CIMETIÈRES. — INFILTRATIONS
dans les familles pauvres, leurs eaux sont employées à divers usages domestiques.
» Il est bien vrai qu'en filtrant à travers le sol, l'eau se débarrasse assez rapidement des matières salines et surtout des matières organiques qu'elle lient en dissolution; l'argile et la marne qu'elle rencontre heureusement dans le sous-sol de Paris en relient immédiatement une grande partie; toutefois les puits qui sont voisins de Montparnasse et du Père-Lachaise donnent souvent une eau ayant une saveur douceâtre et répandant une odeur infecte, surtout pendant les grandes chaleurs de l'été. Ajoutons que, dans les travaux de consolidation exécutés sous le cimetière Montparnasse, on a rencontré des eaux corrompues par des matières organiques en décomposition qui provenaient de leur infiltration à travers les cadavres. Il en est de même sous le Père-Lachaise, dans le souterrain du chemin de fer de ceinture rive droite; et les eaux corrompues sont particulièrement abondantes depuis qu'on a fait le drainage de ce dernier cimetière. Quant au cimetière Montmartre, le plus incriminé par le voisinage, il se trouve dans des conditions meilleures que les deux autres, parce qu'au lieu de rentrer dans Paris, la nappe souterraine qui suinte au-dessous de lui va se déverser dans la Seine du côté d'Asnières. »
Les exemples que nous venons de citer démontrent la sagesse de la prescription du décret du 23 prairial an XI, qui veut que les inhumations n'aient lieu qu'à 35 ou 40 mètres des habitations. La masse de terre que l'eau doit parcourir suffit, à moins de circonstances exceptionnelles, pour la filtrer et la priver des matières organiques qu'elle peut tenir en dissolution, et absolument de toutes celles en suspension.
Ce même décret dispose que les cimetières seront situés hors de l'enceinte des villes, bourgs et villages. Il s'en faut que cette prescription soit partout exécutée. Dans combien de villages ne voit-on pas encore les tombes se grouper autour des églises, dans des espaces tellement circonscrits qu'on est forcé de remuer les sépultures après un nombre très limité d'années, et que la terre saturée de résidus de putréfaction, parsemée de débris humains, devient moins propre à favoriser la destruction lente des corps !
Voici les dispositions générales que je recommande : choisir un terrain perméable poreux, non inondé; donner la préférence à de grands espaces stériles, afin que chaque tombe soit convenablement isolée; à moins de volontés contraires, sur chaque tombe on placera un arbre avec un numéro indicatif. Le travail qu'on a exécuté pour creuser la tombe sera profitable à l'accroissement de l'arbre. On pourra, sans dommage pour la chose publique, abandonner ces espaces. Au bout d'un demi-siècle, d'un siècle, ils seront couverts d'admirables forêts. 0 vvileraainsi cette affligeante promiscuité des ossements et des débris
humains qui sunt une cruelle nécessité dans nos cimelières condensés. Chacun reposera en paix. Voilà comment je comprends le respect dù aux morts.
La réforme que j'indique serait surtout opportune et facile dans beaucoup de villages, où le cimetière, contigu à l'église, aie double inconvénient de toucher pour ainsi dire aux habitations et d'être tellement exigu, qu'on est obligé de remuer, de superposer les sépultures dans un temps relativement court. Le fils, de son vivant, voit déplacer, disséminer les ossements de son père.
