‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 249 sur 371 · CIMETIÈRES. - EXHUMATIONS · texte numérisé non relu

CIMETIÈRES. - EXHUMATIONS

furent considérablement modifiées par des dispositions législatives et plus particulièrement par un décret du 23 prairial an XII. Considérés au point de vue de leurs effets nuisibles, les cimetières offrent à considérer les infiltrations aqueuses' chargées des produits divers provenant de la putréfaction des corps, puis les gaz et les miasmes qui, dans certaines conditions, peuvent vicier l'air. Occupons-nous d'abord de celte dernière source des dangers.

Il existe dans l'opinion publique et dans les divers écrits consacrés à l'hygiène des cimetières une grande exagération sur la nocuité des émanations des fosses à l'air libre. On a confondu trop souvent les atmosphères confinées des caveaux mortuaires avec les dégagements gazeux ou miasmatiques qui peuvent se produire à l'air libre dans les cimetières. Si l'on veut formuler des règles rigoureuses, il faut distinguer avec soin ces deux conditions. On doit encore étudier séparément tout ce qui se rapporte aux exhumations, aux travaux et mouvements de terrains dans les cimetières abandonnés. On comprend parfaitement que dans ces conditions exceptionnelles les ouvriers, le voisinage même, aient eu à courir des dangers que des précautions bien entendues permettent d'écarter. Des inhumations provisoires ayant eu lieu, en 1830, au marché des Innocents, sur l'emplacement de l'ancien cimetière, sous une couche de sable d'environ 20 centimètres de profondeur, lorsqu'on procéda aux exhumations, on découvrit dans une terre noire et grasse une grande quantité d'ossements, de débris bien conservés, qu'il fallut briser et d'où s'échappèrent des miasmes tellement fétides qu'un des ouvriers fut subitement suffoqué.

On a cité, sur l'autorité de Yicq d'Azyr, un exemple qui tendrait à démontrer les graves accidents qui pourraient survenir quand on remuerait la terre d'anciens cimetières. Dans le dessin d'embellir la ville de Riom, on exécuta des déblayements sur l'emplacement d'un ancien cimetière; peu de temps après, assure-t-on, on vit naître une maladie épidémique qui enleva un grand nombre de personnes, particulièrement dans le peuple. La mortalité se fit surtout sentir aux environs du cimetière. Le même événement avait causé, six ans auparavant, une épidémie dans une petite ville appelée Ambert. Mais n'est-ce pas là une simple question de coïncidence ? On rapporte qu'un emplacement où avait été situé un couvent de filles de Sainte-Geneviève, à Paris, fut destiné dans la suite à la construction de plusieurs boutiques. Tous ceux qui les habitèrent les premiers, surtout les plus jeunes, souffrirent à peu près des mêmes maux, que Ton attribua aux exhalations de cadavres enterrés dans ce terrain. Toutes ces assertions vagues sont répétées dans les traités d'hygiène et finissent par être transformées en vérités classiques. (Voyez-en la relation détaillée dans la thèse de Tardieu sur les cimetières et dans celle de M. G. Robinet, Paris, 1880.)

Je suis parfaitement d'avis qu'on ne saurait prendre trop de précautions au point de vue de l'aération et de la désinfectiou lorsqu'on remue la terre d'anciens cimetières. Ces précautions doivent être beaucoup plus minutieuses encore lorsqu'on pénètre dans d'anciens caveaux mortuaires et surtout lorsque les exhumations sont pratiquées dans des églises ou des espaces confinés. Guylon de Morveau et Chaussier ont rapporté des exemples de ces dangers.

Dans un travail remarquable dont on trouve l'analyse dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences du 3 mai 1800, M. de Freyeinel démontre que les exhumations des corps renfermés dans les caveaux en maçonnerie sont très à redouter; l'influence des cercueils inaltérables est la plus mauvaise. Il cite des observations recueillies a Glascow, à Manchester. La ville de Londres a dû assainira grands frais 250 caveaux qu'encombraient plus de 10000 corps en divers étals de décomposi tion. A part ces faits positifs, les griefs opposés aux émanations d-î cimetières me paraissent ou douteux ou empreints d'une grandesxa gération.

On trouve dans les ouvrages quelques exemples que les auteurs répètent à l'envi, et qui me paraissent présenter ce caractère. M. Chadwiek, auteur d'un traité renommé sur les classes pauvres, s'exprime ainsi : « Dans le cours des recherches que je faisais de concert avec M. le professeur Owen, dit ce savant observateur, nous eûmes à examiner la santé d'un boucher qui nous mit sur la trace d'un ordre de faits assez curieux. Cet homme avait habité longtemps Bear- Yard, près de Clare- Market, où il était exposé à deux inlluences également redoutables, car sa maison était située entre une boucherie et l'étalage d'une tripière. Amateur passionné d'oiseaux, il ne put jamais en conserver tant quïl logea en cet endroit. Ceux qu'il prenait l'été ne vivaient pas plus de huit jours dans leur cage. Entre autres odeurs malfaisantes, celle qui leur nuisait le plus était la vapeur du suif qui s'exhale des tripes pendant l'opération du dégraissage. Il nous disait : « Vous pouvez suspendre » une cage à n'importe quelle fenêtre des greniers qui entourent Bear- » Yard, et pas un oiseau n'y restera vivant plus d'une semaine. «Quelque temps auparavant, il habitait une chambre dans Portugal street, audessus d'un cimetière très peuplé. 11 voyait souvent le malin s'élever du sol un brouillard épais, dont l'odeur offensait l'odorat. Les oiseaux y mouraient vite ; bref, il ne put les conserver qu'en transportant son domicile dans Vere street, Clare iMarkel, au delà des limites dans lesquelles agissent les émanations dont nous parlons. »

Aucun autre fait n'est venu conlirmer celte étrange observation, que les oiseaux ne vivaient pas dans les cimetières ou dans leur voisinage. Toujours est-il que nous n'avons jamais entendu dire que les conserva-

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