MALADIES CONTAGIEUSES. — PARASITES
par la contagion, et à celui de l'hygiène internationale. Ces connaissances éclairent de vives lumières tout ce qui se rapporte aux. lazarets, aux quarantaines.
Les maladies contagieuses étaient peu connues des médecins anciens, il y avait pour plusieurs (rentre elles une raison excellente, c'est qu'elles n'existaient pas. Pour celles qu'ils auraient pu observer, les témoignages les plus précis se rapportant à la contagion, nous les trouvons dans les écrits des poètes et des philosophes. Lucrèce nous a laissé dans son poème un épisode saisissant de la peste d'Athènes. Titc- Live a décrit celle de Syracuse, il insiste sur la propagation au contact. Ovide, dans ses Métamorphoses, décrit la peste à bubons, il parle des dangers de transmission par les cadavres des pestiférés. On trouve dans le Pentateuque des faits se rapportant à la contagion de la lèpre et de la blennorrhagie. Les écrits d'Hippocrate sont muets sur tout ce qui se rapporte aux maladies transmissibles. On s'adressait dans ces grands désastres plutôt à la pythonisse qu'au médecin. On trouve dans Galien quelques rares passages se rapportant à la contagion de la gale, des ophthalmiesetmême de la peste. Le mot contagion n'a pas de synonyme dans les ouvrages grecs, il dérive d'un mot d'origine latine, langere, dont la signification a été étendue à la transmission à distance par des particules invisibles.
Les modes de propagation des maladies contagieuses sont des plus divers: les unes, comme la chorée épidémique, le tarentisme, etc., sont transmissibles par imitation; d'autres se développent par l'ensemencement d'oeufs de microbes, de parasites microscopiques végétaux ou animaux. 11 est des maladies contagieuses transmissibles des animaux à l'homme; exemple : divers parasites, la morve, la rage, etc. Il en existe un grand nombre dont nous parlerons plus loin qui se communiquent de l'homme à l'homme, soit par inoculation, soit par l'intermédiaire de Pair ou des aliments.
Si nous laissons de côté les maladies contagieuses par imitation, je pense qu'on peut dire que toutes les autres sont des parasitaires. Les parasites sont des végétaux (ces premiers nous les avons traités pages 805 et suiv.), ou animaux; pour ces derniers, ils peuvent être étudiés, bien définis et figurés, ou ils sont encore non parfaitement définis, non complètement étudiés et figurés, ils existent dans les virus et dans les miasmes. Nous allons commencer par parler brièvement des principaux parasites visibles à l'œil nu.
Parasites de l'homme visibles a l'oeil mu. — Ils comprennent les épizoaires et les enlozoaires. Nous ne nous occuperons que de ces derniers. Voici les noms des principaux genres d'helminthes cylindriques : A. vivant dans le tabe digestif unisexuês : 1° ascaride, 2° oxyure, 3° IrirtoncFTARD.vr. — fut.ikne. 57
698 MODIFICATEURS. — SUBSTANCES NUI SlIiLKS.
coeéphale, i° ancylostome; R. vivant hors du tube digestif un iserurs : 5" strongle, 0° spiroptère, 7" trichine, H° Maire. Le groupe d'helminthes non cylindriques comprenant : A. les genres non cylindriques virant ordinairement hors du tube digestif: !»" thécosome, 10° douves (deux ou trois espèces habitent exceptionnellement le tube digestif), ll'festucairc: IL les genres rubanés vivant dans le tube digestif: \± taenia, 13" bothriocéphale. Nous allons rapidement passer en revue les principales espèces qui présentent le plus d'intérêt au point de vue de l'hvgiène.