Dans bien des conditions l'exécution de ce programme présentera des difficultés. La question de la reprise des terrains s'impose souvent. Je trouve convenable le délai de cinq ans, adopté par la A ille de Paris. La répétition d'inhumations sur les mêmes espaces n'amène-t-elle pas la saturation du sol, par des débris de corps et des matières putréfiées? Des constatations que j'ai pu faire dans les cimetières de Paris, je crois que ces craintes sont exagérées; cependant j'ai assisté aux fouilles qui accompagnaient ces reprises de terrains : des débris de cercueils, d'ossements et de corps à moitié décomposés, étaient enfouis dans une immense tranchée. Cette opération, au point de vue du respect des morts, est vraiment navrante. Pour hâter la décomposition des corps je crois qu'on pourrait adopter comme règle le minimum de profondeur fixé par la loi : lm,5, et étudier les mélanges terreux qui hâteraient la destruction. Les terrains du Campo Santo de Pise passaient pour emprunter à une terre fortement alcaline la propriété de consommer les cadavres avec une extrême rapidité. On peut entreprendre des essais dans cette direction. 11 serait bon de vérifier si une végétation très intense de plantes d'ornement ne faciliterait pas la destruction.
Crémation. — Je n'ai point de parti pris contre la crémation; que ceux qui veulent être incinérés manifestent leur volonté à cet égard par un acte authentique; je n'y vois aucun inconvénient: mais je craindrais, eu instituant la crémation comme règle, de désarmer la société contre les empoisonneurs. Bien des gens criminels seulement d'intention ne pourraient-ils pas faire ce raisonnement : Trois jours suffiront pour faire disparaître toutes les traces du poison? Soyons moins timorés. Qu'on ait recours à la crémation pour abréger le terme de cinq ans fixé pour la reprise des terrains, c'est une question qui peut être discuit v. Mais le principal motif sur lequel s'appuient les partisans de la crémation, est le danger des cimetières au point de vue de la santé publique. Pour établir le danger de fosses en terre recevant un seul corps, je ne connais aucun fait positif.
Embaumements. — Tous les procédés d'embaumement sont basés sur les moyens les plus sûrs de détruire la vitalité des vibrions moteurs de la fermentation putride. Dans l'antiquité on employait, pour cun-
EMBAUMEMENTS. - AMPHITHÉÂTRES D'ANATOMIE. 881
server les corps, des baumes, des térébenthines, des aromates, de l'asphalte ou du pétrole, appliqués à l'intérieur ou à l'extérieur des tissus. Aujourd'hui on se sert de composés chimiques très divers. Le mode de procéder est aussi très différent. On injecte par l'artère carotide une substance douée de propriétés conservatrices, qui pénètre ainsi, par l'extrémité du système capillaire, dans toutes les parties du corps, puis se communique de là, par imbibition, dans tous les points qui auraient échappé à la pénétration. De la sorte les vibrions ou leurs germes se trouvent dans toutes les parties du corps en contact avec le poison. Les substances qui ont été employées sont d'abord l'acide arsénieux, le sublimé corrosif; mais leurs propriétés toxiques pour l'homme en ont fait justement interdire l'usage, afin de ne pas donner aux empoisonneurs un moyen de défense. On a eu successivement recours au chlorure et au sulfate d'aluminium. Sucquet a employé avec succès une solution aqueuse de chlorure de zinc. On a encore mis en usage les acides phénique, thymique, la créosote. Comme dissolvant, on a eu recours, suivant les substances, à l'eau, à l'alcool, à la glycérine. Il ne se pratique guère à l'avis que 200 à 300 embaumements par année.
