MUCÉDINÉÈS PARASITES. — CONVULSIONS DES CÉRÉALES
démies, on voit intervenir des farines avariées, moisies; des années humides qui ont produit l'altération des grains, et comme couronnement la disette, si ce n'est la lamine. Bien souvent, il faut le dire, on a confondu les maladies déterminées par l'altération des farines et par l'ergot de seigle; mais ce qui rend la distinction très difficile, c'est que les deux causes ont dû se trouver réunies : farines avariées par suite du mélange du grain avec l'ergot, et farines avariées par suite de moisissures des grains et des farines elles-mêmes. Tout me porte à croire que les effets de la farine d'ergot s'ajoutent aux effets des moisissures des farines. La maladie décrite sous le nom d'ergotisme convulsif paraît se développer sous cette double influence, la misère, comme toujours, aidant. De l'examen attentif des résultats obtenus par suite d'expériences de l'ergot sur les animaux, et des observations recueillies avec soin chez l'homme, je suis porté à conclure que l'ergot ne détermine que l'ergotisme gangréneux,et que la maladie décrite par les auteurs sous le nom d'ergotisme convulsif est déterminée, soit par des farines avariées par le développement de mucédinées, soit par le mélange de la poudre d'ergot avec ces farines.
Les auteurs nous ont laissé la relation de 150 épidémies de convulsions des céréales qui, à diverses époques, ont ravagé l'Allemagne. Je vais rappeler quelques-unes de ces épidémies les plus célèbres, qui ont été observées en Europe. En 1556, il régna en Brabant une épidémie de convulsions céréales ; Robert Dodamus rapporte que cette maladie (suite d'une disette), fut déterminée par l'usage de grains moisis venant de Prusse. Les médecins considérèrent cette affection comme un scorbut aigu : il est très probable qu'elle en fut en effet compliquée, car avec l'avarie des grains nous voyons apparaître les deux grandes causes de la genèse du scorbut : alimentation insuffisante et continuité du froid. En 1581, après une année de disette froide et humide, il éclata chez les paysans du duché de Lunebourg une maladie inconnue et qui fut si meurtrière que dans les deux seuls cantons il mourut 523 personnes. Ronscius rapporte que la maladie commençait par une paralysie des pieds et des mains; les doigts se recourbaient tellement que tous les efforts d'un homme robuste ne pouvaient les ramener à leur premier état. Plusieurs de ces malheureux devinrent insensés ou sourds^ ou perdirent la mémoire et la faculté de parler librement, comme si la langue eût été paralysée. Dans les années 1588 et 1593, il régna en Silésie une maladie nouvelle à laquelle on donna le nom de hromme. Des convulsions, des douleurs spasmodiques violentes en étaient les principaux symptômes. G. Sohwencklèld assure qu'elle était déterminée par l'usage de blé et farines avariés. Sennert et Frédéric Hoffmann nous ont laissé de minutieuses descriptions d'épidémies de convulsions céréales qui ont régné dans le dix-septième siècle et qui toutes furent détermi-
nées par la disette et les grains avariés, moisis, contenant plus ou moins de seigle ergoté (1).
Enfin, pour ne parler que des faits qui nous sont bien connus, rappelons l'épidémie de 1828 et 1829 qui s'étendit sur plusieurs parties de la France, dont Cayol, Dance et M. Rayer nous ont laissé d'excellentes descriptions sous le nom d'érythème épidémique et d'acrodynie. Comme toujours la maladie suivit la disette et une année humide pendant laquelle les grains et les farines furent avariés dans plusieurs localités. Insistons sur un fait : des cas nombreux furent observés à Paris; il est bien certain qu'on n'y consomma pas de seigle ergoté ; mais, à cette époque, les pauvres et les ouvriers, chez lesquels sévit plus particulièrement l'acrodynie, consommaient du pain de deuxième qualité dans la préparation duquel intervenaient trop souvent, dans ces années de disette, des farines moisies ou résultant elles-mêmes de grains moisis et avariés. Si la disette de 1847 n'a pas été suivie à Paris, comme les autres, d'épidémies, de convulsions céréales, on s'en rend très bien compte, dans l'hypothèse que je soutiens. L'année 1846, loin d'être humide, avait été remarquable par son extrême sécheresse ; puis en 1847 le pauvre et l'ouvrier de Paris, comme aujourd'hui, ne consommaient presque exclusivement que du pain blanc de première qualité, qui ne peut être fabriqué avec des grains ou des farines avariés. C'est en prévision de ces accidents que j'avais alors contribué, comme délégué des bureaux de bienfaisance, à faire distribuer par l'Administration des secours aux pauvres, et aux ouvriers nécessiteux de Paris des bons de pain de première qualité.
Le riz, qui remplace le pain pour la moitié environ des habitants du globe, résiste plus, par sa texture compacte, par sa parfaite dessiccation, à l'envahissement des mucédinées parasites. La consommation
(1) Voici une observation dans laquelle nous voyons du pain envahi par des mucédinées déterminer un empoisonnement aigu.
« Le docteur Westerloff fut appelé en 183G auprès de deux enfants appartenant à un pauvre ouvrier, chez lesquels des accidents assez graves s'étaient manifestés simultanément L'ainé, âgé de dix ans, avait le visage rouge et gonflé ; le regard était animé et effaré, la langue sèche ; pouls faible et accéléré, céphalalgie, étourdissements, soif inextinguible, coliques violentes, envies de vomir et vomiturilions alternatives; enfin vomissements très abondants, indifférence à tout et sommeil par moments. Le cadet, âgé de huit ans, était un peu plus fortement affi-cté que son frère; chez lui aussi les vomissements survinrent et procurèrent quelque soulagement. M. Westerloff, ayant appris qu'ils n'avaient mangé la veille qu'un morceau de pain de seigle vieux et moisi, prescrivit un traitement adoucissant, qui ne tarda pas à les ramener à la santé.
» Quelque temps après, des bateliers, ayant mangé du pain de seigle également moisi, furent pris d'accidents semblables; mais ils en furent bientôt délivrés par des vomissements qui eurent lieu spontanément.
» Le docteur Westerloff demande si cette espèce d'empoisonnement reconnaît pour cause L'altération de la qualité du pain ou la végétation que l'on a désignée sous le nom de moisissure (mucor, mucedo). » (Bijdragen tôt de naturkund Weslenscapp, t IV p. 110, ou Archives générales de médecine, t. XXIV).