‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 257 sur 371 · MAUA1S. — FORMATION DES EFFLUVES · texte numérisé non relu

MAUA1S. — FORMATION DES EFFLUVES

site de lu présence des matières végétales mortes a été établie par de trop nombreux témoignages pour qu'il soit nécessaire d'insister. Il est cependant un point encore obscur et fort intéressant de cette question. Quelles sont les matières végétales dont la décomposition donne naissance aux effluves des marais? Il est plusieurs parties végétales qui, en se décomposant lentement, dans les conditions ordinaires de la fermentation végétale, ne donnent pas lieu à des effluves des marais. Je citerai les pailles, qui interviennent, pour une si grande part, dans le fumier de cheval que les maraîchers de Paris emploient en si grande proportion et arrosent constamment dans leurs jardins, connus improprement sous le nom de marais. Il est probable que l'ammoniaque, l'hydrogène sulfuré, produits par les matières animales mêlées à la paille, empoisonnent les microbes moteurs ordinaires de la fermentation maremmatique. Il convient d'expliquer de la même manière comment plusieurs localités de la .\ouvelle-Calédonie(l) et de quelques îles de l'Océanie sontexemptes des maladies des marais, malgré l'existence de marais dans lesquels les matières végétales se décomposent. Celte immunité ne résulterait-elle pas de l'absence des infusoires toxifères, soit par le fait qu'ils n'existaient pas et qu'ils n'ont pas été transportés dans ces localités, soit encore parce que les végétaux qui pourrissent dans ces marais sont des mellaleuca ou d'autres végétaux à essence qui tuent les infusoires toxifères ?

Voilà ce que j'enseigne depuis plus de vingt ans. Un nouvel exemple est venu se joindre àceuxque je citais. Les feuilles de l'Eucalyptus globuhis, en se putréfiant, ne donnent pas naissance au poison des marais. Gomme les mellaleuca, les eucalyptus appartiennent à la famille des Myrtacées; leurs feuilles, comme celles des mellaleuca, sont parsemées de glandes à essence. Les végétaux, en se décomposant spontanément dans les tourbières, ne donnent pas naissance aux effluves des marais. On voit que toutes les matières végétales ne se comportent pas de même.L'étude de ces différences peut avoir une grande importance pratique. 2° La présence de irait est indispensable au développement des effluves; celle nécessité s'accentue sur le terrain subapennin, quand une pluie chaude a imbibé les végétaux morts qui recouvrent la surface du sol. ("est alors que les effluves manifestent leur influence (voy. Appendice, Marais mixtes). 3° L'accès de l'air est nécessaire au développement des effluves des marais. L'oxygène parait indispensable à la vie du microbe moleurdela fermentation. Cette espèce n'appartient pas au genre Yibrio, qui comprend les infusoires moteurs de la fermentation putride. Deux raisons s'y opposent : la première, c'est que les produits de la fermen-

(1) Rochas, Topographie, de la Nouvelle-Calédonie (Thèses de la Faculté de médecine de Paris, 1801 J.

8i8 MODIFICATEURS. — SUliSTANCES NUISIBLES.

tation putride, qui all'ectent si péniblement l'odorat, ne déterminent pas des maladies à quinquina; la seconde, c'est que les effluves des marais ne se révèlent par leurs effets que lorsque les boues des marais reçoivent l'accès de l'air. Les vibrions moteurs de la fermentation putride (anaérobies, Pasteur) ne vivent que dans un milieu privé d'oxygène. Les infusoires microscopiques moteurs de la fermentation des marais ne paraissent vivre que lorsqu'ils ont l'accès de l'air (aérobies).

Tous les faits d'observation confirment celte manière de voir. Les fièvres intermittentes apparaissent surtout en automne, quand les marais s'assècbcnt et que les débris des végétaux morts y abondent. Quand un canal , un marais , sont absolument couverts d'eau, tout danger disparait. -4° Voici deux lois ayant trait à l'influence de la température que je dois d'abord énoncer : A. Les fièvres intermittentes ne se montrent pas dans les localités où la température moyenne oscille entre 0 et + 5° en hiver, et ne dépasse pas +10° en été. B. Toutes choses égales, plus la température ambiante d'une localité est élevée, plus l'influence des marais est à redouter. Voici des faits cliniques sur lesquels celte loi s'appuie.

A Cayenne, un Européen court les chances les plus grandes d'être enlevé en moins de cinq ans par une fièvre pernicieuse.

Au Gabon, au Sénégal, les fièvres intermittentes pernicieuses se montrent encore fréquemment; elles sont heureusement plus rares en Algérie, mais les fièvres intermittentes rebelles au quinquina y sont assez communes. En Europe, l'observation nous montre que leur intensité diminue progressivement avec l'abaissement de la température. Insistons sur deux exceptions plus apparentes que réelles. L'été est plus chaud que l'automne, et cependant on y observe beaucoup moins de lièvres intermittentes. Le dessèchement des bords des marais qui a commencé en été se continue en automne, et les débris de végétaux morts abondent dans celte dernière saison. Si au coucher du soleil le danger est plus grand que lorsqu'on subit ses ardeurs, c'est que les effluves retombent vers le soir avec la vapeur d'eau qui est condensée.

5° L'influence nocive du mélange des eaux douces et des eaux salées est établie sur une foule d'observations concordantes. Je reproduis dans l'Appendice une note empruntée à ma Chimie où l'on trouve la démonstration de ce fait. Concluons en disant : Ce sont bien là tous les caractères des fermentations qui se produisent sous l'influence de microbes. Quels sont-ils? L'observation ne nous a point encore éclairé définitivement à cet égard.

Quels peuvent être les êtres ou matières organiques entraînés par la vapeur d'eau, qui constituent les effluves? Il me parait que le poison des marais n'est pas un ferment du premier ordre, malgré les faits intéressants rapportés par plusieurs observateurs sur l'influence des palmclla.

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