‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 262 sur 371 · MARAIS. - HYGIÈNE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

MARAIS. - HYGIÈNE PUBLIQUE

dévouement. On jugera d'ailleurs de l'importance de l'opération par quelques indications sur la vidange seule du lac, par le tunnel qui a été calculé pour un débit maximum de 50 mètres cubes par seconde. Le premier écoulement commença le 9 août 1802, et dura jusqu'au 30 septembre 1803. Il se continua ainsi pendant quatre cent cinq jours seulement, avec douze jours d'arrêt, et donna lieu à un débit total de 500845 500 mètres cubes; le niveau du lac baissa de 4m,247, laissant une première laisse desséchée d'environ 500 mètres de largeur. Le second écoulement dura sept cent soixante-quatre jours, compris un débit de 033 809 035 mètres cubes, et détermina un abaissement de 7m,72. Enfin, l'épuisement complet du lac s'effectua par intermittences, qui se prolongèrent jusqu'en juin 1875. Un grand nombre de maisons de colons, accompagnées chacune d'un domaine de 25 hectares, se construisent à 500 mètres les unes des autres, et l'on peut dire aujourd'hui que, quoique ces maisons ne soient pas encore toutes achevées (leur nombre doit s'élever jusqu'à quatre cents), la période de dessèchement étant complètement terminée, les 14000 hectares, qui ont été définitivement conquis sur le lac, et qui forment la propriété du prince Torlonia, sont à tout jamais livrés à l'exploitation agricole. »

Ce n'est pas le tout que d'exécuter de grands travaux de dessèchement et d'assainissement, il faut les entretenir en bon état avec une constante sollicitude. Quelques exemples suffiront pour démontrer l'importance de cette règle. Les parties les plus saines, les plus belles de l'Asie Mineure sont devenues inhospitalières par suite de l'abandon, pendant des siècles, des travaux d'assainissement. Les Marais Pontins furent desséchés et salubres. L'abandon de l'entretien des travaux les rendit plus malsains que dans l'origine. La Sologne fut jadis saine, cultivée et fertile; par suite de négligences séculaires, elle tomba dans l'état où nous l'avons vu, et dont elle tend heureusement à sortir par des travaux d'assainissement aussi bien conçus qu'énergiquement exécutés. L'illustre Fourier, préfet de l'Isère, assainit les marais de Bourgoing; les fièvres reparurent plus int enses dans ces localités par suite de l'interruption dans l'entretien des travaux. Les Chinois sont toute l'année continuellement occupés à diriger convenablement leurs canaux au double point de vue du judicieux emploi de l'eau et de la salubrité du pays. Il faudrait les imiter, en fortifiant chez nous le corps des' agents voyers et en leur donnant la mission d'ingénieurs agricoles et des cours d'eau. Répétons-le, les soins que réclame la bonne tenue des égouts, des canaux d'assainissement, doivent être de tous les jours. Sans cette condition, ils sont en général plus nuisibles qu'utiles.

Voici le résumé des conditions hygiéniques qu'on doit surveiller au point de vue de la santé des travailleurs employés aux travaux d'assainissement des marais, de défrichement, etc. : 1° choisir des ouvriers

valides ; 9» leur imposer un travail, pour la durée, modéré, de huit heures au plus chaque jour ; 3° leur faire quitter les lieux à assainir au coucher du soleil; 4" surveiller leur alimentation : chaque jour \/± à \ litre de non vin rouge ; 5° les faire coucher loin du lieu où se produisent les effluves; réaliser cette condition en posant des rails parlant d'un centre saluhre et se rendant sur la localité à assainir. C'est en marchant ainsi lentement, avec prudence que la réussite est certaine. 11 faudra un siècle pour faire ainsi pour l'humanité la conquête de l'Afrique. En voulant aller trop vile, on sera contraint de toujours recommencer.

Reconnaissons que, depuis trente ans, de grandes choses ont été réalisées chez nous : l'insalubrité a été chassée de plusieurs parties de la Sologne, de la Brenne et d'autres contrées de la France; un grand nombre de localités de notre Algérie, inhabitables il y a quinze années à peine, sont devenues relativement salubres, grâce à des travaux énergiquement poursuivis et aux efforts d'une agriculture progressive. Il nous reste à choisir quelques exemples parmi les exploitations diverses dans lesquelles se produisent les elfluves des marais à propos desquelles des progrès ont été réalisés récemment. Les causes des dangers des étangs (I) mal tenus et de ceux à culture alternative sont aujourd'hui heaucoup plus appréciées. Le gouvernement a tendu une main ferme et secourante aux populations laborieuses qui souffraient de ce voisinage; beaucoup d'étangs à culture alternative ont été transformés en fécondes prairies, et tous y ont gagné. Les étangs dans lesquels on élève les sangsues, et qui présentaient de si graves conditions d'insalubrité, ont été examinés avec le plus grand soin par les conseils d'hygiène, et les dangers ont été éloignés (2). L'influence des défrichements d'après l'état du sol et du climat, a été beaucoup mieux comprise.

Notre expédition en Chine nous a permis de mieux apprécier les procédés mis en usage par les cultivateurs chinois pour éloigner les causes de dangers qui accompagnent la culture du riz (3).

(1; Puvis, Des causes et des effets de V insalubrité des étangs, Bourg, 1851, in-8*. — Camion, De la Brenne et de ses étangs, E. Blanc, 1861, in-8. — J. Bollet, Etangs des Domhes, leur influence sur la population (Gai. inéd. de Lyon, février 1862). — Siraud, Mémoire sur les étangs, Paris, 18G0. — Hciuliard, Influence des contrées paludéennes sur la durée de la vie {Annales d'hygiène, juillet 1802).

(2) îlapporls sur l'élève et la multiplication des sangsues, par M. Clemenceau (Travaux des conseils d'hygiène et de salubrité du département de la Gironde, Bordeaux, 1851, 1853, 1857). — Eludes hygiéniques sur l'élève des sangsues dans le département de la Gironde, par Ch. Levicux, Bordeaux, 1853. — Mémoire du conseil agricole central des éleveurs de sangsues de la Gironde, Bordeaux, 1853. — Guide pratique des sangsues, par Louis Voyson, 2" edit., Bordeaux, 1855. — Rapports des travaux du conseil d'hygiène des départements de la Meurlheel de la Nièvre. — Mémoire sur l'hirudinicullure ou l'élève des sangsues, considérée sous le rapport commercial, industriel, agricole, humanitaire et hygiénique, par A. P. Laurcns, Paris, 1851.

(3) Sorgoni, Influence de la culture du rii sur la fréquence des fièvres intermittetUes

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