MUCÉDINÉES ET ALGUES MICROSCOPIQUES PARASITES DANS LEURS RAPPORTS
avec l'hygiène. — C'est seulement depuis la dernière moitié du dix-neuvième siècle que l'on commence à comprendre toute l'importance de ces productions microscopiques, de ces mucédinées parasites, qui, s'attaquant directement ou indirectement à l'homme, le menacent, soit en annihilant, pour ainsi dire, des productions les plus utiles à son alimentation, soit en déterminant des maladies dont la gravité et la fréquence ne sont pas encore généralement appréciées. Ces petits êtres néfastes intéressent donc l'hygiéniste à un double point de vue.
Ce que je vais exposer est la reproduction d'un mémoire publié dans le supplément de mon Annuaire de 1861. J'ai également profité des leçons sur la cryptogamie médicale de M. Micé (Journal de médecine de Bordeaux pour 1869) et de plusieurs travaux contemporains que je mentionne. Tout le monde, aujourd'hui, est d'accord lorsqu'on parle de la maladie des pommes de terre , de la maladie de la vigne , de la muscardine des vers à soie, etc., d'attribuer un rôle important aux mucédinées parasites. Je pourrais appliquer le même raisonnement aux teignes, au muguet. Les questions deviennent plus obscures et plus difficiles, lorsqu'on veut rattacher à l'existence de certaines mucédinées l'origine de plusieurs endémies ou épidémies qui ont ravagé ou qui ravagent encore certaines parties du globe; la suite de ces études montrera, j'en ai l'espérance, que la pellagre, cette terrible endémie des Asluries, de la Lombardie, de nos landes ; que l'acrodynie , cette épidémie si remarquable, qui affligea Paris en 1828, 1829; que la raphanie, qui se montra, à plusieurs reprises, en Suède et en différentes contrées
BOUOIIARUAT. — HYGIÈNE.
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de l'Allemagne, présentent des analogies d'origine avec les maladies des végétaux que nous avons énumérées en premier lieu, que les médecins de ces époques ne pouvaient soupçonner. Nous montrerons encore la constante présence de mucédinées spéciales dans ces viandes conservées par salaison ou boucanage ( poissons, saucisses, boudins), qui ont déterminé si fréquemment de redoutables accidents chez les personnes qui ont fait de ces aliments un usage considérable ou exclusif. On voit combien le développement, la propagation de ces êtres inférieurs, dont le microscope seul nous révèle l'existence, intéressent la sauté de l'homme. Pour nous résumer, nous dirons : ces végétaux microscopiques nous nuisent : 1° parce qu'ils attaquent et détruisent nos productions les plus utiles (pommes de terre, raisin, vers à soie); -2° parce que s'implantant sur l'homme, ils accompagnent ou déterminent des maladies spéciales (muguet, teigne) ; 3° parce que, mêlés à notre alimentation de chaque jour, ils peuvent causer des maladies chroniques des plus redoutables (pellagre, acrodynie).
MUCÉDINÉES PARASITES QUI SE DÉVELOPPENT SUR L'HOMME. — Les principaux champignons épiphytes sont : le champignon de la teigne faveuse, celui de la teigne tonsurante, celui de la teigne mentagre, de la plique polonaise, l'oïdium du muguet, et plusieurs autres moins importants, qui sont décrits dans la monographie de M. Ch. Robin (2e édition).
Muguet. — L'affection connue sous le nom de Muguet, qui est si redoutable pour les enfants réunis en grand nombre dans les hospices, pendant les premiers mois ou plutôt la troisième et la quatrième semaine de leur existence, se rattache à l'histoire des mucédinées parasites qui nuisent à l'homme.
Dans l'historique du muguet on doit distinguer deux phases différentes. La première, qui comprend les descriptions nettes de la maladie, est représentée par les mémoires consignés dans l'histoire de la Société royale de médecine pour 1787 et 1788. La deuxième a pour point de départ les travaux des micrographes modernes.
Le muguet est-il une maladie nouvelle qui n'apparut, selon Sampoust, que dans la première moitié du dix-huitième siècle ; était-elle, au contraire,connue de toute antiquité et spécialement décrite par Hippocratc? Je serais plus porté h admettre l'ancienneté du muguet, tout en convenant que celte maladie a pris un développement extraordinaire par le fait de la réunion d'un grand nombre d'enfants trouvés nouveau-nés dans les hospices, depuis les chaleureuses inspirations de charité de saint Vin-
(1) Oïdium Litik. Fila simpiieia Velramosa, minutissima, peltucidft in lloccisaggregala, lovilor inlcrtexla, corliculala. Sporidia ex arliculis secedentibus orta simpiieia, pcllucida. 0. albicans Ch. R. Fila in oespitibus Iaxis, primo villosis humidis albis, dcin
sordide
MtîCÉDINÉES PARASITES. - MUGUET. 807
cent de Paul. C'est Berg (de Stockholm), puis Gruby qui décrivirent, en ls'i-2, une mucédinée spéciale (l)dans l'enduit blanchâtre et pultacé du muguet; depuis cette époque, un grand nombre de micrographes, parmi lesquels il faut citer en première ligne M. Ch. Robin, ont vérifié et étendu ces éludes.
