CIMETIÈRES
teurset les gardiens des cimetières mouraient plus tôt que le commun des hommes.
On répète encore dans les ouvrages d'hygène que des personnes qui occupaient, à Paris, une des maisons conliguës de l'église Saint-Séverin, s'apercevaient, par certains temps doux et humides, qu'il s'élevait du sol, qui avait pendant des siècles servi aux inhumations, une vapeur épaisse etvisihle, et tellement nauséabonde qu'elle forçait à tenir les fenêtres closes, sous peine d'incommodité sérieuse. Je suis allé à plusieurs reprises dans les maisons qui avoisinent Saint-Séverin, et je n'ai jamais rien observé de pareil. Comme délégué du Conseil d'hygiène, je me suis rendu au cimetière Montparnasse. Les voisins se plaignaient d'émanations infectes qui se dégagaientdu cimetière et qui, d'après eux, rendaient leurs logements inhabitables. Après un examen attentif, j'ai reconnu, comme tous, la réalité de ces plaintes ; mais remarquant que l'infection était plus manifeste sur une des extrémités du cimetière qu'à son milieu, je n'ai pas tardé à reconnaître que le foyer d'émanations putrides n'était pas dans le cimetière, mais dans une maison voisine, dans laquelle on recevait les cataplasmes des hôpitaux pour en extraire l'huile de lin et pour les convertir en engrais. Cette étrange industrie fut supprimée et toutes les plaintes cessèrent. Le Conseil de salubrité reçut, à plusieurs reprises, des déclarations écrites d'habitants des maisons voisines du cimetière Montmartre. J'ai été envoyé pour constater la réalité de ces plaintes. Je dois reconnaître que, malgré l'attention la plus scrupuleuse, d'accord en cela avec les surveillants du cimetière, je n'ai pu percevoir aucune odeur infecte, pas plus dans la fosse commune que dans les autres parties du cimetière.
Après le siège et les funestes événements de la Commune, je fus Bélégué, avec plusieurs de mes collègues, pour examiner l'état des fosses communes de tous nos cimetières, et particulièrement du Père- Lachaise. Certes, les inhumations s'étaient succédé dans ces fosses avec une désolante rapidité. Malgré tout, aucun de nous ne reconnut d'odeur appréciable sur l'emplacement de ces fosses, et encore moins dans le voisinage des cimetières. Si nous nous arrêtons aux faits que nous avons observés, nous ne trouvons rien qui puisse faire croire aux dangers des émanations des cimetières se répandant à l'air libre. Dans les fatales années de 1870 et 4871, la mortalité ici a été excessive (1), les cimetières de Paris ont été encombrés de cadavres. Des inhumations nombreuses ont eu lieu sur les champs de bataille qui avoisinaient Paris, et même dans l'intérieur de la ville. En présence de ces foyers nombreux de putréfaction, plusieurs de mes collègues du Comité du
(1) Voy. le Mémoire sur l'état sanitaire de Paris pendant le siège (Annuaire, de thérapeutique pour 1871-1872).
828 MOMl-ICATEUItS. — SUBSTANCES NUISIBLES.
Conseil d'hygiène redoutaient l'invasion du typhus. J'ai tout fait pour rassurer au point de vue de ces prévisions redoutahles. L'observation a confirmé ma confiance. Aucun cas de typhus fever ne s'est déclaré à Paris. Bien des auteurs ont attribué le développement primitif de la fièvre typhoïde aux produits de la fermentation putride, soit dégagés dans l'air, soit ingérés dans les eaux potables. Les cadavres des typhoïdes ne paraissent pas la propager. On sait combien s'est élevé le nombre des morts par suite de cette maladie, pendant le siège. Nos cimetières en étaient encombrés. Après cette terrible épidémie, le nombre des décès par suite de la fièvre typhoïde a constamment décru à Paris. Les années 1872 1873 sont les moins chargées de décès par suite de celte maladie.
S'il est une affection dont la transmission du cadavre à l'homme vivant paraît dans quelques cas rares bien démontrée, c'est la variole. Or, pendant le siège, le nombre des varioleux inhumés dans nos cimetières a été énorme, et cependant, depuis ce temps, malgré ces foyers présumés de celte infection spéciale, la mortalité par suite de la variole a toujours été en décroissant. Les années 1872, 1873, 1874 figureront, comme pour la fièvre typhoïde, parmi celles qui ont été depuis vingt ans le plus ménagées par la variole. Je dois au reste remarquer que presque toujours, après de grandes épidémies, le chiffre de la mortalité s'abaisse notablement. En résumé, ce que l'observation attentive des faits démontre, c'est l'exagération de l'opinion commune qui attribue une nocuité certaine aux émanations des cimetières.
Nous arrivons à l'importante question des infiltrations aqueuses chargées des produits divers provenant de la décomposition lente, putride des corps. C'est un point de vue qui doit toujours préoccuper les personnes chargées de choisir un emplacement pour un cimetière destiné à recevoir les inhumations d'une grande ville. Quoi qu'il en soit, les exemples d'infection des nappes souterraines par celte cause manquent encore; je ne connais rien de précis que les faits signalés par MM. Belgrand, Hennezel et Delesse, dans leur rapport sur la recherche d'emplacements propres h établir de nouveaux cimetières pour la ville de Paris :
« Les nappes souterraines recevant les infiltrations de Montparnasse et du Pèrc-Lachaise s'écoulent directement sous Paris pour se rendre dans la Seine. Pour Montparnasse, elles se dirigent en grande parlie vers le nord; tandis que pour le Pèrc-Lachaise elles descendent vers le sud un peu ouest; dans les deux cas elles passent d'ailleurs sous des quartiers populeux. Les puits de ces quartiers situés à l'aval dos nappes passant sous les cimetières ne reçoivent donc que des eaux complètement souillées. et cotte circonstance est d'autant plus regrettable que,