer leur salubrité, Parent-Duchàtelet, avec presque tous les hygiénistes, insista sur la nécessité d'y annexer un service d'eaux abondantes. On en avait consacré 90000 litres pour les abattoirs de Paris et 36000 litres pour ceux de Rouen. Mais ce n'est pas tout que de recevoir de l'eau pure en abondance; il faut pouvoir l'évacuer sûrement, quand elle est chargée de matières putrescibles.
L'abattoir de Rouen déversa d'abord ses eaux dans un immense puisard, construit en pierres filtrantes qui devinrent imperméables. On avisa alors de diriger ces eaux résidus à la Seine à l'aide d'un ruisseau découvert. Des plaintes de tous les voisins forcèrent à y renoncer; enfin on a construit un puits artésien descendant dans le sol à près de 100 mètres, et absorbant 100 muids d'eau par quart d'heure. Ce parti m'inspire encore quelques vagues inquiétudes, soit de future imperméabilité, soit d'altération des nappes d'eau souterraines. Le principe que je conseillerais est opposé à celui de Parent-Duchàtelet : c'est d'employer le moins d'eau possible; car ces eaux de lavage entraînent des matières utiles, ou comme aliments des animaux, ou comme engrais. J'insisterais sur la nécessité de désinfecter d'une manière permanente tous les débris animaux à l'aide de cendres de Picardie ou de schistes carbonisés, et de les enlever chaque jour. On peut entretenir, avec de la vigilance, une propreté absolue à l'aide d'épongés mouillées, qui remplacent avantageusement ces masses d'eau qui, projetées au hasard, n'entraînent pas toutes les impuretés. Dans les abattoirs, des vétérinaires surveillent les viandes : celles de porcs atteints de trichinose, de ladrerie, et celles de tous les animaux atteints d'affections charbonneuses, sont rejetées; pour les autres affections, le vétérinaire apprécie (voy. p. 2-25, et Supplément, p. xxxv etsuiv.).
Les parties principales dont se compose un abattoir sont : 1° Des établei pour 1rs animaux. Les liquides doivent être absorbés par une litière abondante qui ost renouvelée chaque jour. 2° L'échaudoir ou
AHATTOIRS.
abattoir proprement dit est établi autour d'une ou de plusieurs cours de travail entièrement dallées et disposées avec des talus en pente très douce qui amènent dans un regard placé dans leur centre tous les liquides qui s'écoulent tant des échaudoirs que des cours mêmes. Un robinet, ouvert à chacune des extrémités, facilite le lavage. Les bâtiments sont divisés en un certain nombre d'ateliers nommés cases d'abat, dallés et pourvues d'un robinet de lavage, d'une auge creusée dans le dallage pour recueillir le sang, d'un système de treuils et de poulies pour élever le corps de l'animal, de deux pentes ou traverses en charpente sur lesquelles sont placés des rouleaux auxquels on suspend les quartiers de bœuf, et de longues chevilles de fer ou crochets pour les veaux et les moutons. Les toits des échaudoirs forment une saillie de plusieurs mètres, de manière à en protéger l'intérieur contre les rayons du soleil et à y entretenir une fraîcheur continuelle. Cette fraîcheur, suivant la remarque de Parent-Duchàtelet, confirmée par les observations de Huzard père, en Alsace et en Suisse, est nécessaire, non seulement pour la conservation de la viande en été, mais encore pour empêcher les mouches d'y aborder. « Il n'est pas de canevas ou de toile métallique que l'on puisse mettre, sous ce rapport, en parallèle avec une température de quelques degrés inférieure à celle de l'atmosphère environnante. » Il faut signaler comme annexe indispensable à l'échaudoir une cour de vidange dans laquelle sont déposées toutes les matières extraites du tube digestif et toutes les immondices des abattoirs, qui doivent être désinfectées et enlevées chaque jour. 3° Atelier de triperie. Certaines parties des animaux abattus, désignées sous le nom d'issues et destinées au commerce de la triperie, doivent subir, avant de sortir de l'abattoir, une préparation particulière. De là la nécessité d'ateliers isolés, dont les uns sont réservés pour les lavages et cuisson des estomacs de bœuf, de vache et de mouton, et la préparation des pieds de mouton, auxquels on enlève la petite laine et les ergots; dont les autres servent à la préparation des têtes et pieds de veau et à la cuisson des têtes de mouton, ou encore au lavage et au grattage, ainsi qu'à la préparation des intestins du porc. On emploie dans ces ateliers de l'eau chaude et pure. 4° La fonte à feu nu des suifs et graisses ne doit point s'opérer dans les abattoirs, pour éloigner les chances d'incendie et les odeurs que cette fonte détermine.