Plusieurs pathologistes distingués, parmi lesquels je citerai Monnerel, Trousseau, Seux, Barrier, Mignot, croient que le parasite ne joue qu'un rôle secondaire et non nécessaire, que la maladie consiste en une mllammalion spécifique ; mais la constance de la présence du parasite dans le cas de muguet confluent, les exemples bien nels de propagation du parasite dans la bouche de l'enfant au mamelon de la nourrice [Archives générales de médecine, 1850, mémoire de M. EmpisJ, monlrenl qu'il y a une liaison intime entre l'existence du muguet et celle du parasite. Sans contredit, il est des cas où le muguet se développe d'emblée chez des nourrissons ayant toutes les apparences de la santé, mais dans la grande majorité, l'apparition de l 'Oïdium albicans est précédée d'une viciation profonde dans la nutrition qui se traduit par des signes évidents. Valleix a fait la remarque importante qu'un éry thème spécial se déclarait presque toujours aux fesses et à la partie postérieure des cuis ■ ses chez les enfants menacés de muguet, puis, la diarrhée survient, un mouvement fébrile plus ou moins intense se déclare, et ce n'est que consécutivement à ces accidents que surviennent les altérations buccales apparentes et les plaques caractéristiques. Un état d'acidité bien manifeste des liquides contenus dans la cave buccale, voilà une altération primordiale constante dans le muguet; les faits publiés par Gubler, les observations de Natalis Guillot, les miennes, ne laissent aucun doute à cet égard. C'est la condition d'évolution de la mucédinée parasite conforme, au reste, à tout ce que nous connaissons sur le développement des moisissures. Il est une question que l'observation n'a point encore élucidée : si on applique dans la bouche d'un enfant sain des spores de VOidium albicans, leur présence suffira-t-elle pour déterminer l'acidité de la salive buccale, comme il semble résulter de quelques expériences de Berg; ou plutôt'la mucédinée ne peut-elle se développer ou se propager que consécutivement à l'altération du liquide buccal? Bien des causes dont il nous importe d'apprécier les principales, peuvent contribuer à changer l'état de neutralité ou d'alcalinité de la bouche de l'enfant, nous plaçons en première ligne le défaut de production de salive
fulvis, vcl fuscis; in tus lcvitcr granulosa; lat. 0s°m,004, long. 0""»,50. Sporidia plcrumqud
rotunda, aut vixovalia, ex articulis secedentibus; haud l'aro pvalia orla. Hab. in m -
brana mucosa oris fauciilm'et œsophagi pucrorum lacïcntiitm, nec non aduïtorum cachcclicorum in extremis vitœ.
Ojiiuquaud, ArCli, pkijsiol., t. II, p. 2'JU, attribue l'algue du muguet au Sirnwospora Hobinii.
par inertie des glandes salivaires, inertie qui s'accentue quand on fait boire l'enfant au lieu de lui donner le sein de la nourrice; en seconde ligne, l'emploi d'un lait acide, soit par sa nature, soit par le fait de sa conservation; en troisième ligne enfin, le séjour dans la bouche du jeune enfant d'un lait même frais et de bonne qualité. Comme il importe beaucoup d'éloigner les conditions favorables au développement et à la propagation du parasite, nous avons dû insister sur les circonstances qui contribuent à déterminer l'acidité de la bouche chez certains nourrissons. Voici, au restt la marche que suit la maladie : la succion devient douloureuse, la déglutition devient difficile, lorsque la sécrétion acide et l'inflammation se sont propagées dans le pharynx.
On voit bientôt, après un, deux ou trois jours, apparaître sur les côtés du frein de la langue, sur les bords de cet organe, à la face interne des joues et des lèvres, ainsi que sur les gencives, une matière caséeuse disposée par points blancs comme des grains de semoule, qui peuvent se réunir par plaques et recouvrir même toute la muqueuse. Outre les diverses parties de la bouche et du pharynx, le muguet peut se propager à l'œsophage jusqu'au cardia; quelquefois même, dans des cas graves, dans l'estomac, l'intestin grêle, et se montrer au pourtour de l'anus ; mais on n'en rencontre ni dans le larynx ni dans la trachée, parce que le mucus qui lubrifie ces organes n'est jamais acide. Quand le muguet a envahi la bouche des jeunes enfants, ils exercent alors un mâchonnement continuel, ils tirent fréquemment la langue hors de leur bouche : les corps étrangers, même le mamelon, introduits dans la cavité buccale, semblent provoquer de vives douleurs ; on explique très bien cette douleur par la présence d'ulcérations ovalaires à bords taillés en pique et ayant pour siège le palais ou le frein de la langue. Quand le muguet est simple et discret chez des sujets bien portants allaités par une nourrice, le tout peut se borner à des symptômes locaux ; mais ce n'est pas là ce qui arrive ordinairement; presque toujours le pouls s'accélère, la chaleur de la peau s'élève et la mort arrive, pour ainsi dire, avec certitude. Le muguet prend ces proportions formidables chez les malades qui sont sous le coup de la misère physiologique à forme aiguë; d'abord, et en première ligne, chez les enfants, dans les premières semaines de leur vie, atteints de cette grave maladie, ou imminence morbide que Parrot a si bien décrite sous le nom d'athrepsie. J'ai observé plusieurs fois ce développement rapide du parasite chez les ylycosuriqucs exténués. C'est dans ces cas que je l'ai vu s'étendre dans toutes les parties de l'appareil digestif, et se propager jusqu'à l anus, ce qui est tout à fait exceptionnel.