Les amphithéâtres oVanatomie particuliers furent supprimés, à Paris, par ordonnance du 25 novembre 1834, dont voici les deux articles principaux : « 1° Il est défendu d'ouvrir dans Paris aucun amphithéâtre particulier, ni pour professer Panatomie ou la médecine opératoire, ni pour faire disséquer ou pratiquer sur le cadavre les opérations chirurgicales. » « 2° Les dissections et exercices surl'anatomie et la chirurgie ne pourront être faits que dans les pavillons de la Faculté de médecine et dans l'amphithéâtre des hôpitaux, établi sur l'ancien cimetière de Clamart. »
Un danger certain accompagne les dissections : ce sont les piqûres anatomiques, véritable inoculation de microbes contagieux.Nous reviendrons sur cette grave question en traitant de la septicémie. Des mouches carnassières se montrent quelquefois en assez grand nombre au voisinage des amphithéâtres. Autrefois on respirait un air altéré par les produits de la putréfaction. On prétendait expliquer par le séjour dans les amphithéâtres la fréquence plus grande, de la fièvre typhoïde chez les étudiants en médecine; on méconnaissait les deux causes vraies : 4° jeunes gens non acclimatés arrivant à Paris à l'âge de prédilection; 2° fréquentation des salles d'hôpitaux où l'on soigne des malades atteints de lièvre typhoïde. On s'habituait aux odeurs des salles de dissection. Quoi qu'il en soit, on a sagement fait d'écarter cette cause d'incommodité : 1° par l'emploi de tables métalliques; 2° par une extrême propreté; 3° par une ventilation suffisante; 4° par l'usage de désinfectants. Voici te procédé indiqué par Sucquet : « Tous les sujets destinés aux dissections sont, peu après leur arrivée, injectés avec le sulfite de soude : les sujets entiers par la carotide, où l'on pousse 4 litres de liquide ;
les sujets ouverts, par les artères sous-clavières, iliaques et carotides. Le liquide injecté, transsudant à travers les parois des vaisseaux, ne tarde pas à imbiber tous les tissus, et au bout de quelques heures on peut injecter au suif le système artériel des sujets destinés à l'étude de l'angiologic. Chez les sujets ainsi préparés, à mesure que l'on découvre les tissus, on les trouve fermes et doués de toutes leurs apparences normales; cependant les parties disséquées ne tardent pas à s'altérer au contact de l'air. Aussi, tous les malins les sujets sont visités, et à l'aide d'une éponge on imprègne légèrement de chlorure de zinc les préparalions anciennes dont la putréfaction est à craindre.
L'injection qui aujourd'hui est préférée consiste en une dissolution d'acide phénique dans la glycérine.
Morgue. — Pour conserver les corps exposés à la Morgue, Devergie avait recours à l'eau phénique pulvérisée. Depuis que M. le professeur Brouardel a la direction de cet établissement, consacré à la fois à l'étude de la médecine légale et aux investigations judiciaires et administratives, on a exécuté de très intéressantes expériences pour assurer la conservation des corps par le froid. C'est un procédé qui, lorsqu'il sera convenablement établi, donnera des résultats irréprochables (voy. Rapport au Conseil de salubrité par de Luynes, octobre 1880). J'ai vérifié l'excellence du moyen de conservation par le froid sur des poissons qui nous étaient expédiés du Canada (septembre 1880).
Boyauderies. — Ces établissements sont rangés dans la première classe. On y prépare, à l'aide des intestins des hœufs, des moutons, des chevaux, de la baudruche, des cordes à boyaux. On commence par y séparer mécaniquement les graisses, qui par leur fusion donnent un suif commun. La fonderie est habituellement séparée de la boyauderie. On sépare les fèces; on lave à grande eau ; on laisse fermenter six ou huit jours, afin de détacher plus facilement la membrane péritonéale. On ratisse, on lave ces boyaux, puis on les souffle; pour cela, l'ouvrier se sert d'un morceau de roseau qu'il introduit dans la base de l'intestin, et avec la bouche il y insuffle de l'air, et fait une ligature à une dislance déterminée par félat du boyau, qui offre souvent des déchirures, lesquelles permettent à l'air de s'échapper. L'action des gaz putrides altère très vile la peau des mains, et les ouvriers sont forcés de discontinuer fréquemment ce travail. Enfin, les boyaux soufflés sont desséchés à l'air, puis portés au soufroir, où ils blanchissent cl perdent toute leur odeur. On ne peut se faire une idée de l'horrible infection qui règne dans les établissements de ce genre, cl qui se dégage non seulement des tonneaux où s'opère la putréfaction des intestins, mais encore des résidus solides ou liquides qui encombrent sans cesse le sol, et au milieu desquels les boyaudiers travaillent.
