‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 254 sur 371 · VENINS · texte numérisé non relu

VENINS

.es ateliers que les abeilles envahissent en grand nombre ; en chassant des maisons de location du voisinage les locataires dont les logements ou les jardins en sont infestés; 2° une incommodité très gênante en raison de l'inquiétude continuelle dans laquelle sont tenus les ouvriers et les voisins, soit pour eux-mêmes, soit pour leurs enfants, par le vol incessant des abeilles, par leur bourdonnement, par la crainte de leurs piqûres, par la nécessité ,de s'enfermer, d'éviter de s'approcher de certains lieux qu'elles préfèrent; 3° un danger très réel, puisque ces insectes peuvent, par leur piqûre, déterminer des accidents très douloureux, le plus ordinairement bénins, il est vrai, quant à leur terminaison ; mais qui peuvent amener des incapacités assez longues de travail, des symptômes inquiétants, et même, dans quelques cas, heureusement plus rares, la mort. Si l'on considère de plus que les dépôts de ruches établis dans les villes, où les abeilles ne peuvent trouver dans une si grande proportion les éléments de leur nourriture et de leur travail, et qu'elles doivent forcément vivre aux dépens du voisin, voilà pourquoi on les établit surtout dans le voisinage des raffineries, on sera frappé de cette pensée : qu'il existe en ce point une lacune dans la nomenclature des établissements insalubres, dangereux ou incommodes.

Je me suis étendu si longuement sur les venins parce que je suis convaincu que leur histoire se lie intimement à celle d'une des plus grandes questions de l'hygiène, à celle des effluves des marais. Parmi toutes les hypothèses qui ont été proposées pour remonter à la cause des maladies des marais, aucune n'explique mieux tous les faits observés queïhypothèse des effluves. Je donne ce nom à une matière organique qui se produit dans certaines substances végétales en putréfaction, qui, entraînée parla vapeur d'eau et inhalée par les poumons de l'homme, produit les maladies des marais. Ces maladies diffèrent par un caractère fondamental de celles qui sont déterminées par les miasmes spécifiques. Une première atteinte d'une maladie déterminée par les effluves des marais,

tant par les abeilles que par les autres mouches, il dépasse la somme annuelle de 20 à 25,000 francs. Les belles clairces (sirops purs et complètement blancs et limpides) placées à la partie supérieure de la fabrique sont tellement attaquées par les abeilles, qu'on écume celles-ci dans les bacs. On les détruit en les prenant dans des pièges ou cages à mouches en toile métallique placés près des fenêtres. Ces cages sont au nombre de 00 environ. La masse de mouches prises ainsi représente environ un hectolitre par jour. On les porte sous les cloches à vapeur et on les asphyxie, mais on ne reprend pas la matière sucrée dont elles sont chargées et qui est considérée comme perdue. Ce qui augmente le préjudice, c'est que les abeilles s'attaquent à peu près exclusivement aux plus beaux produits et dédaignent les sirops colorés. En deux heures, tant est grande la quantité de mouches, un verre rempli de belle clairec est complètement vidé. Outre la perte directe, les mouches entraînent la dépense assez sérieuse de l'entretien et de la réparation des cages qui s'usent assez rapidement, et le payement à h francs par jour et par homme, pendant six mois, de trois ouvriers employés à leur service. » {Déposition lors de l'enquête.)

loin d'offrir une préservation relative pour une seconde, constitue plutôt une prédisposition. Si l'économie éprouve une modification, c'est bien souvent une grande propension à voir renaître tous les accidents déterminés par les effluves, loin du foyer d'infection et souvent de longues années après en avoir ressenti les atteintes (1). C'est ce grand caractère de non-préservation qui m'a fait adopter le nom <ï effluves plutôt que celui de miasmes. Car il n'y a d'autre rapport entre les miasmes spécifiques et les effluves des marais que celui d'être, les uns et les autres, entraînés par des courants d'air. La production des effluves des marais exige les conditions fondamentales des fermentations : 1° certaines matières végétales mortes; 2° de l'eau en proportion modérée; 3* la température la plus favorable aux fermentations ; 4° la présence d'êtres microscopiques organisés et vivants. Ce qui sépare tout d'abord la fermentation des marais de la fermentation putride, c'est la nature de la matière putréfiée, parties végétales mortes, et puis la nécessité de l'accès de l'air.

Les moteurs des fermentations des marais sont des microbes aérobies, et ceux des fermentations putrides sont des anaérobies.

Marais. — Sous le double rapport de l'importance pour les doctrines médicales et de l'utilité pratique, la question des marais est une des plus grandes que l'on puisse aborder en hygiène. La modification si profonde et quelquefois si fatalement durable que peut imprimer à l'organisme humain une quantité infiniment petite de matière engendrée dans les marais est bien digne de toutes nos méditations. L'action de ces produits, qui prennent surtout naissance dans les plus belles contrées du globe, est la plus grande cause de dépopulation de pays si éminemment privilégiés sous tant d'autres rapports.

Voici l'ordre que je me propose de suivre dans celte étude : 1° Définition. 2° Géographie. 3° État physique des marais. 4° Théories diverses; hypothèse des effluves, leur nature. -4° Influence des effluves sur l'homme, suivant l'âge, le sexe, l'accoutumance; maladies intermittentes; cachexies, autres affections. 5° Epidémies et épizoolies paludéennes. G0 Influence des marais sur le mouvement de la population. 7° Loi d'antagonisme. 8° Hygiène publique et privée. 9° Questions spéciales se rapportant à l'étude des marais.

En hygiène, la signification du mot marais est beaucoup plus largo que dans le langage ordinaire. Admettons pour un moment comme démontrée l'existence (le ces matières organiques que nous nommons

(I) j'ai rapporté (Annuaire de thérapeutique, 1848, p. ui) l'observation d'une flftrre

contractée dans les Marais Ponlins. qui récidiva pendant cinquante ans, loin du foyer, dan» un pays sain.

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