MUCÉDINÉES PARASITES. - RIZ ET MAIS ALTÉRÉS
qui en est faite en nature, sans qu'il soit nécessaire de le réduire en farine, est encore une cause puissante de préservation contre les avaries. Aussi ne connaissons-nous pas de relations d'épidémies de convulsions de céréales chez les nations où le riz remplace le pain. Voici cependant des faits intéressants qui semblent prouver que, lorsque le riz est accidentellement altéré, il peut déterminer les mêmes accidents que les autres céréales. Depuis quelques années les médecins anglais dans l'Inde ont appelé l'attention sur une maladie spéciale, désignée par eux sous le nom de burning of the feet, brûlement des pieds, ou, si l'on aime mieux, feu aux pieds. Cette maladie, caractérisée par une chaleur intolérable de la plante des pieds, affecte une marche intermittente prononcée. Ses accès ne se présentent que le jour, disparaissent la nuit, pour reparaître le lendemain matin. Elle n'a été observée jusqu'ici que parmi les Cipayes, et attribuée à l'usage du riz altéré. » (Voy. Calcutta med. Transact., II, 275; III, M et 267; Madras quart, med. Journ., I, 411 ; IV, 242; India Journ. of med. se, II, 460; Janus, t. 257 ; Boudin, Annales dliygiène.)
Rappelons les caractères principaux des convulsions céréales. Voici ceux qu'on peut regarder comme pathognomoniques : 1° contracture articulaire; 2° agitation convulsive; 3° douleurs vives intermittentes.
Examinons maintenant les divers appareils : — Appareil digestif. Soif et boulimie, quelquefois des vomissements, des diarrhées, vers intestinaux. — Circulation. Pouls petit, inégal, contracté. — Motilité. Paresse, engourdissement, faiblesse générale. — • Excrétions. Sueurs ou urines excessives. Miction quelquefois difficile. — Peau. Couches épidermoïdales développées, peau épaissie, aneslhésie, taches rouges. — Sens. Vue trouble, affaiblie, cécité. Ouïe dure, quelquefois surdité, parole lente, embarrassée. — Système nerveux. Fourmillements aux pieds, aux mains, contractures des doigts des pieds, des mains, des jambes, des bras. Douleurs atroces le long du trajet des nerfs. Convulsions, vertiges, épilepsie, manie. On comprend sans peine que plusieurs des symptômes dont je viens de présenter le résumé ont pu manquer, soit dans des épidémies, soit chez des individus, et cela selon une foule de conditions qui ont pu s'associer à la grande cause qui, selon nous, domine la pathogénie de toutes ces épidémies : misère, alimentation dominante avec du pain préparé avec des grains ou des farines envahis par des mucédinées nuisibles.
Maïs altéré {Pellagre), — Introduction. — La pellagre endémique, que Vaccari a désignée sous le nom si expressif de mal de misère, est une maladie qui attaque les plus pauvres habitants dans des localités où la farine de mais forme l'alimentation dominante, et où cette graminée mal desséchée dans les champs ne subit point une complète dessiccation
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artificielle, et s'altère. Je n'hésite pas, après avoir lu avec soin la plupart des ouvrages écrits sur ce sujet, après avoir étudié par comparaison les questions analogues, à considérer le développement de mucédinées spéciales dans l'aliment usuel, joint à l'inOueuce de l'insolation chez les sujets préparés par cette alimentation nuisible, comme les deux causes de la pellagre. Un a dit que la pellagre avait été inconnue en Europe avant 1750; que nous ne possédions pas de description bien précise de cette maladie, cela peut être admis, mais il faut être très circonspect dans l'historique des maladies qui attaquent les pauvres habitants des campagnes, elles peuvent passer longtemps inaperçues, ou on peut les avoir confondues avec d'autres affections. Casai, médecin espagnol des Asturies, décrivit, en 1702. la pellagre sous le nom de mal de la rose. Dès 1755, Thierry avait publié à Paris une note sur celle affection. En 