La santé des boyaudiers n'est pas altérée par l'atmosphère putride
BOYAUDERIE. — COLLE-FORTE.
dans laquelle ils vivent; cependant les souffleurs novices éprouvent une gêne extrême; ils sont, au boutde quelques jours, atteints de fièvre avec trouble dans les fonctions digestives, accidents qui guérissent à la suite de l'administration des purgatifs.
Pour les voisins, les eaux qui s'écoulent de la boyauderie sont une cause d'incommodité; il faut les désinfectera l'aide du chlorure de zinc. Labarraque a préconisé avec raison l'emploi du chlorure de soude, ajouté dans les baquets où macèrent les boyaux; il atténue considérablement les inconvénients de ces ateliers (Labarraque, L'art du hoyaudier, Paris, 1822; Chevallier et Guérard, Boyauderies,Ann. dliyg., 1846). On prépare par des procédés analogues les vessies de cochon, destinées à transporter des graisses. Cette industrie est moins incommode.
Colle-forte. (Gélatine, voy. p. 131). — La fabrication de la colle-forte entraine souvent de mauvaises odeurs qui lui imposent l'isolement. La santé des ouvriers employés dans ces fabriques est excellente, d'après Parent-Duchâtelet. Les matières premières employées pour préparer la colle-forte sont : les brochettes, ou raclures de peaux, préparées par les mégissiers; les buenos-ayres, ou peaux d'emballage et rognures de peaux venant du Brésil ; les effleurures, qui proviennent de la fabrication des buffles ; les patins ou gros tendons de bœuf ; les rogn ures de parchemineric ; les tanneries, ou parties rejetées par les tanneurs, telles que : oreilles de mouton, pieds de veau, queues, etc.; enlin les os, qu'on laissait perdre il y a cinquante ans à peine, et qui aujourd'hui sont devenus un objet d'industrie important. Pour extraire la gélatine des os, on en sépare les graisses par ébullition de l'eau après le dégraissage. La gélatine des os, peut être obtenue par deux procédés différents : 1° en chauffant dans une chaudière autoclave ; 2° en enlevant dans les sels calcaires qu'ils contiennent au moyen de l'acide chlorhydrique. Dans le premier procédé, les os sont passés à la chaux, qui en sépare les dernières portions de graisse, puis soumis à l'action de l'eau à une température élevée, 120 degrés environ, dans une chaudière capable de supporter la pression de plusieurs atmosphères. A celte température, les os sont attaqués, la gélatine se dissout. Dans le deuxième procédé, les os sontmis en macération dans des cuves contenant de l'acide hydrochlorique à 10 degrés au plus ; par celte opération, le carbonate et le phosphate de chaux des os se dissolvent, et la matière animale reste sans être attaquée. Au sortir de l'eau acidulée, les os sont égouttés, lavés, puis mis à macérer pendant un temps assez long pour séparer l'acide hydrochlorique et le phosphate acide de chaux restés dans les os; enfin, la macération alcaline terminée, on cuit les os dans une chaudière à vapeur.
On traite de même toutes les peaux etmalières donnant de la gélatine
BOUCIIÀRDAT. — HïCiÉNE. 53
qui ne sont pas incrustées de sels calcaires. On clarifie la colle, soit avec de l'alun, soit avec de l'albumine. On dessèche la colle dans un séchoir, qui est un vaste local portant un grand nombre de fenêtres ouvertes à tous vents, munies de jalousies qui permettent de la garantir de la poussière et du soleil. Cet atelier répand des odeurs dans le voisinage.
Tanneurs et mégissiers. — Les fabriques dans lesquelles on reçoit des peaux fraîches ou vertes répandent des odeurs putrides. Les peaux desséchées sont moins odorantes, mais elles conservent et propagent quelquefois la bactéridie charbonneuse. Les peaux sont mises en macération avec de la chaux, pour faciliter le débourrage, puis laissées en contact avec du tan pendant plusieurs mois. Il émane des tanneries et des mégisseries des odeurs spéciales qui ne sont point dangereuses, mais qui sont très désagréables pour un grand nombre de personnes.
