‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 260 sur 371 · M A H AIS. - INFLUENCE SUR POPULATION · texte numérisé non relu

M A H AIS. - INFLUENCE SUR POPULATION

localité où los effluves sévissaiont; en 1858, il n'en restait plus que treize, et trois seulement au complet. Dans les localités de l'Italie où existent des marais mixtes (voy. Appendice), la vieillesse est inconnue. En France, la Bresse, la Brenne, la Sologne sont aussi rudement «'prouvées par cet ennemi qui fait périr un très grand nombre d'enfants du sevrage à la puberté.

Pour la Sologne. — Si l'on compare, dit M. Marchand, les cantons limitrophes dans le département du Loiret ou celui de Loir-et-Cher, on voit, suivant que la proportion des étangs s'élève, la population varier dans un rapport plus grand que celui du simple au double, et la durée de la vie moyenne décroître d'un quart à un sixième. L'influence des exhalaisons méphitiques se montre là dans toute sa force.

Becquerel père assure qu'en Sologne le nombre d'habitants n'est, en moyenne, par kilomètre carré, que de 21, 15, tandis qu'en France il est trois fois plus considérable, et que ses relevés des conseils de révision nous apprennent que la moitié des jeunes gens atteints par la conscription sont impropres au service militaire. La même observation a été faite dans les arrondissements de Rochefort et deMarennes. Il est arrivé bien des fois que, dans quelques localités, de tous les hommes appelés il ne s'en trouvait pas un seul qui fût propre au service. Bien plus, on a vu des années où il ne restait pas un seul homme de la classe appelée, tous étaient morts avant l'âge du recrutement et pour la plupart dès leur enfance. Dans le département de PAin, les chefs-lieux des arrondissements situés dans les montagnes du Jura présentent un accroissement de population qui, pour une période de 10 ans, est, en moyenne, de 18 à 20 ; tandis que ceux des plaines marécageuses de Ja Bresse offrent une diminution qui, pour la même période, est allée jusqu'à 72. Les mêmes faits se reproduisent invariablement et dans des proportions semblables pour les parties différentes des départements du Gard, des Bouches-du- Rhone, de Loir-et-Cher, et généralement de tous ceux où le sol est couvert de marécages ; malgré les immigrations qui comblent les vides faits par la mort, on voit les effluves des marais portant la mort sur leur passage, décimant les enfants et les hommes, dépeuplant les cités et réduisant dans une proportion effrayante la durée moyenne de la vie humaine.

L'existence d'une ville florissante est impossible dans une localité où régnent les effluves. Les villes de Brindes, Aquilée, Acerra, en Italie, se sont éteintes. En Bresse, la petite ville de Villars a été réduite à un petit groupe d'habitations. Vie, au lieu de 8 à 900 maisons qu'il avait dans le dix-huitième siècle, en compte tout au plus 30. Frontignan et d'autres villes des environs de Cette ne sont plus maintenant que des villages.

Partout où des travaux d'assainissement ont été exécutés, la durée moyenne, de La vie s'est accrue considérablement. Je me contenterai de

citer un travail de M. Lefebvre sur V Influence de l'assainissement des Marais Gais sur la durée de la vie à Bochefort:

De 1790 à 1799, 1 habitant sur 16 44

Reconnaissons que la misère a diminué progressivement et a contribué à abaisser le chiffre de la mortalité prématurée.

Antagonisme des maladies des marais avec la phthisie pulmonaire et la fièvre typhoïde. — Well avait avancé, sans détails suffisants, que la phthisie pulmonaire était rare dans les localités où sévissait la fièvre intermittente. Boudin a donné (Essai de géographie médicale, p. 3-2, 1843) de grands développements à cette remarque. Voici en quels termes il résume les lois de cet antagonisme pathologique : 1° la phthisie pulmonaire, toutes choses égales d'ailleurs, est plus rare parmi les habitants des localités marécageuses; 2° les localités dans lesquelles se montre la phthisie sont remarquables parla rareté des fièvres intermittentes endémiques; 3° par suite de la suppression des marais ou de leur conversion en étangs, on a vu l'endémicité des fièvres intermittentes être remplacée par la phthisie pulmonaire dans certaines localités où celte maladie était inconnue précédemment.

Ces propositions soulevèrent de vives polémiques ; plusieurs confrères

de Boudin, appartenant à l'armée de terre, fournirent des arguments

d'une grande importance pour les soutenir. Voici le résumé des faits les

plus concluants :

Madras, sur 17,420 malades 14 décès plilhisiques.

Indes, 4,073 fiévreux 1 1 plilhisiques.

Bone, 6,245 malades 12 plilhisiques (Morcau).

— 790 fiévreux 7 plilhisiques (Laveran).

Algérie, 40,000 malades 62 phthisiques (C. Broussais).

Venise, 14,000 malades 8 phthisiques seulement.

La loi de l'antagonisme fut combattue par MM. Lévy, Genest, Forget, Gintrac ; ce dernier établit par une bonne statistique que les communes deMédoc les plus atteintes par les lièvres intermittentes l'étaient aussi le plus par la phthisie.

Voici les conclusions auxquelles nous arriverons : la loi de Boudin n'est pas générale, mais elle parait vraie avec des exceptions. Elle se vérifie surtout dans les localités maremmaliques intenses. Faut-il conclure delà qu'il faut conserver les marais pour éviter la phthisie?Ce serait une déplorable erreur. Voici l'explication qui me paraît la plus probable. Dans les localités maremmatiques intenses, les prédisposés à la phthisie sont moissonnés avant l'évolution des tubercules pulmonaires : les enfants par le carreau, les adultes par les fièvres pernicieuses.

Page 1