Ascaride tombricoide. — C'est le plus commun et le plus anciennement connu des vers intestinaux; il est unisexué, il y a quatre fois plus de femelles que de mâles, elles produisent un nombre considérable d'œufs, plusieurs millions pour un même individu. Ce parasite vil chez les enfants, moins fréquemment chez les adultes : il est rare dans la vieillesse. Son habitat est l'intestin grêle, on le trouve accidentellement dans plusieurs autres organes; quand il arrive dans le gros intestin ou dans l'estomac, il est le plus souvent rejeté. Quelquefois cet ascaride se trouve en très grand nombre dans le corps d'un individu ; il détermine des troubles divers de la nutrition, de la dyspepsie, de la gastralgie avec appétit capricieux, du ptyalisme, quelquefois ces accidents sont accompagnés de lièvre, et plus rarement de convulsions et de coma. Le visage des enfants dont l'intestin grêle est envahi par un bon nombre de ces parasites, est pâle, plombe, les yeux ternes, bordés d'un cercle bleuâlre, les pupilles sont dilatées. On observe souvent alors du prurit des narines et du grincement de dents, le sommeil est agité. Ces symptômes sont souvent accompagnés d'amaigrissement. Les accidents déterminés par ce parasite sont beaucoup plus fréquents à la campagne qu'à Ici ville. La raison en est très simple : les œufs sont rejetés avec les garderobes : à la ville, leur vitalité est détruite dans les latrines; dans les campagnes, où les enfants satisfont leurs besoins partout où ils se trouvent, ces œufs sont enlevés par les eaux pluviales; les œufs dont la vitalité persiste, d'après Davainc, pendant plus de six mois, sont ingérés dans les eaux potables ou sur les salades arrosées avec ces eaux. Le remède consisterait à généraliser l'usage des fosses d'aisances, ou à ne boire que de l'eau liltrée, et à ne manger que des aliments ayant subi la coction. On débarrasse les enfants de ces Ivotes importuns par deux remèdes inolfensifs : la mousse de Corse et le semen- contra.
Oxyure rermiculaire. — C'est un helminthe très petit, long de S à 10 millimètres, large de 1/2 millimètre, d'une couleur blanche de neige unisexué. il ressemble au vibrion de la colle de farine. Il siégea la partie inférieure du gros intestin, il en existe quelquefois des amas au reclum dans le voisinage de l'anus, il y détermine un prurit des jtlus désagréables, il peut s'introduire dans le vagin cl devenir une cause d'ona-
PARASITES. — ASCARIDE. — OXYURE. - - TŒNIAS. 89'J nisme. Il est rejeté parles garderobes avec ses œufs qui sont très nombreux. Ces œufs peuvent éclore dans l'intestin ; ils peuvent ctic introduits dans l'appareil digestif avec l'eau potable. On comprend ainsi la propagation du parasite. La filtralion de l'eau, la coction des aliments, voilà le moyen certain de prophylaxie.
Tricocéphale de V homme. — Long de 4 à G millimètres, épais de 1/â millimètre, unisexué, il habite le caecum et le commencement du côlon ; on le trouve fréquemment dans les cas de fièvres typhoïdes, de choléra asiatique ou d'autres pyrexies, il se rencontre rarement chez des individus en santé. Les œufs immédiatement n'éclosent pas (Davaine) dans les intestins, ils sont ingérés avec les boissons et les aliments. La prophylaxie est la même que pour les deux helminthes précédents.
Les vers rubanés qui ont été trouvés chez l'homme appartiennent aux deux genres Tœnia et Bothriocéphale.
Tœnia ordinaire {Tœnia solium L.). — C'est un assemblage de plusieurs individus, animal aplati étroit, composé d'articles ajoutés bout à bout, l'assemblage est long de 4à 5 mètres, quelquefois beaucoup plus. Le corps du taenia se rétrécit insensiblement d'arrière en avant, et finit par devenir filiforme. La couleur est presque blanche, la tète n'a qu'un millimètre. On y remarque quatre mamelons arrondis équidistants opposés ; chacun offre à son centre un suçoir circulaire, entouré d'un bourrelet plus opaque. On a comparé ces oscules à de petites ventouses. Au milieu de ces oscules parait une protubérance sur laquelle on trouve une double couronne de crochets cornés, 12 à 15 à chaque rangée.
Après le cou, arrive le ruban formé d'articles ou zoonites, il peut y en avoir plus de 1000.
Les taenias sont androgynes. Chaque article présente un double ap pareil génital; ils sont ovipares; les œufs sont en quantité considérable.
Chaque article chargé d'oeufs se sépare (cucurbitins) et est rejeté au dehors avec les matières fécales. Leur présence peut ne provoquer aucune souffrance. En Abyssinie, chacun a son taenia, au moins.
La présence du taenia détermine souvent des coliques sans diarrhée, du prurit à l'anus, des démangeaisons aux narines. L'appétit est augmenté ou diminué. On observe quelquefois des accidents nerveux , surtout chez les femmes; de la céphalalgie, des bourdonnements d'oreille, des troubles de la vue, des douleurs épigastriques, de la lipothymie, des accidents convulsifs, mais plus souvent de la faiblesse et de l'amaigrissement.