Les accidents si redoutables du muguet grave sont-ils la suite nécessaire de l'altération des liquides et des solides, et la présence du parasite n'esl-il qu'un épiphénomène sans importance? On serait conduit à cette
MUCÉDINÉES PARASITES. — MUGUET. 869
conclusion .'nécessaire si L'on admettait, avec Monneref, que les accidents du muguet peuvent apparaître sans que la présence de la mucédinée parasite soit nécessaire; mais cette présence est trop constante dans les cas graves pour ne pas (aire rejeter cette opinion. On serait peut-être en droit de considérer le muguet sans son parasite comme une, maladie aphlheuse distincte. Dans ma pensée, il ne faut pas accuser nécessairement le parasite du muguet de tous les désordres qui se succèdent dans la santé de l'enfant avec une si formidable intensité ; mais, avant de l'innocenter, il est bon d'étudier, comme nous le ferons plus loin, les désordres si variés, si remarquables, qui se remarquent chez les êtres organisés vivants qui subissent l'influence de ces mucédinées. Il ne faut rien généraliser à cet égard; ces végétaux microscopiques présentent les mêmes différences, par rapport à leur action sur l'homme et les animaux, que les végétaux supérieurs : les uns peuvent être éminemment nuisibles et les autres complètement inoffensifs.
Selon Parrot,dont l'autorité est si grande, « dans l'athrepsie le parasite n'a que la valeur d'un incident, d'une affection secondaire. En aucun cas il ne constitue la maladie tout entière; et, par conséquent, l'on doit bien se garder de luiattribuer les troubles qui l'accompagnent, il est vrai, mais qui n'appartiennent qu'à celle-là». Malgré la grande confiance que m'inspire la finesse d'observation et l'expérience consommée de mon ami, il me reste des doutes. Chez les glycosuriques, où j'ai vu tout l'appareil digestif envahi par le parasite du muguet, des phénomènes graves se sont succédé avec une effrayante rapidité. Ajoutons à cela la mort survenue en quelques heures chez des personnes présentant de la résistance apparente. La rapidité et la gravité des ces accidents m'ont fait admettre la réalité d'une intoxication produite par le parasite, sécrétant un ferment du deuxième ordre, possédant de redoutables propriétés. En parlant des microbes des maladies contagieuses, nous signalerons des faits de même ordre. Toujours est- il que je conclus, avec Parrot, que le muguet grave est une affection toujours subordonnée à un état pathologique plus général, et caractérisée par la présence d'un végétal, l'Oïdium albicans.
En présence de ce fait de la transmission du muguet de la bouche de l'enfant au mamelon de la nourrice, on ne saurait révoquer en doute la propagation du muguet par contact, quand les circonstances sont favorables au développement de l'O. albicans; mais il faut être extrêmement réservé avant d'admettre que le muguet n'apparaît que par l'ensemencement des sporules de YO. albicans dans un terrain favorable à son évolution. Ne pourrait-on pas penser que dans les organes digestifs des jeunes enfants menacés de muguet se trouvent des cellules spéciales qui se transforment et prennent des aptitudes nouvelles, comme le Mycoderma aceti, dans un liquide sucré, se conduit comme le ferment
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lactique. On comprendrait difficilement la propagation à distance de ces sporules qui sont continuellement baignés et emprisonnés par des liquides visqueux. Les phénomènes de l'évolution des ferments alcooliques doivent, selon moi, être pris en très sérieuse considération, lorsqu'on étudie la formation et le développement de YO. albicans.
Prophylaxie. — Les connaissances que nous possédons aujourd'hui sur la nature du muguet, sur les altérations qui le précèdent et l'accompagnent, nous permettent de poser des règles certaines de prophylaxie, et de nous rendre compte des préceptes approuvés par une saine pratique. Le plus ordinairement le muguet confluent se déclare chez des enfants mal nourris ; il est donc important de veiller par-dessus tout au choix de l'alimentation, sous le double rapport de la qualité et de la quantité.
Pour ce qui se rapporte à la qualité, il est évident que le lait conservé (vache, chèvre, etc.) est presque toujours acide et qu'il est absolument contre-indiqué ; il faut donc adopter le lait de la nourrice et s'assurer qu'il est alcalin au sortir du mamelon ; il est même quelquefois utile, pour assurer celte alcalinité constante du lait, de faire prendre chaque jour à la nourrice soit 2 grammes de bicarbonatede soude, soit5grammes de sel de seignette, et d'exclure partiellement , au moins, les féculents et les sucres de son alimentation. Autant qu'on le peut, préférer la succion d'un mamelon bien formé à tout autre moyen d'administrer le lait, c'est le procédé le plus sûr d'activer les fonctions des glandes salivaires.