Fermentations putrides des matières végétales en dissolution ou en suspension dans un excès d'eau. — Toutes les matières végétales contiennent des albuminoïdes solubles dans l'eau. Quand on les traite par ce liquide, les dissolutions qui renferment ces substances éprouvent la fermentation putride ; elles deviennent insalubres, altèrent les pièces d'eau et les rivières ou ruisseaux qui n'ont qu'un très faible courant ; elles détruisent les poissons, parce qu'elles renferment, au lieu d'oxygène, de l'hydrogène sulfuré ou des hydrosulfates. Ces produits sulfurés peuvent avoir une double origine; le soufre contenu dans les matières albuminoïdes des plantes peut leur donner naissance; ils peuvent encore se produire par l'action d'un ferment spécial sur le sulfate de chaux qu'il convertit en sulfure de calcium.
Les principales industries qu'on doit réglementer à ce point de vue sont les routoirs, les amidonneries, les distilleries de grains, les fabriques de fécule de pomme de terre, etc. A moins de formation des marais qui s'assèchent, ces eaux putrides ne donnent pas lieu à la genèse de fièvres intermittentes.
Routoirs.— Rouissage. — Opération qui consiste à exposer pendant un certain temps dans de l'eau ou à la rosée du lin ou du chanvre, pour rendre facile la séparation du liber ou filasse du corps ligneux. On pratique celte opération dans les eaux des rivières, des ruisseaux, des étangs, des mares. Le rouissage est d'autant plus rapide que la température est plus élevée. Les eaux ni calcaires ni ferrugineuses conviennent. L'eau devient-elle, après le rouissage, nuisible aux hommes, aux animaux, aux poissons? La résine du chanvre ne se dissout pas, mais les matières albuminoïdes subissent la fermentation putride.
Quand ces eaux sont convenablement étendues, et qu'elles n onl pas d'odeur, les animaux les boivent sans inconvénient. Quand elles ne se renouvellent que très imparfaitement, comme cela arrive dans les
FÉCULERIES. - AMIDONNERIES'. - DISTILLERIES DE GRAISSES. 835 vouloirs établis dans les étants ; quand l'opération s'exécute sur de grandes masses, les poissons périssent. Lesanciennes législations étaient très sévères à cet égard. C'est surtout des vapeurs ou effluves qui émanent des vouloirs queles hygiénistes se sont occupés. Ilozier,Bosc, Pâtissier, Fodéré, les considèrent comme nuisibles, et assurent qu'elles causent des dysenteries, des lièvres intermittentes, et qu'elles peuvent favoriser l'évolulion des scrofules. Marc, Parent, Giraudet de Cusset, reconnaissent qu'elles sont inofl'ensives. Parent fit des expériences sur des animaux et sur lui-même. 11 put supporter l'odeur horrible de macération prolongée de chanvre, dans un espace confiné, sans en être incommodé. Une Commission de l'Académie de médecine, dont faisaient parti Dumeril et Villermé, adopta une opinion mixte : elle admit que les eaux des routoirs étaient peu salubres et que les effluves qui s'en dégagent étaient quelquefois dangereux. Ce qui est certain, c'est que les routoirs bien dirigés, en évitant la formation de marécages, se desséchant, ne répandent point dans l'air d'effluves nuisibles. Mais si on opère sur des masses de chanvre et de lin, et si les quantités d'eau qui traversent ces routoirs ne sont pas considérables, elle s'altèrent et présentent les mêmes inconvénients que les eaux des féculeries, dont nous allons parler. Payen vante le rouissage américain, qui s'effectue en trois ou six jours à une température de 32 degrés.
Féculeries. — L'eau qui, en grande abondance, sert au lavage de la fécule après que les pommes de terre sont râpées, est inodore. Mais elle contie de l'albumine en dissolution, qui se putréfie et altère, comme je l'ai dit déjà, l'eau qui coule dans des cours d'eaux limités, ou qui stagne dans de grandes pièces. Ces eaux doivent être employées en irrigations, comme elles le sont avec grand avantage, à Trappe, dans l'exploitation agricole de mon collègue Dailly.
