MARAIS, — DÉFRICHEMENTS, — RIZIÈRES
Ces procédés consistent surtout en une direction intelligente des eaux d'irrigation, dans la suspension des travaux pendant la période dangereuse de l'assèchement, dans une continuelle vigilance, pour maintenir la perméabilité des terrains cultivés , et dans l'usage exclusif, comme boisson, de l'infusion de thé.
Défrichements. — Les premiers travaux de défrichement sont souvent des plus fâcheux, mais si l'on peut établir à leur suite des cultures permanentes sur un sol convenablement défoncé et drainé, de grands progrès se réalisent; si, au contraire, on défriche sans culture, on voit les sources se tarir et les inondations des fleuves augmenter de fréquence. Des maladies des marais apparaissent lors de presque toutes les opérations de défrichement clfectuées sur une échelle suffisante. Cette pernicieuse influence s'est manifestée partout dans notre Europe, en Afrique, en Afrique, Bégin nous a donné la relation sanitaire du défrichement de Saïda. Sur 150 soldats employés à ces travaux, il en succomba 50 en 0 mois. Les soldats du 156e de ligne employés, à Rio Sutado, aux travaux de défrichement, furent presque tous atteints, quoique renouvelés tous les 6 jours. Bégin montre bien l'heureuse influence du temps. En 4846, 50 furent atteints sur 150, et, en 1848, 2 seulement sur 18. Les dangers augmentent avec l'élévation de la température ambiante avec terrain couvert abandonné sans culture depuis plusieurs années ; pardessus tout , un défrichement sur un terrain sub-apennin. On doit régler l'hygiène des travailleurs employés aux défrichements sur ce que nous avons dit.
Rizières. — La culture du riz exige l'inondation et l'assèchement du sol dans un climat chaud ; d'où, développement des effluves. Dans la France, au delta du Rhône, dans le Piémont, le Milanais et la Caroline, les populations employées aux rizières sont, dit-on, décimées avant l'âge de quarante ans. Pendant le siècle dernier, Charles-Emmanuel, roi de Sardaigne, avait résolu d'anéantir la culture du riz dans ses États.
Marais salants. — De notre temps , l'histoire hygiénique des marais salants a été tracée avec une grande intelligence du sujet; des mesures efficaces ont été prises pour écarter, autant qu'il est en nous, les dangers de celte importante industrie (1).
(Gazette médicale, 1843-1849). — Boîleau de Gaslelnau, De l'insalubrité des riiières (Annales d'hygiène, 1850). — Soulc, Rapport sur les rizières de la Teste (Conseil d'hyijiene de la Gironde, 1851). — Levicux, Riiières de la Teste (Conseil d'hygiène de la Gironde, 1855). — Culture du riz en Chine (Mémoire de la Société d'agriculture de France, 1852).
(1) Consulter les beaux travaux de M. llalard sur les marais salants du midi de la France. — Mélier, Rapport sur les marais salants (Mémoire de l'Académie de médecine, Paris, 1848). — Ad. Wurtz. Excellent Rapport au comilé consultatif d'hygiène sur les marais salants.
Plus do cent mille sauniers vivent du travail des marais salants. Les villes, et surtout les villages (fui les avoisinent, ont beaucoup à souffrir de leur mauvaise tenue. Voici les documents les plus importants qui ont trait à celte industrie. Bernard de Palissy lit des planes (pourtraictures) des marais pour les sauniers. André Mage publia, en 1001, un poème sur l'art du saunier. Beaupieds Dumenil lit paraître, en 1075, un très bon mémoire sur les marais salants d'Aunis et de Saintonge. A. Hallcr donna la description des marais du gouvernement d'Aigle. Balard publia (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XIX, p. 107), le résumé d'un excellent travail sur les marais salants du Midi. Dans ces établissements, l'eau de mer parcourt une série de compartiments dans lesquels elle se concentre, par la chaleur du soleil, au point de déposer le sel qu'elle contient. Les premières pièces se nomment chau ffoirs ; elles occupent le tiers de l'espace, puis viennent les aiguilles ou rigoles, puis, enfin, des réservoirs (tables) plus étendus, moins profonds; ce sont de véritables vases de cristallisation.
Balard a introduit dans l'exploitation des marais salants du Midi des perfectionnements considérables. Il apprit, par des moyens très simples, à extraire des eaux mères les sels de magnésie et de potasse qu'elles contiennent, et, par un ensemble de soins bien entendus, à faire disparaître les causes d'insalubrité, précisément par l'utilisation de ces eaux mères qui, précédemment, étaient perdues, et en se mêlant aux eaux douces, produisaient des marais mixtes des plus dangereux. L'eau de mer concentrée dans les marais salants prend souvent une couleur rouge par suite de la prodigieuse multiplication du Monas Dunalii. Ces eaux répandent une odeur de violette.
Nos marais salants de l'Ouest offrent des difficultés d'exploitation beaucoup plus grandes, à cause d'un climat moins chaud et de la fréquence des pluies. Dans les années 1878-1879, cette industrie a eu beaucoup à souffrir de la continuité des pluies d'été. Elle est divisée en une foule de petits sauniers locataires ou propriétaires, ce qui rend la bonne tenue de ces usines à sel très difficile à obtenir. Les marais salants de l'Ouest, en France, sont ainsi divisés : i° Pièces de préparatiou. On donne le nom de Jars a de grands réservoirs où l'on conserve de l'eau et du poisson. On nomme couches, deux compartiments peu profonds. 2° Pièces de fabrition. On désigne sous le nom de Mort un canal de ceinture constitué par une ligne étroite dans laquelle l'eau circule très lentement, sous celui de tables des canaux de circulation plus larges. On appelle Muan un grand compartiment d'évaporation de 8 à 10 centimètres de profondeur. Les aires ou œillets sont de véritables cristallisoirs ; il y en a vingt environ par marais salant; ils sont séparés par d'étroites levées de terre. Il existe habituellement une, deux ou trois rangées d'aires. On voit qu'on s'efforce d'obtenir un écoulement d'eau très lent, et une sur-
MARAIS. - MUCÉDINÉES PARASITAS. sur.
face aussi étendue que possible pour favoriser l'évaporation. On comprend, d'après cela, combien sont grandes les difficultés pour obtenir une tenue parfaite de ces marais. Voici les règles d'hygiène se rapportent à ces établissements :
I. Un marais salant bien établi et bien entretenu n'est pas en soi insalubre. — II. Dans beaucoup de cas, l'établissement d'un marais salant peut être un moyen d'assainissement.— III. Mal établis, mal entretenus et surtout abandonnés sans travaux suflisants, les marais salants sont une des plus grandes causes d'insalubrité. — IV. Un marais salant doit être un établissement rangé dans la première classe. — V. Une inspection régulière des marais salants est chose indispensable.
Je ne saurais trop répéter, en terminant ce long article sur les marais, que les effluves qui s'en exhalent et la misère sont les deux causes de mort prématurée de beaucoup les plus meurtrières; que l'une ou l'autre frappe surtout l'homme au début de la vie. Ce sont les deux ennemis qu'il faut combattre avec le plus de persévérance et qui, avec la science et le temps, doivent être vaincus.