Après que l'enfant a teté, il est très important de maintenir sa bouche très propre. On peut atteindre ce but en l'essuyant avec un linge imbibé alternativement avec une solution de borate de soude, dont l'alcalinité est favorable.
Ajoutons à cela que le borate de soude possède une action toute spéciale; par l'acide borique, il détruit la vitalité des ferments du premier ordre, de ces mucédinées microscopiques, comme M. Dumas l'a démontré. Les résultats scientifiques confirment ainsi l'utilité des pratiques que la clinique avait adoptées. %
Mucédinées ou algues microscopiques dans la glycosurie . — Il se développe souvont aux parties génitales des femmes atteintes de glycosurie depuis assez longtemps, des mucédinées ou algues microscopiques accompagnées d'affreuses démangeaisons, que j'ai vues dans quelques cas se compliquer de nymphomanie. La glycose contenue dans l'urine subit la fermentation lactique, d'où le terrain favorable au développement du parasite. On obtient une guérison rapide et complète en soumettant ces malades au régime rigoureux (voy. p. HO). Cela suffit ordinairement ; mais je leur perscris en même temps des bains alcalins avec iOO grammes de carbonate de potasse, 5 grammes de teinture de benjoin et
MUCÉDINKKS PA11ASITES. - TEIGNES. 871 2 grammes d'essence rie lavande, et des lotions après chaque émission d'urine, avec une solution de borate de soude.
Teignes. — Nous adoptons ce vieux mot que les dermatologistes modernes avaient banni de la pathologie ; mais, a l'exemple de Bazin, nous le restreignons, bien entendu, aux affections des poils, quel que soit leur siège, produites ou entretenues par la présence de mucédinées parasites, if n'est pas d'exemple qui prouve mieux quelle clarté on introduit dans la pathologie en ne classant plus, quand on le peut, les maladies d'après leur siège, mais d'après leur cause. Que nous importe, on effet, sous le rapport de la philosophie, de la science, qu'une affection ait pour siège les poils de la tète ou ceux de la barbe, quand il est évident que cette maladie est produite par l'invasion du même cryptogame? Voici, sous forme de tableau, le résumé de la classification des teignes par Bazin :
„, . i Urceolaris 1 i„ ™ • i i
A Teigne laveuse \ g 1 Du cuir chevelu,
(AchononSchœnlcinu)j SquarrosîU j 2° De la face.
„ m . . , ( Circinata !
B. Teigne lonmrante \ \
(Trichophyton tonsur.)) j 3" Des partins sexuelles.
C; Teigne pelade ( Simple, éphiasique (
(Microsporon \ Achromateuse, avec dépression . ! 4,.> Du tronc et des membres, Audouini). ( Id. sans dépression . '
Teigne faveuse. — Le favus est une teigne qui a le plus souvent pour siège le cuir chevelu, mais on la rencontre sur toutes les parties du corps où existent des poils ; elle est caractérisée par la décoloration, par la chute des cheveux et par l'évolution des croûtes sèches, saillantes, inégales ou creusées en godet, remarquables par leur couleur jaune de soufre ou blanc jaunâtre, exhalant une odeur tout à fait spéciale, constituant une afféctïôn aussi fâcheuse par l'aspect repoussant qu'elle donne que par sa durée. C'est M. Gruby qui, le premier [Comptes rendus de V Académie des sciences, 1844), donna une bonne description des lilaments et des spores du champignon de la teigne; il est vrai de dire que Schœnlein et Remak, dès 1837, avaient montré que les favi de la teigne faveuse étaient formés par l'agrégation de libres de moisissure ; mais c'est Gruby qui établit que les pustules desséchées de la teigne n'étaient formées que par un amas de ces champignons ; il insista sur ces faits remarquables, que les filaments de la mucédinée parasite se prolongent vers les bulbes des poils, et qu'on peut inoculer les spores sur d'autres parties du corps pourvues de poils. Le travail le plus complet sur le champignon de la teigne est dû à Lebert (Mémoire sur la li'igne, 181-5) ; il examine ses caractères, ses conditions d'évolution, et lui donne le nom d'Oidium Schœnleinii. Remak et Linck étudièrent en
879 MOniKlCATEUKS. — SUBSTANCES NUISIBLES.
même temps le champignon du favus et lui donnèrent le nom à' Achorion Schœnleinii, Mais, selon Montagne, dont l'autorité est si grande, le champignon de la teigne faveuse appartiendrait au genre Oidium. Le genre Achorion appartient à la tribu des Oïdiées (Leveillé), tribu qui est caractérisée par ses réceptacles simples, rameaux floconneux, par ses spores terminales faisant suite aux rameaux ou verticilles (1).