Le sang doit également être enlevé dans des tonneaux propres et fermés. On l'emploie dans les raffineries, dans les fabriques d'albumine pour les étoffes ; on le dessèche pour le convertir en engrais. Ces dépôts de sang sont à juste titre rangés dans la première classe des établissements insalubres. 11 faut, pour éloigner ces inconvénients, le dessécher immédiatement en veillant à la désinfection permanente.
M. E. Vautelet {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 7 juin 1880)
m MODIFICATEURS. — SURSTANCES NUISIBLES.
conseille l'emploi d'un mélange de sulfate d'alumine, d'acide sulfurique et d'acide nitrique, pour désinfecter et conserver les matières animales, et notamment le sang des abattoirs.
Voiries d'animaux morts. — On donne ce nom aux établissements où l'on transporte les animaux morts de maladies ou d'accidents, ou les pauvres cbevaux hors de service. Ils sont rangés dans la première classe, et à juste titre, car il en émane des odeurs de la putréfaction animale, qui, si elles ne sont pas dangereuses, sont certainement très désagréables. Ces voiries sont utiles ; car il est indispensable d'agir sur de grandes masses d'animaux pour employer tous les débris. Les animaux morts dans les campagnes sont disséminés dans les champs, on n'en tire aucun parti ils servent de pâture aux loups, aux renards, aux vautours. Ils peuvent contribuer indirectement à la propagation des maladies charbonneuses. A Paris, la voirie des animaux morts a été pendant longtemps établie à Montfaucon; on y transportait 8 à 12000 chevaux et un grand nombre de chiens et de chats. On utilisait seulement les peaux, les os et les graisses. Les autres parties étaient dévorées par les rats, véritables auxiliaires de cette industrie. Aujourd'hui la voirie des animaux morts est parfaitement installée à Aubervilliers. La chair des chevaux en bon état qui y sont abattus (voy. p. 216) est envoyée dans des boucheries spéciales pour y être vendue ; le sang est recueilli et desséché ; la peau et ses annexes, peau et sabots, sont dépecés ; les intestins sont convertis en engrais ; les chairs sont cuites et employées en partie également comme engrais. Les meilleures portions peuvent intervenir pour une part dans l'alimentation de l'homme, des porcs, des oiseaux de basse-cour, etc. Il convient de ne pas en nourrir exclusivement les animaux ; les chairs des porcs, les œufs des poules, prennent alors une saveur désagréable. On pourrait, en associant convenablement ces chairs les faire servir à l'alimentation de certains poissons etd'écrevisscs. Les os ont divers usages, la plus grande partie est convertie en noir animal.
Cimetières. — La question des cimetières se rattache de la manière la plus intime à celle des fermentations putrides, et aussi à celle de la conservation des propriétés des miasmes spécifiques. Les cimetières ont été accusés par tous lesauteurs classiques d'hygiène, mais on doit reconnaître que les faits précis de nocuité sont infiniment plus raresqu'on ne serait porté à le croire par un examen superficiel. Les tombeaux des anciens Romains étaient situés le long des grands chemins les plus fréquenté», Dans les sociétés chrétiennes, les cimetières se groupèrent autour des églises. Les prêtres et les grands personnages étaient inhumés dans l'intérieur des édifices consacrés au culte. Ces coutumes présentaient de sérieux inconvénients sur lesquels nous reviendrons; elles