‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 255 sur 371 · MARAIS · texte numérisé non relu

MARAIS

(>/"// ares, entraînées par la vapeur d'eau et possédant la propriété de donner les maladies intermittentes; nous dirons: On donne en hygiène le nom de marais à un lo\er où se développent des effluves palustres. Voici l'indication des principaux foyers où ils se développent :

A. Marais : 1* d'eaux douces; 2° marais salés; 3° marais salants; 4° marais mixtes. — B. Lacs, étangs, mares et marécages, ports, fossés, lais et relais. Embouchures des fleuves. — G. Terrain subapennin sur argile (voy. p. 700, et le Supplément, Marais mixtes). — D. Défrichemonts. — E. Rizières. — F. Éducation des sangsues. — G. Travaux des chemins de fer. On voit que, dans plusieurs des conditions indiquées (terrain subapennin, défrichements, mouvements de terrain), la condition d'eau stagnante qui caractérise le marais manque; et cependant il faut réunir ces questions. Dans tous ces cas, en effet, il se développe une matière, l'effluve des marais, déterminant des effets identiques; elle se produit, comme nous allons le voir, lors de la fermentation de certaines matières végétales.

Géographie des marais. — Pour les Européens transportés dans les contrées chaudes, la question des marais vient en première ligne au point de vue de la santé. D'après Annesley, c'est la cause de mort prématurée de plus de la moitié des Anglais transportés au midi. La circonstance qui a puissamment contribué à augmenter pour la France l'intérêt qui s'attache à la question des marais, c'est qu'elle doit venir au premier rang lorsqu'il s'agit de nos colonies du Sénégal, de la Cochinchine et de nos possessions d'Algérie. Plusieurs déparlements du centre, une partie de notre littoral, ont aussi rudement à souffrir de ces maladies intermittentes.

L'Italie est encore plus éprouvée par ce fléau. L'Afrique est rendue non seulement impossible à coloniser, mais inabordable dans quelquesunes de ses parties, par suite de la redoutable influence des effluves des marais. En Asie, l'embouchure du Gange, les rizières du Bengale, de la Chine et de la Cochinchine, le littoral de Madagascar, les deltas des grands fleuves américains, sont infectés par ce poison, qui s'attaque aux plus belles portions de la terre et aux plus fertiles.

L'élat physique des marais est aujourd'hui assez bien connu. S'il existe des lacunes importantes, nous pensons que ce sera hâter la solution de ces problèmes que de les signaler. On sait, par des observations concordantes, que les eaux impures favorisent la formation des effluves. On connaît la nature des substances salines et leur proportion. On sait que l'existence de certains débris végétaux qui se putréfient dans les limons constitue la matière première de la fermentation palustre. On connaît les gaz qui se développent dans les localités maremmatiques. La flore et la faune de ces localités ont été étudiées dans ce qu'elles ont de plus ordinaire. Mais une étude microscopique patiemment et habi-

m MODIFICATEURS. — SUBSTANCES NUISIBLES.

loment conduite est encore indispensable pour nous faire connaître les spores de certains végétaux des marais qui ont été mis en cause, et surtout pour nous apprendre à distinguer les animaux microscopiques si nombreux qui pullulent dans ces débris végétaux qui se putréfient, et qui sont les moteurs de ces fermentations et la cause première de tous les accidents des marais. Ce qu'il importerait surtout de connaître, ce seraient les conditions d'existence de ces êtres, dont, il y a quelques années, on soupçonnait à peine l'existence et surtout le rôle immense qu'ils jouent dans les phénomènes de la mort et de la vie. Il existe encore bien des inconnues pour établir sur des bases inébranlables une théorie qui rende compte des effets des marais.

Les limons dans lesquels se développe le poison des marais renferment des débris végétaux et animaux, mais ce sont surtout les premiers qu'on doit mettre en cause. Montfalcon accusait la végétation spéciale des marais, les prêles, les cypéracées, les roseaux, les nénuphars, les salicaires, les renoncules, les saules, etc. Les animaux comprennent les poissons, les annélides, les infusoires ; les gaz sont : l'hydrogène proto carboné, l'oxyde de carbone, l'acide carbonique, l'hydrogène sulfuré, mêlés à l'air ordinaire. Tous les gaz qui se dégagent des marais ont été successivement mis en cause, et l'on a reconnu que l'inhalation d'aucun d'eux ne pouvait rendre compte des effets observés. La théorie de l'influence de l'humidité, soutenue il y a cinquante ans par Broussais, n'est plus admise par personne. On a renoncé de même à attribuer l'origine des maladies des marais à des insectes entraînés par l'air. Si dans ces derniers temps on a remis de nouveau en avant l'hypothèse, si souvent défendue, de l'influence de l'émanation de plantes spéciales, on n'a pas répondu à l'objection capitale, qui consiste à diré que les maladies de marais se produisent dans des localités où les plantes désignées n'existent pas; puis on n'a point examiné s'il ne s'agissait pas d'une simple question de coïncidence. Les conditions de la formation des effluves ont été établies avec une netteté suffisante par un grand nombre d'observations : on sait tout d'abord que la condition primordiale est la présence de certaines parties de végétaux morts; on admet ensuite que l'eau est indispensable à la manifestation du phénomène; on a aussi démontré que l'accès de l'air était une condition absolue. Les espaces submergés ne produisent pas d'effluves; on en constate seulement l'existence par leurs effets pendant l'assèchement des boues. La loi qui nous montre la progression constante des dangers, toutes choses égales d'ailleurs, avec l'élévation de température, est aujourd'hui établie par de nombreuses et concordantes observations. Enfin le rôle de certains sels en proportions déterminées, tels qu'ils résultent du mélange des eaux douces et des eaux salées, a été nettement apprécié, ("est à une cause du même ordre qu'il faut rapporter l'existence de lièvres des

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