MARAIS. — HYPOTHÈSE DES EFFLUVES
marais sur certains sols où l'on ne remarque cependant aucun vestige d'eaux stagnantes (1).
Nous allons revenir sur les plus importantes de ces questions. Etablissons d'abord le rôle prépondérant de la fermentation des matières végétales.
Fermentation des matières végétales. — Le générateur des maladies des marais se trouve parmi les êtres ou produits de la fermentation des matières végétales; la question de ces fermentations domine donc la pathogénie des marais. Plusieurs faits anciennement connus avaient établi que, dans les infusions des matières végétales, H se développait un monde d'êtres microscopiques. On connaît les belles études de Spallanzani sur les animalcules des infusions; on sait que ces infusoires sont différents, suivant la nature des substances végétales, des matières que l'eau tient en dissolution, et suivant aussi les conditions de température. On sait aujourd'hui quels sont ces êtres organisés vivants. Il existe parmi eux les ferments moteurs de la décomposition des matières végétales. Les poisons ou toutes les autres influences qui détruisent la vie des infusoires arrêtent la décomposition des matières végétales. On admet, par une suite d'expériences indiscutables, que ces microbes ne naissent pas spontanément, mais que les germes qui leur donnent naissance sont transmis par l'air, ou existent sur les parties végétales qui se décomposent. Pendant la fermentation de ces matières, il se répand dans l'atmosphère des particules nuisibles auxquelles on a donné le nom d'effluves des marais.
L'hypothèse des effluves s'appuie sur un si grand nombre de faits qu'on pourrait aujourd'hui la regarder comme démontrée. Je n'insisterai pas sur la condensation d'une matière organique spéciale dans l'eau qui ruisselle sur les ballons remplis de glace transportés dans des localités maremaliques. Je mécontenterai deciter les expériences de Rigaultdel'Isledans les Marais Pontins, celles deJMoscati dans les rizières du Milanais, cellesde Boussingaultdans la Nouvelle-Grenade. Les observations de Gasparin, qui pensait avoir transmis l'hydroémie des moutons en les frictionnant avec de Peau contenant ces matières, ne peuvent plus être invoquées, aujourd'hui que la véritable cause de cette maladie est connue. La propagation par l'air des matières qui donnent lieu aux lièvres des marais s'appuie sur trop d'observations concordantes pour qu'on puisse en douter. Voici les principales : pendant le jour, lorsque le temps est serein, les effluves sont entraînés rapidement vers les couches supérieures de l'atmosphère, et leur action est presque nulle ; vers le soir, après le coucher du soleil, pendant la nuit, ils sont rapprochés de la
• m. Mémoire sur les effluves (Annales de chimie et de physique, 3" série, t. 111, p. 314;. — Fr. D;iniell, Sur les effluves (Annuaire des eaux de la France, 1851).
lui re, retombent avec la rosée, et c'est alors qu'ils atteignent leur summum d'activité. Daniell rapporte que, une seule nuit passée, au mois d'août, dans certaines localités des Apennins, donne la mort aux étrangers . On n'a que trop souvent constaté l'inlluence pernicieuse de la nuit sur des soldats obligés de bivouaquer ou placés en faction dans le voisinage des marais. La sphère d'activité des effluves a une étendue qu'il est diflicile d'apprécier rigoureusement, et qui varie, d'ailleurs, suivant que l'air est calme ou agité. Monlfalcon évalue à 4 ou 500 mètres la hauteur à laquelle les effluves peuvent s'élever, et à 2 ou 300 mètres leur propagation horizontale; mais ces évaluations sont loin d'être exactes. L'influence des Marais Pontins ne se fait plus sentir à Lezze, élevé de 300 mètres au-dessus du niveau de la mer; mais il suffit souvent, à Rome, de monter deux étages pour se soustraire à la lièvre. A la Jamaïque, où les maisons n'ont que deux étages, on trouve que, sur trois cas de lièvre, deux appartiennent à l'étage inférieur et un seul au supérieur. La propagation horizontale varie dans des limites plus étendues encore, et suivant des circonstances souvent fort difficiles à apprécier. L'influence des effluves peut se faire sentir à 3000 mètres, et les vents peuvent l'étendre à des distances énormes; on assure que l'on observe, sur la côte orientale de l'Angleterre, des fièvres produites par les effluves qui se dégagent des marais de la Hollande. Les effluves suivent la direction des vents, et il en résulte que chaque localité a son vent favorable et son vent contraire. Marennes, suivant Mélier, en est un exemple remarquable. Quand le vent souffle est, nord-est ou nord, c'est-à-dire de façon à éloigner de la ville les effluves des marais gàts, situés tout à fait à l'ouest, les lièvres y sont rares; souffle-t-il, au contraire, ouest, sud-ouest ou sud, c'est-à-dire dans une direction telle que, passant d'abord par les marais gàts, il en envoie les effluves sur Marennes, on est certain d'y voir arriver les lièvres. A Saint-Agnan, situé à l'opposite de Marennes, de l'autre côté des marais gàts, les choses se passent en sens tout à fait inverse. C'est le vent d'est qui y apporte les fièvres. Un obstacle, peu considérable en apparence, arrête parfois la propagation des effluves : une maison, un rideau d'arbres, une colline. On a vu la propagation s'arrêter brusquement à une limite très nette, sans qu'il soit possible d'en reconnaître la cause. Worms rapporte que la felouque de guerre la Fortune, placée à l'embouchure de la Seybouse, en vue de Hone, fut obligée de renouveler, trois fois dans l'année, son équipage, décimé par la lièvre, tandis que le brick de guerre de la station, mouillé tout au plus à quatre ou cinq portées de fusil en arrière, jouissait de la santé la plus parfaite. Était-ce là encore une influence des vents?
Insistons sur quelques-unes des conditions de la fermentation marenimalique qui donnent naissance aux effluves, en cherchant à mettre en lumière ce qui a été établi par de rigoureuses observations. l°La néces-