On combat ce parasite à l'aide de l'écorce de grenadier ou de ses deux alcaloïdes, les pelletiérines de Tanret, ou mieux avec le cousso. Ses
Ileurs, à la dose de 10 grammes, ont des propriétés merveilleuses. Je ne l'ai jamais vu échouer.
M. Van Beneden a établi, par d'incontestables expériences, la loi hygiénique du développement du taenia de l'homme. 11 produit des œufs innombrables qui sont évacués avec les cucurbilins et les excréments. Les porcs ingurgitent le tout. Les œufs éclosent; ils produisent des embryons qui percent les intestins des porcs et qui engendrent les cysti cerques de la cellulosilé. Cette viande de porc étant ingérée crue, ces cysticerques se développenten taenias dans l'appareil digestif de l'homme. Toutes les personnes qui mangent ces viandes infectées conservées par salaison et boucanage, sans les laire cuire, y sont exposées, d'où la fréquence des tamias chez les charcutiers , chez les chiens et les chats. En Abyssinie, tous ceux qui mangent de la viande crue sont infectés de tamias, excepté les chartreux, qui suivent leur règle et ne mangent pas de viande. La prophylaxie est nette, elle est généralement suivie en France. — Toujours faire bien cuire la viande de porc. (Voy. p. 230 et Appendice, p. xxxv.)
Tœnia inerme découvert en 1853 par Kùchenmeister. — Il a été observé en Syrie et en Algérie. Aujourd'hui, il devient plus commun en France. Il se distingue du tœnia ordinaire par l'absence de ses crochets et la simplicité de ses ovaires; sa tète est plus volumineuse, obtuse, tronquée; il produit des accidents semblables à ceux du Tœnia solium. On parvient à l'expulser à l'aide d'un remède aliment, de la pulpe de graine de citrouille , mais le cousso réussit plus sûrement. D'après le docteur Talairhac , 152 hommes de l'équipage du Ducouédic furent atteints du taenia inerme à Beyrouth, pour avoir mangé de la viande de bœuf contenant des cysticerques (Conipt. rend. Acad. se , 1850, t. I, p- 779). Arnould et Cauvet ont également constaté l'existence du cyslicerque du bœuf dans les localités algériennes, où le tœnia inerme est commun (voy. p. 231). M. Mégnin (Bévue d'hygiène, 187(J) n'a jamais trouvé, en France, decysticerque dans la viande de bœuf. Il avance que des œufs de tœnia ingérés peuvent produire des cysticerques enk\stés dans les intestins, puis, sur place, le tamia inerme qui est le même animal que le tœnia armé, mais à un état de développement moins complet. Quoi qu'il en soit, il sera bon de continuer des recherches sur la non-existence du cyslicerque dans la viande de bœuf, et de n'user que d'eau bien liltrée, si, comme M. Mégnin le pense, la viande de bœuf est indemme, et que les œufs subissent toutes leurs transformations dans l'appareil digestif de l'homme. Il est donc prudent, dans les cas où ce ver rUOané est fréquent, de ne boire que de l'eau liltrée ou bouillie, et de n'user que d'aliments bien cuits.
Tœnia échillOCOque (Kùch). — Très petit, 3 millimètres; les eucuibitins deviennent volumineux. Très commun chez les chiens, en Islande.
PARASITES. - T.ENIAS. — TRICHINE. 901
Van Beneden soupçonne qn'il y produit celte maladie hydalique du foie qui cause la mort du sixième des Islandais. Cette larve se cantonne dans les viscères abdominaux, dans les plèvres, les poumons et même dans le cerveau. On incrimine également le tsenia dentelé, Tœnia serra ta (Goez), qui est très commun chez les chiens et chez quelques poissons. Manger des aliments bien cuits, boire de l'eau lillrée ou bouillie, voilà la prophylaxie rationnelle que nous recommandons aux Islandais.
