MUCÉDINÉES PARASITES. — .M A LAI». DES PO M M MES DE TERRE
lions de culture, de terrain et de variété de la plante fussent égales d'ailleurs. On a vu la maladie se manifester tout à coup sur de grandes cultures au moment où une petite pluie ou un fort brouillard venait ajoutera la température tiède de l'été la condition d'une certaine humidité indispensable pour activer sur les feuilles des pommes de terre le développement de la végétation parasite dont les myriades de semences étaient jusque-là demeurées inertes. Le développement presque subit se manifeste aussitôt par la production de la moisissure qui attaque les feuilles et se montre dans leurs stomates. Cette moisissure, sorte de champignon microscopique, a été observée dans ces circonstances, décrite et figurée par MM. Montagne, Morren, Berkeley, Lindley, etc. Ces savants l'ont classée parmi les Botrytis (1), genre qui compte d'autres parasites capables d'attaquer plusieurs plantes en pleine végétation, et même certains insectes très vivants, notamment la chenille dite ver à soie. Sa fructification ou sa graine se reproduit rapidement en quantité prodigieuse; l'air en mouvement entraîne de nouveau ces légers corpuscules comme les plus fines poussières. Chacune de ces minimes semences, invisible à l'œil nu, se montre sous les très forts grossissements du microscope, formée d'une enveloppe ovale remplie de nombreux granules qui constituent sans doute leur partie active. On retrouve des granules semblables dans les tubercules envahis, et l'on a pu en conclure qu'ils étaient une émanation des champignons euxmêmes. On était véritablement en droit d'admettre que les choses se passent ainsi ; car MM. Berkeley, Morren, Montagne et plusieurs autres savants observateurs ont vu, comme je l'ai observé moi-même, le Botrytis se reproduire avant toute autre moisissure, soit sur une coupe de l'intérieur des pommes de terre envahies, soit à l'extérieur des tubercules.
Les remèdes à opposer aux désastres causés par la maladie des pommes de terre (disette de 1847, famine d'Irlande) peuvent se rapporter à deux chefs : 1° limitation de la culture ; 2° choix des variétés les plus résistantes.
1° Limitation de la culture. — Avant 1847, il existait aux environs de Paris et dans diverses contrées de l'Europe, de grandes cultures de pommes de terre destinées, soit à l'alimentation de l'homme, soit à divers usages industriels. Depuis l'invasion de la maladie, les mauvaises chances des récoltes, les frais de culture, ont rendu, comme M. Dailly l'a parfaitement établi, de vastes exploitations utilement impossibles. La pomme de terre n'est plus aujourd'hui cultivée que sur des surfaces bornées, et, grâce à celte limitation, les prix sont rémunérateurs et une grande chance de l'extension du mal a disparu.
(1) Botrytis infestans (Montagne).
soi Monirir.vm ns. - substances nuisibles.
2° Choix des rariétés les plus résistantes. — Quelques-unes des variétés jadis les plus cultivées pour l'abondance et la qualité des récoltes, sont aujourd'hui abandonnées parce qu'elles offraient beaucoup moins de résistance à l'invasion du Botrytis. C'est encore un des causes de la diminution de la maladie. On a choisi en général soit des espèces hâtives, comme le Saint-Jean et la Marjolin, soit des espèces ayant la texture ferme, résistante, ce que l'on constate en les coupant ; soit enfin les variétés ou sous-variétés que l'expérience a démontré offrir un terrain moins favorable au développement des parasites. Ces moyens sont logiques, ils ont réussi, et quand ils seront mieux étudiés, ils contribueront, sinon à l'aire disparaître, au moins à atténuer considérablement les progrès du mal.
Maladie de la vigne (1). — Elle est déterminée par le parasitisme d'une mucédinée décrite par Berkley en 4847 sous le nom ftoidium Tuckeri. C'est une mucédinée parasite extra-cuticulaire, munie de crampons qui pénètrent dans l'intérieur des parties vertes. C'est probablement ainsi que le suc des différentes parties de la vigne est vicié par suite d'une excrétion nuisible du parasite agissant sur ce suc. La fructification de YOidium Tuckeri consiste en un développement successif des spores qui sont quelquefois terminés en sporanges plus volumineux d'où s'échappent des sporidies en nombre immense. La rapidité de la propagation de la maladie de la vigne est vraiment prodigieuse. C'est un phénomène très instructif si on le rapproche par la pensée du développement de certaines épidémies. J'ai eu plusieurs occasions de constater avec précision l'influence des brouillards pour ensemencer sur des surfaces déterminées ces spores invisibles qui semblent, dans ces conditions, répandus dans l'air en nombre infini. Si la dissémination de ces spores est une chose merveilleuse, la rapidité de l'évolution de YOidium ne l'est pas moins, ainsi que les altérations qui apparaissent sur les parties vertes delà vigne : feuilles, tiges, et surtout les grappes et grains de raisin avant le commencement de toute maturité. C'est le terrain qui convient le mieux au développement du parasite. L'origine de YOidium Tuckeri n'est point fixée sur des preuves irrécusables, mais voici, sur ce sujet, l'opinion qui me paraît la plus probable. Je sais, par des témoignages dignes de foi, que des vignes cultivées en Bolivie, dans le voisinage de la Paz, ont été malades longtemps avant la découverte de YOidium Tuckeri par M. J. Berkeley. La première observation paraît remonter à 1835, douze ans avant la découverte du savant anglais. (Il est évident que cette observation ne diminue en rien le mérite do la
(t) Uflô maladie beaucoup plus grave atteint aujourd'hui la vigne; elle est IftUlél par
le parasitisme d'un insecte, le Phylloxéra vastalrix. Je renvoie au dernier travail d'ensemble que j'ai publié sur ce sujet (Revue scientifique, 1879, 1er février). La pomme de terre a aussi un insecte pour un ennemi nouveau, ln Doruplinra .