L'A. Schœnleinii se trouve, comme nous venons de le dire, sur toutes les parties du corps, mais particulièrement sur la tête, dans la profondeur du follicule pileux, contre le poil, et dans la dépression de la surface de la peau, réuni en amas, et formant le favus, qui est constitué principalement par une accumulation des diverses parties du champignon (mycélium, tubes sporophores et spores). On comprend facilement la ténacité des favi et la difficulté des cures, si l'on considère que la matière faveuse se rencontre le plus constamment à la partie inférieure du conduit épidermique du poil, au-dessous de l'orifice dermique du follicule ; c'est très probablement en ce point que le champignon se développe, quand les sécrétions ont éprouvé une modification favorable à son évolution. Etudions maintenant les conditions qui dominent l'éliologie de cette remarquable affection.
La malpropreté et la misère, qui s'accompagnent si souvent, aident puissamment à la propagation du mal, mais la condition essentielle, c'est l'existence de spores du végétal parasite. Notons cependant que l'observation de tous les jours confirme que, sur un grand nombre de personnes qui sont journellement en contact avec les teigneux, il y en a très peu qui soient aptes à contracter le mal. Ces faits d'observation donnent une grande valeur à l'hypothèse qui veut que la germination des spores du parasite n'ait lieu que chez les individus dont les sécrétions spéciales des glandes ou des follicules pileux sont modifiées quand ces sécrétions ont pris, ainsi que je l'ai vérifié chez des teigneux, le caractère neutre ou légèrement acide, qui est la condition de développement de l'oïdium parasite.
Toutes les observations de prophylaxie et de thérapeutique efficace s'expliquent maintenant de la manière la plus simple. On comprend sans peine la nécessité : 1° d'une propreté extrême; 2° d'une épilation complète; 3° de l'emploi topique d'une poudre légèrement alcaline, telle que les cendres d'aurone ou de sarment de vigne, que Sydenham employait déjà, et que les frères Mahon ont si heureusement réhabilitée;
(1) Achorion (Remak, Linck). — Genus proximum Oidinrnm ; mycélium, pellucidum molle noccosum n'occis tenuissimis non arliculatis, ramosissimis in stomate granuloso plerumquc affixis. Receptaculum floccis crassioribus e cellulis clongatis formatum subramosi s distincte articulatis ina-qualibus irrcgularibus in sporidio abeuntibus; sporidia rotimda, ovalia vcl irregnlaria, in uno vel pluribus laleribus germinantia. Orbicularc flavum, coriaceum cuti humanœ prœsertim capitis insidens. (Ch. Robin.)
MUCÉMNÉES PARASITES. - TEIGNES. 873
4° de l'emploi de lotions parasiticides, telles qu'une solution de sublimé corrosif au millième. Répétons-le ici, car ce fait a de l'importance, il a été confirmé par la pratique de tous les bons observateurs : sans épilation, il n'y a pas de guérison certaine; en effet, quand on a détruit par des agents parasiticides la partie libre du champignon, il reste la partie; iiitra pileuse et intra cutanée, qui certainement reproduirait le mal si l'on ne parvenait à l'extraire.
Teigne tonsurante. {Herpès tonsurant de Cazenave). — Cette maladie, qui amène si souvent la perte prématurée des cheveux, a été bien caractérisée comme affection distincte par Cazenave : c'est une maladie spéciale du cuir chevelu qu'on reconnaît à des plaques arrondies dans lesquelles la peau inégale, parsemée d'aspérités, semble à la vue et au toucher être recouverte de cheveux rompus très également à 2 ou 3 millimètres au-dessus du niveau de l'épiderme, de manière à former une véritable tonsure. La teigne tonsurante est caractérisée surtout par la présence d'une mucédinée découverte en 1844 par Gruby (Comptes rendus de V Académie des sciences), étudiée depuis par M. Lebert, et désignée depuis par Malmsten sous le nom de Trichophyton tonsurant, qui a été adopté. Le trichophyton appartient à l'ordre des champignons, à la division des Arthrosporées et à la tribu des Torulacées.
Trichophyton tonsurans (Malmsten). — C'est une production végétale, formée uniquement de spores ronds ou ovales, transparents, incolores, intérieurs, homogènes, de 0mra,005 de diamètre en moyenne. Ces végétaux si simples se montrent dans l'intérieur de la racine des cheveux, sous forme d'un amas arrondi ; ces spores s'accolent souvent les uns aux autres pour constituer des sortes de filaments moniliformes qui rampent dans l'intérieur de la substance du cheveu. On trouve encore ces parasites quand les cheveux sont rompus dans les croûtes épidermiques et sébacées du cuir chevelu. On ne saurait affirmer si le végétal de l'herpès tonsurant n'apparaît, comme sesanalogues, que dans les cheveux qui ont éprouvé dans leur composition intime une modification telle que l'acidité, condition d'existence de ces mucédinées parasites, ait apparu ; quoi qu'il en soit, il est parfaitement démontré que les spores, dans certaines conditions, peuvent reproduire l'herpès tonsurant, qui est contagieux dans ces limites ; que l'on peut guérir l'herpès tonsurant dans l'espace de huit à dix mois, par les applications alcalines légères et l'épilation, comme l'ont fait les frères Mahon, et qu'enfin le moyen le plus sûr de réussir, c'est, comme Bazin l'a démontré, d'attaquer cette affection dès sa naissance. On épile toutes les petites places sur lesquelles apparaissent des vésicules herpétiques, on éponge les parties épilées avec une lotion parasititicide (2 grammes sublimé, 500 eau). Des lotions plus irritantes accroîtraient le mal, comme Cazenave l'a prouvé par de nombreuses observations.
