MUCÉD1NÉES PARASITES. — MALADIE DE LA VIONE
découverte de M. J. Berkeley.) 11 est très probable que VQidiim Tuckeri existait sur les vignes des environs de la Paz bien avant 4835; qu'il existait aussi en parasite sur quelques plantes de ces pays qui furent transportées dans les serres d'Angleterre. ISOidium s'y trouva de compagnie avec la variété de raisin connue sous le nom de frankintal, il s'y propagea aussitôt avec une sorte de prédilection. On comprend sans peine comment, par un échange de plantes, il passa des serres d'Angleterre dans celles de la Belgique et de France, et comment de là il envahit les treilles et les vignobles de l'Europe. Comme toutes les mucédinées parasites, ["Oïdium présente des conditions d'évolution qui ont été bien étudiées et qui sont du plus grand intérêt à connaître. Tous les cépages ne sont pas également atteints par Y Oïdium Tuckeri; parmi les variétés qui sont le plus maltraitées, je citerai les teinturiers, les muscats, les frankintal s, parmi celles qui sont le plus ménagées, je citerai les cépages américains isabelle, catauba, etc., et chez nous les cots et les sauvignons. On peut consulter sur ce sujet le tableau contenu dans mon Traité de la maladie des vignes, ou sont étudiées sous ce point de vue toutes les variétés de la belle collection du Luxembourg. On peut dire d'une manière générale que les raisins à pellicule dure, épaisse, résistante, paraissent plus ménagés que ceux à pellicules fines ; cela peut dépendre de la facilité plus ou moins grande que cette pellicule offre à la pénétration des crampons de Y Oïdium. Comme pour beaucoup de mucédinées analogues il faut, pour le développement de YOidiian Tuckeri, une température convenable. La plus élevée accompagnée de brouillards est celle qui convient le mieux à son évolution. L'influence des procédés de culture est très remarquable pour favoriser ou entraver les aptitudes des vignes au développement de Yoidium. Les treilles élevées, les hautains sont , toutes choses égales , beaucoup plus fréquemment atteintes et plus largement que les vignes basses. Les vieilles vignes renouvelées par le provinage, dont les innombrables sarments rampent sous la terre, sont, toutes choses égales d'ailleurs, beaucoup moins exposées à contracter la maladie que les vignes à tige aérienne. Le provinage est donc le premier moyen de diminuer les chances de la maladie.
J'ai constaté expérimentalement que, dans les vignes provignées, la sève a une température moins élevée que dans les treilles élevées. Voilà la raison de leur préservation, comme je Texpose dans mon travail. Ces remarques forment la base d'une prophylaxie certaine. On ne peut éloigner des vignes tous les spores ou sporidies de YOidium; mais on peut, par la culture, les rendre impropres à recevoir sa contamination. Uésultat pratique immense que vingt années d'études, dans les pays à vignes provignées, Bourgogne, Cbam pagne, etc., ont confirmé. Un résultat de la plus grande importance dans la pratique, et des plus inté-
ressants pour la théorie, c'est le résultat heureux des soufrages préventifs exécutés convenablement. Cette opération a été la source de fortunes considérables dans nos grands vignobles du M idi.
Le vin oïdié est-il nuisible? Pour les mucédinées comme pour les autres champignons, il faut être très réservé avant de se prononcer sur les propriétés toxiques : les uns sont nuisibles, les autres inoffensifs. Jusqu'ici, tout concourt à nous prouver que le vin oïdié n'est pas nuisible. Mais avant de se prononcer, il faut attendre une expérience plus longue. Plusieurs de ces moisissures, comme nous lavons vu, ne manifestent leur action nuisible qu'après un long usage; tout en reconnaissant que jusqu'ici rien n'incrimine le vin oïdié, observons.
Contagion. Maladies contagieuses. — Avant d'entrer en matière, il est nécessaire de s'entendre sur la valeur de quelques mots, c'est pour ne l'avoir pas fait qu'on trouve dans la science les plus regrettables confusions. En parlant des maladies transmises par l'air, on donne le nom d'infection à une action morbide que produit sur un sujet sain de l'air contenant des principes nuisibles (ex. effluves des marais, voy. p. 842 ), incommodes (ex. produits des fermentations putrides, voy. p. 801). Si le principe nuisible s'exhale du corps d'un malade, et qu'il reproduise une affection pareille à celle qui l'a engendré, il n'y a plus simplement infection, mais contagion ; quelques-unes des maladies miasmatiques contagieuses peuvent naître par infection et se propager par contagion. C'est l'hypothèse la plus vraisemblable pour le genèse du choléra asiatique et de la fièvre jaune.
L'étude des maladies contagieuses a une grande importance pour l'hygiène privée et publique. Pour la première, elle permet d'asseoir suides bases rationnelles la prophylaxie (vaccine) et le traitement hygiénique de ces maladies. Toutes ne se transmettent pas avec la même facilité; ces différences dépendent soit de la nature de la maladie, soit de l'état des malades (microbes et terrain), ainsi la rougeole, la variole, la peste, le typhus fever, etc., toutes choses égales, se transmettent plus facilement que la scarlatine, la lièvre typhoïde, etc. Les individus qui sont sous l'influence de la misère physiologique, les souffreteux d'hôpital, sont en général plus facilement atteints que les individus dans la plénitude de la santé.
Le Tricophyton tonsurans se développe plus facilement dans le système pileux d'un syphilisé que sur celui d'un homme indemne.
Les acares pullulent sur des brebis mal nourries; ils se multiplient moins facilement sur un troupeau en bon elat.
Au point de vue de la médecine publique, les aptitudes des maladies contagieuses sont des plus utiles à connaître pour éclairer les questions qui se rapportent aux précautions à prendre dans les villes envahies