1770, Pujati, médecin des Etals vénitiens, la signala en Italie sous le nom de scorbut apenuin. Enfin, en 1771, Frappoli observa cette endémie dans le Milanais, et lui donna le nom de pellagre. Beaucoup d'autres médecins italiens, et en particulier ceux qui habitent la Lombardie et la Vénilie, ont publié un grand nombre de mémoires sur cette affection ; on en trouve une énumé ration bien faite dans l'article de IL Boudin, inséré dans le numéro de janvier 1861 des Annales d'hygiène. Jourdan, à la suite d'un séjour dans les hôpitaux d'Italie, publia en France d'utiles descriptions sur l'anatomie pathologique de la pellagre. Jusqu'en 1829, on pensait que la pellagre était une affection propre à l'Espagne et à l'Italie, et qu'on n'observait point en France; lorsqu'à cette époque Hameau la reconnut chez des habitants pauvres du bassin d'Arcacbon. Gintrac confirma l'exactitude de cette observation ; depuis, Marchand la signala dans les Laudes, Galès, dans la Haute-Garonne, Rousilhe dans l'Aude. Brierre de Boismont, Baillarger, ont observé la pellagre en Italie et ont publié d'intéressants mémoires sur cette affection; mais l'ouvrage vraiment capital est la monographie de Th. Boussel, qui m'a servi de guide et que tous ses successeurs ont consultée avec profit. Depuis, Costallat a repris avec une louable énergie cette question intéressante ; je dois mentionner les travaux de Billod, de Landouzy, de Boudin, et deux thèses soutenues sous ma présidence.
Je crois qu'on doit réunir l'acrodynie épidémique et la pellagre endémique par des liens d'une étroite éliologie, comme ces maladies se rapprochent par des symptômes du côté de l'appareil digestif, de la peau et des centres nerveux. Dans l'acrodynie, nous dit- on, c'est à la face palmaire et plantaire que siégeait l'érythème, tandis que dans la pellagre c'est à la face dorsale des mains et des pieds. Dans l'acrodynie, ajoute Landouzy, l'érythème s'étend sur les membres et même le corps entier. L'œdème occupe la face aussi bien que les autres régions. Les seuls troubles consistent dans une perversion de la sensibilité tantôt <>!>-
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tuse, tantôt exagérée, cl dans une perversité de la inutilité poussée tantôt jusqu'aux convulsions musculaires, tantôt jusqu'à la paralysie. Une ophthalmie douloureuse compliquait, d'ailleurs, presque constamment les accidents précédents. II y a donc, on le voit, dans l'acrodynie assez •de signes étrangers à la pellagre, et dans la pellagre assez de signes étrangers à l'acrodynie, pour que le diagnostic différentiel n'olTre jamais de grandes difficultés. J'admets, comme Landouzy, des différences entre la pellagre et l'acrodynie, mais ces différences peuvent trouver des explications dans les différences des mucédinées ingérées , dans la dose journalière, dans la continuité ^administration, dans les circonstances différentes qu'il n'est pas facile de préciser.
Caractères de la pellagre. — Ce qui différencie la pellagre de beaucoup d'autres maladies, c'est la longue durée de son évolution; on cite des exemples comprenant plusieurs années, dix, quinze et même vingt; ce caractère la rapproche de quelques endémies, telles que le goitre endémique et les affections qui l'accompagnent ou en dérivent. Quoi qu'il •en soit, rappelons, d'après les auteurs, les symptômes principaux de la pellagre endémique, en divisant, à leur exemple, la maladie en trois périodes.
Première période. — Les caractères de la première période se rapprochent beaucoup de ceux de l'acrodynie. La plupart des malades se plaignent d'un malaise indéfinissable, de lassitude spontanée, ils sont plongés, le plus souvent, dans une grande inertie.
Appareil digestif. — Appétit irrégulier, fréquentes nausées, boulimie ou plus rarement inappétence, soif, diarrhée, langue gercée comme dans la glycosurie.
Appareil respiratoire. — Respiration lente, incomplète.