S7i MODIFICATEURS. - SUBSTANCES NUISIBLES
feigne décalrante ou pelade. — Cette maladie, qui conduit si rapidement à l'alopécie, est caractérisée par une altération spéciale des poils: leur chute n'est précédée ni par la présence de squames ou de croûtes, ni par la décoloration des parties; un champignon spécial occasionne ces désordres ; il ne se développe pas, comme le précédent, dans l'intérieur du cheveu, mais il l'entoure et l'élreint. Ce parasite a été découvert par M. Gruhy (Comptes rendus, 1844), il lui a donné le nom de Microsporon Audouini. Ce végétal est composé par des filaments ou tiges ramifiées et par des spores; les filaments sont ondulés, d'un diamètre de 0mm,002 à 0mn,,003; ils forment une gaine feutrée autour du poil, épaisse de 0""",015. Les spores garnissent la partie externe de la gaine, ordinairementrond, sans granulation, d'un diamètre variantdeO,mn, 001 à0,nra,005. C'est une de ces mucédinées parasites qui se multiplient le plus vite quand elles trouvent un terrain bien préparé : celui qui paraît le mieux lui convenir sont les poils de la tête, quand ils sont entourés à leur base d'une sécrétion spéciale offrant un caractère constant d'acidité. On la trouve aussi sur les poils des autres parties du corps. Aussi Letenneur a-t-il pu dire que l'herpès tonsurant était plus commun sur le corps que sur le cuir chevelu. Une propreté extrême, des lotions parasiticides avec 0mm,002 de sublimé et l'épilation s'il y a lieu : voilà les moyens que la théorie et la pratique indiquent comme les plus efficaces pour combattre la teigne décalvante.
Robin n'admet pas l'existence du Microsporon Audouini tel qu'il a été décrit par Gruby.
Teigne mentagre ou mentagrophy tique. — On confond, comme l'a très bien montré Bazin (Considérations générales sur la mentagre, Paris, 1854) sous le nom de mentagre des affections de natures diverses ; l'éruption mentagreuse est un symptôme qui peut se montrer dans des conditions qui n'ont aucune analogie pour leurs causes. La syphilis et la scrofule ont leur mentagre. Le tabac, le coryza habituel, déterminent des éruptions mentagreuses. Mais dans la grande majorité des cas la mentagre chronique est produite par une mucédinée parasite découverte en 1842 par Gruby (Comptes rendus de r Académie). C'est le Microsporon mcntagrophytes (Gruby): il se reconnaît «à ses spores nombreux, adhérents d'une part à la surface interne de la gaine du poil, d'autre part au poil lui-même; ils sont ronds et d'une très petite dimension; cette mucédinée diffère du M. Audouini par des spores plus petits. Quoi qu'il en soit, ce sont des espèces très voisines, si elles sont réellement distinctes; il faut un grossissement de 400 pour les observer; et ajoutons ici que le M. Audouini s'observe aussi sur la barbe et sur d'autres parties du corps; quand il a pour siège la barbe, il détermine aussi une véritable mentagre qui se confond avec la précédente; cela d'autant mieux que les deux Microsporons ne constituent très probablement qu'une
MUGÉD1NÉES PARASITES. - PUQUE. — PITYRIASIS. 875
seule et mémo espèce1, les caractères donnés par Gruby étant insuffisants pour établir une bonne distinction. La propreté, l'épilation, l'emploi d'un agent parasiticide (une solution de 2 pour 1000 de bichlorure de mercure) : voilà les moyens qui ont réussi à Bazin. J'ai employé avec succès une solution au dixième d'acétate neutre de plomb dans de la crème : c'est le remède populaire des paysans bourguignons.
Robin n'admet pas l'existence du Micro&porôn mentagrophytes. Selon cet éminent observateur, la mentagrc serait déterminée par le Trichaphyton tonsurans.
Plique polonaise. — Walter a mentionné dans la matière visqueuse de la plique polonaise, de très fins globules que l'on peut comparer à des spores d'une mucédinée. Guensberg paraît avoir observé dès 1843, dans les cheveux d'individus atteints de la plique polonaise, un végétal, sinon identique, au moins très voisin du Trichophyton tonsurans ; mais l'on ne saurait décider si l'existence de cette mucédinée est constante, ou si elle ne constitue qu'une complication accidentelle.
Pityriasis versicolor. — Sluyter et Eichstedt prétendent que cette affection, qui a pour siège le plus ordinaire la peau de la poitrine et du ventre, est déterminée par la présence d'une mucédinée parasite qu'ils ont décrite sous le nom de Microsporon furfur. II est encore beaucoup d'autres mucédinées microscopiques qui déterminent ou accompagnent l'évolution des maladies cutanées de l'homme ou des animaux domestiques et qui de ceux-ci peuvent se transmettre à l'homme. Tout ce qu'il m'importait, c'était d'établir nettement cette étiologie, qui doit dominer la prophylaxie et la thérapeutique de ces affections.
