MARAIS. - INFLUENCE DE L'AGE. - ÉPIDÉMIES
Si>xc. — Les femmes, moins livrées aux travaux agricoles que les hommes, sont aussi moins atteintes par les eflluves.
Age. — L'influence des eflluves des marais sur les hommes aux différents âges de la vie a été très nettement appréciée. Cette connaissance a surtout pris une importance considérable pour le jeune âge. Si les enfants allaités présentent une préservation relative, après le sevrage ils sont frappés avec une telle puissance, que celte question de la mortalité excessive des enfants dans les localités maremmatiques est devenue la plus importante dans la pensée des hommes soucieux de l'avenir, qui s'occupent de la colonisation de l'Algérie. L'influence défavorable, au point de vue de l'action des effluves, du travail des champs, de l'alimentation insuffisante, de la privation de vin, de l'habitation dans les rez-de-chaussée, a été établie par de trop nombreuses observations pour qu'il soit permis de la révoquer en doute. Il est bien démontré que ce sont les plus pauvres parmi les travailleurs des campagnes qui sont surtout ex posés aux maladies des marais. Voihà pourquoi il est si désirable que le remède efficace, le sulfate de quinine, puisse leur être vendu au plus bas prix possible (1).
Épidémies paludéennes. — Outre les maux ordinaires du voisinage des marais, il peut apparaître dans certaines années de grandes épidémies, qui ne reconnaissent pas d'autres causes. Elles peuvent tenir à un développement plus considérable d'effluves, ou à leur propagation par les vents. Dans quelques conditions sur lesquelles j'ai déjà insisté,des maladies spécifiques peuvent se développer dans certaines localités maremmatiques (ex, : choléra dans le delta du Gange) et se propager par contagion. Il peut encore apparaître épidémiquement plusieurs autres maladies auxquelles les atteintes des effluves prédisposent (ex. : dysenterie, hépatite, typhus, colique endémique nerveuse, scorbut, etc.). Rien n'est plus funeste que d'établir un camp'dans une localité maremmatique. Danniel- Sennert a donné une relation émouvante d'une épidémie de lièvre continue avec délire, pétéchies, qui détruisit une armée allemande dans des maraisde la Hongrie. Frédérick Dickert observa, en 1691, une épidémie de lièvre pernicieuse, qui sévit en Hollande avec une grande intensité. Lanoix a donné également la relation d'une épidémie de fièvre pernicieuse, qui ravagea Pithiviers en 1802, après un débordement de l'Essonne. En 1812, tout un faubourg d'A vallon fut rudement éprouvé par suite du dessèchement d'un étang situé dans le voisinage de ce faubourg. Des exemples pareils sont aussi nombreux que concordants.
(!) C'est la pensée qui m'a inspiré en publiant avec M. Delondre la Quinologie , ouvrage dans lequel sont décrits, pour la première fois, les quinquinas de la Nouvelle- Grenade, qui aujourd'hui jouent un si grand rôle dans la fabrication du sulfate de quinine ; et c'est dans cet ouvrage que sont exposées les raisons qui militent en faveur de la culture régulière des bons quinquinas : Cinchona Calijsaya, G. succirubra, C pilayantis. (Annuaire de thérapeutique, 1866.)
Soi MODIFICATEURS. — SURSTANCES NUISIBLES.
Épizooties paludéennes. — On a rattaché à l'influence des effluves maremmatiques plusieurs épizooties qui ont à diverses époques atteint des animaux paissant dans les marais. J'ai, dans mes cours, depuis longtemps émis des doutes sur l'action des effluves des marais sur les animaux. Il me parait aujourd'hui démontré que ces épizooties sont déterminées par d'autres causes : 1° d'abord par une alimentation insuffisante, d'herbes de marais ligneuses et aqueuses ; 2° par le froid continuel résultant d'un pacage humide ; 3" par des maladies contagieuses, se propageant facilement par la promiscuité de troupeaux (ex. : typhus du gros bétail, péri pneumonie contagieuse, etc.). Les maladies charbonneuses sont communes chez les troupeaux vivant dans des prairies à marécages, et attaquent aussi les hommes dans ces contrées. Un sait aujourd'hui que la cause de ces graves affections sont des bactéridies. Restait Yhydroémie du mouton ou cachexie aqueuse, caractérisée par la diminution des globules et de l'albumine du sang. On croyait si bien que cette maladie, si redoutable pour les moulons des localités marécageuses, était déterminée par les effluves des marais qu'on la confondait, pour ainsi dire, avec la cachexie paludéenne de l'homme. Gasparin avait cru communiquer la cachexie en frictionnant des moutons avec de la rosée des marais ! On sait aujourd'hui que l'hydroémie est déterminée par le parasitisme du distome hépatique et lancéolé. Zundel a donné à cette maladie parasitaire le nom de distomatose (Rapport de Boulley, Société d'Agriculture, rapports sur prix 1880). Il ne reste donc plus rien pour rattacher l'origine de maladies des animaux à l'action des effluves des marais. L'homme seul recevrait la fâcheuse influence de ce pernicieux agent; car il faut admettre avec une extrême réserve la réalité de ces fièvres intermittentes, pernicieuses, décrites par Dupuy, qui se seraient déclarées dans un troupeau de bœufs, après un unique repas dans un marais ! Quoi qu'il en soit, il est établi que les races d'animaux de boucherie se dégradent dans les localités maremmatiques.
Influence des effluves des marais sur le mouvement de la population. — Tous les auteurs sont d'accord pour reconnaître la funeste influence des effluves des marais sur le mouvement de la population. A Cayenne et sur quelques parties du littoral du Sénégal, les adultes européens ne peuvent pas résister plus de 5 ans. Dans les localités palustres de l'Algérie, tous ou presque tous les enfants européens meurent. Boudin avait cru remarquer une préservation relative des enfants israélites, mais celte exception n'est qu'apparente, les israélites ne sont pas cultivateurs, mais financiers ou commerçants ; ils n'habitent que les villes qui sont presque toujours éloignées des foyers d'effluves. Fonlaz nous a appris qu'après la fatale insurrection de juin 1848, 135 familles parisiennes allèrent s'établir dans une localité très fertile de l'Algérie, àZurick, mais