Amidonneries. — Dans les amidonneries par les anciens procédés, la farine était délayée dans de l'eau, l'amidon se séparait du gluten par suite de la putréfaction de ce dernier qui le rendait soluble dans l'eau. On écoulait dans les ruisseaux et les cours d'eau ces eaux sûres, infectes. Dans le procédé Martin, on extrait le gluten en lavant la pâte sous un filet d'eau, qui est inodore et peut être écoulée sans inconvénient, lorsqu'on emploie des blés durs; mais lorsqu'on se sert des blés blancs, les eaux de lavage contiennent une forte proportion d'albumine végétale qui altèreles cours d'eau, comme celles qui s'écoulent des féculeries. Il importe de les employer, comme elles, en irrigations.
Les distilleries de rjrains des départements du Nord évacuent également de grandes masses de liquides chargés de matières albuminoïdes ; ils infectent les cours d'eau ; lorsqu'on les perd dans des puisards, ils altèrent les nappes d'eau souterraines; les puits du voisinage sont alors souvent convertis en véritable sources sulfureuses, llfautrecueillir
830 MOUIFICATEUHS. — SUBSTANCES NUISIBLES.
ces eaux, les maintenir désinfectées par le sulfate de fer, et les employer en irrigations sur une terre perméable ou convenablement drainée.
Ferments principaux se développant au corps de l'homme et devenant cause de maladies. — Il se développe au corps de l'homme des ferments normaux qui interviennent surtout dans les phénomènes de la digestion; j'en ai traité pages 110, 12(3. Dans les conditions de maladie, d'autres ferments apparaissent et se multiplient.
Je vais rapidement les indiquer. Il en est qui entravent les phénomènes digestifs quand ils se développent anormalement dans quelquesunes des parties de cet appareil (ferments alcoolique, lactique, butyrique, proprionique, etc.). Il en est un très remarquable qui a son siège dans la vessie; c'est la torulacée de la fermentation ammoniacale (voy. p. 431) ; puis, les ferments moteurs des fermentations putrides, dont nous allons nous occuper, laissant de côté tout ce qui a trait aux microbes de la septicémie. Toutes les fois que du sang, du pus ou d'autres liquides animaux restent pendant un temps suffisant exposés à l'action de l'air à la température du corps de l'homme, la fermentation putride s'établit; elle est d'autant plus rapide et d'autant plus intense que des produits putréfiés sont en contact avec les liquides normaux. Ces conditions se présentent tous les jours dans les cas de plaies, de fractures compliquées, d'amputations, etc. Tant que les produits résultant de la fermentation putride sont évacués au dehors, on ne voit point apparaître de phénomènes généraux ; mais on comprend sans peine qu'il est presque impossible d'éviter une absorption partielle qui peu à peu devient plus grande. C'est alors que surviennent ces redoutables accidents qui compliquent si fatalement les amputations, les grandes plaies, et les fractures comminutives avec lésion des tissus. Les tubercules, les cancers, offrent sans doute, soit par eux-mêmes, soit par les conditions dans lesquelles ils se développent, de sérieux dangers; mais ces dangers s'accroissent notablement quand, par suite de l'évolution de ces tubercules ou cancers ulcérés, du pus apparaît dans les tissus circonvoisins, et quand ce pus se putréfie et est partiellement résorbé. Dans la variole confluentc, outre le danger inhérent à la maladie principale, on doit faire entrer en ligne de compte celui qui apparaît lors de l'absorption de liquides viciés par la fermentation putride. Par suite d'une abstinence prolongée , telle qu'on a des occasions fréquentes de l'observer chez les aliénés qui refusent les aliments, l'haleine prend une odeur insupportable qu'elle doit aux produits excrétés par les muqueuses ou mucosités qui éprouvent un commencement de fermentation putride. Chez les exténués de la famine, les excrétions de la peau, en se putréfiant, prennent une odeur repoussante; si ces produits fétides