Mucédinées parasités altérant les aliments et ayant une action nuisible. — Les maladies qui ont souvent régné d'une façon endémique, et qui ont été déterminées par les altérations de l'aliment usuel du pain (symbole de la vie du pauvre), ont été très fréquentes jadis ; elles sont plus rares aujourd'hui, et cela pour diverses causes que je vais sommairement rappeler. Le niveau de l'aisance générale s'est indubitablement élevé depuis un siècle (1), et la misère, celte plaie qui favorise et décuple les mauvaises chances des autres causes de maladies, surtout de celles qui se rapportent à l'alimentation, sévit moins rudement. Les progrès du criblage, de la mouture et des procédés de panification ont contribué à éliminer les mucédinées nuisibles. L'usage plus général du pain blanc a considérablement diminué les dangers. Dans un pain noir, amer, âcre, les substances nuisibles pouvaient être
(t) Voyez Influence du morcellement de la propriété sur les progrès de VagricuUurc et sur le bien-être delà masse des citoyens, par M. Boucliardat. Paris, 1847, chez Bouchard-lluzard. Jn-8. 40 pages.
dissimulées; lorsqu'on consomme du pain blanc, on s'aperçoit aussitôt parla couleur, l'odeur, la saveur, de l'intervention des mucédinées nuisibles. Répétons-le, les maladies déterminées par l'usage de céréales avariées par de mauvaises mucédinées, s'atlaquent aux plus pauvres habitants des campagnes; elles apparaissent rarement dans les villes : ce sont les maladies de la misère des villages; elles marchent le plus souvent à la suite des disettes.
J'ai indiqué (p. 261) les altérations du pain dues à des graines étrangères et à des parasites non vénéneux. Les mucédinées parasites se développent dans les grains, les farines, le pain elles viandes; elles appartiennent à plusieurs genres et à différentes espèces. Très certainement, plusieurs de ces espèces sont inoffensives, d'autres nuisibles, et nous ne savons pas les distinguer.
En laissant de côté la question de l'ergot, sur laquelle je vais revenir, citons quelques Sporizorium et Oïdium qui sont nuisibles :
Sporizorium Link. Sporidia sub épidémie coacervata, erumpentia simplicia, lloccis paucis (intertexta ). Sp. sorghi Erenberg (Égypte). Sp. mayadis (Cassali). Sporidiis ajruginosis, minimis rcqualibus sero erumpentibus (Pellagre). Sp. céréale. Sporidiis levit. llavescentibus minimis rotundis aequalibus absque granulationibus (raphanie, acrodynie, convulsions céréales.) Oidium aurantiacum (pain rouge). Leveillé, Montagne, Payen. Oidium necator? Boudins et viandes altérées.
Ergot {Seigle ergoté, Secale cornutum). — La question de l'ergot a une grande importance en thérapeutique, parce que c'est un médicament utile ; en hygiène, parce que, mêlé au pain, il peut déterminer une maladie spéciale, Yergotisme. Le seigle ergoté est d'un brun violet à l'extérieur, plus rarement grisâtre, long depuis 1 jusqu'à 5 centimètres, d'une forme presque cylindrique, aminci à ses deux bouts, souvent gercé et recourbé; sa substance est blanche au centre, rougeàtre près de la surface; saveur acre, odeur nauséabonde. Il brûle avec flamme parce qu'il contient beaucoup d'huile. On a trouvé de l'ergot surtout sur le seigle, mais aussi sur le froment, le maïs, l'avoine, et aussi sur les espèces des genres Arundo, Bromus, Lolium. L'ergot se développe dans les années humides, dans les champs à sous-sol argileux, en Sologne, en Artois, en Dauphiné, en Savoie, etc. Le froment ergoté est employé à Clermont comme le seigle ergoté ; il agit de même, ainsi que l'a démontré M. J. Grandclément dans son excellente thèse; il a, de plus, établi qu'il se conservait mieux quand on ne le pulvérisait qu'au fur et à mesure du besoin. L'ergot du Diss, suivant M. Lallemant, possède les mêmes propriétés. (Voy. Annuaire, 18G5.)
Nature de Vcrgot. — On a cru que le seigle ergoté était une altéra-
MUCEUINEES NUISIBLES. — EUGOT. 877
lion de grains produite par les années humides ; mais de Candolle a démontré que ce produit était dù à l'envahissement d'un champignon, auquel il avait donné le nom de Sclerotium clavus. Ce fait est prouvé pur l'analyse chimique, qui nous y démontre les principes ordinaires (1rs champignons. La vraie nature de l'ergot a été bien fixée par les travaux, de M. Leveillé et surtout par ceux de M. Tulasne. L'apparition de l'ergot dans le seigle, le froment, ou une autre céréale, est précédée de celle d'une substance mielleuse qui agglutine les étamines et le pistil. Suivant M. Tulasne, cette matière gluante est constituée par des spertnàties flottantes dans un liquide visqueux. Elle produit à son centre Vergot, qui est, comme M. Leveillé l'avait vu, un champignon arrêté dans son développement; en effet, si on le met dans une terre humide, il donne naissance à une masse de petites sphères, qui constituent un champignon ayant une tète et un support, désigné par M. Tulasne sous le nom de Claviceps purpurea. Il y a donc trois états dans l'ergot : les spermaties, l'ergot et le claviceps. L'ergot du commerce est généralement privé, par la dessiccation, de la matière molle, visqueuse, qui le surmonte à l'état frais.