Ercn'tions. — Les urines sont claires, abondantes; je soupçonne, d'après plusieurs caractères de la maladie, ou qu'elles doivent contenir du sucre, ou au moins que la proportion d'urée excrétée dans les vingt-quatre heures doit l'être en proportion moindre que dans l'état normal.
L'urine est certainement modifiée dans la pellagre pour la qualité ou la quantité des principes fixes excrétés dans les vingt-quatre heures. Ne devant pas revenir sur les excrétions de l'urine dans les deux dernières périodes, je dois dire ici que je soupçonne fort qu'à la fin de la maladie au moins, elles doivent souvent contenir de l'albumine et de l'acide benzoïque. J'ai recommandé à quelques-uns de mes élèves qui devaient exercer dans les localités à pellagre , d'examiner les urines de vingt-quatre heures avec soin , aux différentes périodes de la maladie. La. peau offre du prurit, delà cuisson, des plaques crylhéma- •teuses, l'excrétion épidermoïdale paraît accrue, celle de la sueur, au
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contraire, amoindrie. Des bulles de sérosité apparaissent fréquemment, des squames se détachent. Du côté du système nerveux , nous uvons à noter de la céphalalgie, des vertiges, des bourdonnements d'oreille, des douleurs sourdes intermittentes dans les membres. Ces| caractères généraux s'accordent bien, dans ma pensée, avec l'hypothèse d'un empoisonnement lent. La maladie, tant qu'elle n'a pas passé cette première période, présente des intermittences de bien pendant l'hiver, qui font croire à la guérison ; mais la maladie reparaît au printemps avec une nouvelle intensité, sous la double influence des rayons solaires et d'une alimentation contenant des mucédinées qui se développent avec la température qui convient à leur évolution.
Deuxième période. — Du côté de V 'appareil digestif, nous avons à signaler une diarrhée plus fréquente et plus intense; du côté de la peau, à l'érythème succèdent des vésicules, des pustules, des croûtes écailleuses ; l'épiderme est épaissi, fendillé, il présente des caractères de l'ich. thyose et de la lèpre ; on a comparé l'apparence de la peau à celle des pattes d'oie. Ces stigmates ne disparaissent plus complètement pendant l'hiver, ils ressemblent à ceux, déterminés par une brûlure. — Menstruation. Cesse comme dans la glycosurie intense et chronique. — Circulation. Pouls petit, appareil fébrile continu. — Appareil nerveux. Douleurs vives intermittentes dans le rachisou les membres, avec anesthésie ou sensibilité générale obtuse. — Ouïe dure, vue faible, amblyopie, héméralopie,diplopie.— Motilité. Marche vacillante, mouvements des mains incertains. La mâchoire inférieure et la langue tremblotantes. — Mémoire perdue, délire, lipémanie, propension fréquente au suicide. D'après Lambroso, les suicides, en Italie, sont partout exactement en proportion avec le développement de la pellagre.
Troisième période. — Aggravation de tous les symptômes précédents. Le marasme est considérable, la langue est noire, la peau présente des croûtes brunes fendillées, il y a une infiltration générale. La démence, la lypémanie avec propension au suicide (par submersion à ce qu'avancent plusieurs auteurs), la paralysie progressive arrivent à leur dernier terme, si une maladie incidente ne vient pas mettre fin à une aussi affreuse existence.
Étiologie de la pellagre. — La pellagre règne surtout, comme nous l'avons dit, dans le Milanais et plusieurs autres localités de laLombardie et de ta Vénétic; en France, dans certains villages, heureusement peu nombreux, des départements des Landes, de la Gironde, de l'Aude, de la Haute-Garonne. Je crois, d'après plusieurs témoignages, que cette maladie a pour ainsi dire disparu de France, depuis quelques années et qu'elle a surtout sévi à la suite des périodes do disette.
La pellagre n'est pas une maladie contagieuse ; je ne la considère pas comme héréditaire; l'enfance, la jeunesse, l'âge adulte, la vieillesse n'en