FERMENTS PUTRIDES AU CORPS DE L'HOMME
sont absorbés, la lièvre éclate et avance la lin de ces victimes de la faim.
Dans les cas de fièvres typhoïdes graves, l'altération putride des matières contenues dans l'intestin est un lait que tous les observateurs attentifs ont conslatc. L'absorption de ces matières est une des complications indispensables et des plus redoutables de cette grave affection.
Dans le catarrhe de la vessie, dans une foule d'affections des diverses parties génito-urinaires, du pus séjourne dans la vessie; il peut y éprouver la fermentation putride, y décomposer l'urine, et plusieurs produits viciés peuvent ainsi être absorbés, transportés dans l'économie, au grand préjudice du malade. La dépression de la vitalité, dans un grand nombre de maladies, est accusée, soit par un commencement de putréfaction, soit par une disposition plus grande que présentent les produits excrémentitiels à subir plus rapidement la fermentation putride.
Quand les forces sont déprimées, les produits d'excrétion séjournent plus longtemps dans les organes; les fèces, les urines, ne sont pas complètement évacuées; l'altération commence dans la vessie et dans les intestins, d'où une aptitude plus grande à subir rapidement la fermentation putride. Quand ces matières excrémentitielles sont évacuées, le défaut d'énergie des organes peut produire encore un autre effet. Les résidus de l'économie ne sont pas complètement éliminés à chaque évacuation. Ceux qui restent étant en voie de décomposition, agissent comme ferments putrides sur ceux qui sont continuellement excrétés. Le fait de l'altérabilité plus grande des matières excrétées peut tenir encore à d'autres causes. Si des matières putrides sont absorbées, celles qui ne sont pas détruites dans l'économie doivent être éliminées par les appareils excréteurs. On comprend sans peine que, dans ces conditions, les produits excrétés doivent s'altérer plus promptement.
Pour rétablir l'harmonie dans les fonctions, afin que l'absorption des produits putrides ne devienne pas cause principale de la maladie, il faut : 1° vider les réservoirs naturels qui contiennent ces matières altérées ou plus altérables ; 2° les désinfecter.
Désinfection. — Le rôle antiseptique d'un grand nombre de poisons s'explique de la façon la plus naturelle par cette action toxique qu'ils exercent sur les infusoires, compagnons obligés de la fermentation putride. Tous les sels mercuriaux, qui viennent au premier rang des antiputrides, sont aussi, de tous les composés, ceux qui tuent le plus énergiquement les êtres inférieurs ; il en est de même des sels de cuivre, de zinc, de plomb, d'argent, etc., de l'acide arsénieux. Les élhers, le chloroforme, les essences, les produits pyrogénés analogues aux essences, possèdent des propriétés antiseptiques bien constatées et détruisent aussi avec une grande énergie la vitalité des êtres inférieurs. Outre leur action toxique sur les infusoires, .les sels métalliques, tels
que ceux de zinc, de fer, de plomb, désinfectent les matières putrides d'une manière toute spéciale. Dans toute putréfaction de matières animales, le produit odorant principal est l'acide sulfhydrique, libre ou combiné avec une ammoniaque. L'hydrogène sulfuré agissant sur un sel métallique, le soufre se combine avec l'oxyde métallique pour former un sulfure, et l'odeur disparaît souvent presque complètement, quoique l'odeur initiale parût différente de celle de l'hydrosulfate d'ammoniaque. Deux choses peuvent arriver : ou bien l'hydrogène sulfuré développait par son dégagement ces odeurs complexes, ou bien elles étaient partiellement dues à des gaz hydrogénés qui, comme lui, se combinent avec les oxydes métalliques.
Le charbon et les corps poreux désinfectent en absorbant les gaz fétides. L'ozone, le chlore, les hypochlorites, désinfectent par suite d'une action chimique oxydante, ou quelquefois plus complexe. Ces agents peuvent aussi, de même que toutes les préparations métalliques, être efficaces en détruisant la vitalité des êtres inférieurs, infusoires ou cellules anomales qui pullulent dans les produits qui se putréfient.
Une des substances qui agissent le plus énergiquement pour détruire la vitalité des êtres inférieurs, est V acide phénique; depuis longtemps, Calvert et moi, nous avons reconnu les propriétés désinfectantes de la solution contenant 1 à 5 millièmes de cet acide.
J'ai déjà indiqué (p. 433) les moyens auxquels on peut avoir recours pour éliminer ou pour détruire la torulacée qui détermine la fermentation ammoniacale de l'urée; je dois ajouter ceci :que, depuis l'impression de cette partie de mon ouvrage, j'ai administré, d'après les expériences de M. Dumas, de l'acide borique et du borate de soude pour arrêter la fermentation ammoniacale de l'urée dans la vessie. J'administrais d'abord 10 à 15 grammes de tartrate borico-potassique (crème de tartre soluble) dans 1 litre d'eau , ou la même dose de borate desoudo. Un très habile ingénieur, qui m'avait consulté, eut, de son côté, la pensée de prendre, chaque jour, une cuillerée d'acide borique dans un verre d'eau. Sous cette influence, les urines devinrent très rapidement normales. Mon collègue M. le professeur Guyon fait pratiquer des injections avec cette même solution d'acide borique , toujours dans le but de détruire la vitalité de la loluracée, cause évidente du mal.
VENiNs. — Les venins sont des poisons produisant des modifications considérables dans les phénomènes de la vie des animaux vivants, par l'absorption hypodermique d'une proportion infiniment petite de matière active. Comme les poisons, les venins ne peuvent plus se reproduire chez l'homme ou chez les animaux, sur lesquels on reporte par inoculation les liquides émanés du malade; ce caractère important sépare les venins des virus. Le venin est un liquide physiologique nor-