Yauquelin a analysé l'ergot ; il y a trouvé une huile grasse très abondante, de la fongine et de l'albumine végétale. Bonjean a donné le nom à'ergotine à un extrait complexe qui possède des propriétés utiles. Le principe actif de l'ergot est un alcaloïde qui a été isolé par Tanret; il se présente sous deux états : amorphe ou cristallisé; il est très altérable. Il a été étudié au point de vue physiologique et thérapeutique par Dujardin-Beaumetz et Dupertuis (thèse 1879). C'est un alcaloïde d'une grande activité; on ne peut le prescrire qu'à la dose de 2 milligrammes pour une injection hypodermique, 6 milligrammes au plus dans les vingtquatre heures. Il détermine des coliques intenses, des nausées, des vomissements. Ce ne sont pas les cellules de l'ergot qui empoisonnent, mais elles sécrètent un alcaloïde toxique. Nous verrons plus loin des faits analogues. L'ergot contient deux matières sucrées : de la mannite et de la tréhalose; ce dernier sucre a été trouvé dans la coque produite par un coléoptere tétramère (Lavinus syriacus).
L'ergot bien sec se conserve mieux qu'on ne le dit; il est attaqué par un acarus (arachnide) voisin de celui du fromage; le seigle l'est par l'alucite et le charançon (insectes).
Action physiologique. — Voici un résumé des expériences de Teissier : Deux canards prirent chacun 38 grammes d'ergot en cinq jours. La pointe du bec pâlit, la gangrène se produisit à la langue et la mort arriva du dixième au quinzième jour. Un dindon en ingéra 10 grammes par jour; il succomba le vingt-troisième. Un cochon en prit 435 grammes par jour; il succomba le trentième, avec de la gangrène aux extrémités ; au troisième, ses oreilles et ses pieds avaient pris une teinte
rouge prononcée, l'ris à lu dose journalière de 5 grammes chez l'homme, on observe constamment de la dilatation de la pupille, de la céphalalgie qui peut apparaître à la dose de 2 grammes, des bourdonnements d'oreilles, des vertiges. Si on augmente la dose, survient de l'assoupissement et une ivresse spéciale.
L'ergotisme est une épidémie des contrées du Nord et des pays humides : la liesse, le Brabant, la Saxe, la Suède, le Blaisois, le Dauphiné, l'Artois, la Sologne, etc. ; il est dû à l'usage continué de pain contenant jusqu'à un cinquième d'ergot; le phénomène le plus remarquable, c'est le sphacèle qui s'empare souvent des mains, des pieds, et qui peut aussi envahir tous les membres inférieurs. Lorsque le pain est épais, peu cuit, il est beaucoup plus dangereux que lorsqu'il est sous forme de galettes plates durcies par une cuisson longuement continuée ; il me parait certain qu'une chaleur de 100 degrés modifie les propriétés du seigle ergoté. Dans la dernière épidémie d'ergotisme qui a sévi dans l'est de la France, M. Barrier est porté à admettre que les individus les plus faibles ont été, en général, atteints de préférence. Cette action élective du poison ne s'exerce pas seulement sur les individus, mais encore, comme on le sait, sur certaines parties du corps. Ainsi, les régions le plus souvent envahies sont celles qui, en raison de leur éloignemenl des principaux foyers de la vie, du cœur surtout, présentent, dans la nutrition des organes, dans leur circulation capillaire, dans leur calorification, dans leur innervation, une énergie et une activité sensiblement moindres. Ainsi, c'est surtout des pieds et des mains que la gangrène s'empare, pour remonter de là vers le tronc.
On ne reconnaît plus aujourd'hui que l'ergotisme gangreneux; l'ergotisme convulsif dépend d'autres causes dont nous allons parler.
L'ergotisme atteint plus les hommes que les femmes; les conditions de son évolution sont : 1° du pain contenant une forte proportion d'ergot, 1/4; 2° pain peu cuit; 3° la misère.
Prophylaxie, — Séparer l'ergot par un crilage approprié; vendre l'ergot pour des usages médicaux.
Le mais ergoté produit les mêmes effets que le seigle ergoté (Roulin) ; les animaux qui, en Colombie, en consomment, perdent leurs poils et leurs sabots.
Convulsions des céréales [convulsio epidemicus, ergotisme convulsif, raphanic, mal de crampe, mal de fourmillement, uslilago, mal des ardents, scorbut aigu, érylhèmc épidémique, acrody nie).— Très certainementon a confondu sous les noms que je viens de rappeler des maladies différentes ou complexes; mais ce qui est indubitable, c'est qu'il est raisonnable de les attribuer toutes à deux grandes causes : la misère et ^altération de l'aliment Usuel. Dans toutes les relations de ces épi-