Bothriocéphale large (Bremser). (Ver solitaire gris, ver rubané large). — Commun en Russie, en Suisse, à Hambourg chez les israélites; sa longueur est de 2 à 7 mètres. La tète présente deux fossettes et non quatre oscules.et n'a pas de couronnes de crochets. On ne connaît pas la larve du Botriocéphale , ni dans quelles conditions elle vit pendant le premier âge. On a soupçonné que le mode de propagation de cet entozoaire est analogue à celui des Botriocéphales qu'on rencontre chez les animaux; que l'œuf produit une larve sans parties sexuelles, attachée à un corps en l'orme d'ampoule ; que cette larve vit pendant quelque temps dans un animal, et qu'elle s'introduit ensuite dans le corps humain pour s'y transformer en animal parfait. Van Beneden fait remarquer que les mammifères herbivores ont des vers rubanés sans crochets, et qu'ils ne peuvent avaler les larves de ces vers avec la chair des autres animaux, comme cela a lieu chez les carnassiers. Ces larves sont nécessairement fournies par l'herbe ou par l'eau. Par conséquent, il serait possible que nos Botriocéphales fussent produits par des larves qui ne s'enkystent pas.
Trichines. — En 1822, Tiedmann observa, dans les muscles à fibres striées d'un cadavre, des granulations blanchâtres qui semblaient organisées. En 1833 , Hilton et Wormald découvrirent des animalcules vermi formes dans l'intérieur de ces granulations. En 1835, Richard Owen reconnut que ces animalcules étaient de petits parasites enkystés. Owen avait soupçonné que la trichine pouvait bien être la larve de quelque entozoaire (Virchow).
Trichina spiralis (voy. Appendice, p.xxxvi). — Il y a deux choses à considérer dans cet entozoaire, le kyste et l'animal. Le kyste est une petite vésicule ellipsoïde, un peu allongée, de l/5e à l/3e de millimètre dans son grand diamètre, atténuée et obtuse à chaque extrémité, d'un blanc opaque ou transparent. Cette poche offre deux couches : l'extérieure, produite par l'organisme malade, et qui est enveloppée d'un réseau vasculaire ; l'intérieure, dépendant du ver (Luschka). Dans chaque kyste on découvre tantôt un individu, tantôt deux, rarement trois. L'animal est long de 1/3 à 1/2 millimètre, et épais de 3/100cs, tordu en spirale, formant deux ou trois et même quatre tours.
Les trichines spirales se rencontrent au milieu des muscles, particulièrement dans les muscles volontaires. On les a observées dans la lan-
gue, aux gencives, dans la cuisse, dans les muscles abdominaux... Le cœur n'en a jamais présenté fWelckcr). Ces entozoaires sont quelquefois en nombre considérable. Dix milligrammes de la substance musculaire d'une cuisse ont montré de douze à quinze trichines (Leuckart). Les petits kystes qui les contiennent ressemblent à des granulations plus ou moins blancbàtres.
Les accidents déterminés par l'ingestion des Trichina spiralis sont des plus variés. « Cbercbons, dit Virebow (Des trichines, traduct. d'Oninms), comment il se l'ait que les accidents qui surviennent après l'ingestion de viandes trichinées soient si dissemblables en acuité et en conséquences. Les symptômes gastriques, fièvre nerveuse, accidents dysentériques, dépendent de la présence des triebines dans le canal intestinal. Quand à la suite de Tingeslion de la viande infectée, se manifestent des évacuations alvines abondantes, de la diarrhée, tous ces
Fie. A. — Agglomération des trichines autour d'une attache tendineuse.
parasites peuvent être évacués. Dans le cas contraire, ils se développent et pullulent; de là irritation morbide qui peut se produire sous diverses formes, suivant les conditions individuelles. Donc les personnes sujettes aux diarrhées sont mieux garanties contre l'infection trichineuse que celles qui sont ordinairement constipées. Les symptômes fébriles et musculaires proviennent de la pérégrination de la nouvelle génération, de l'intestin dans le corps du malade. Naturellement, ils dépendent également des idiosynerasies. Une certaine organisation de l'intestin semble empêcher cette immigration dans les autres parties du corps. La pénétration a-t-elle lieu, alors le danger est en proportion des animalcules ingérés. Chez une personne où quelques jeunes trichines seulement auront pénétré dans les muscles, les accidents seront nuls et la santé n'en sera pas altérée. Si, au contraire, des millions de trichines pénètrent de l'intestin dans les organes, il se présentera divers symptômes, tels que douleurs musculaires, endolorissement, courbature, enrouement, etc., mais ces symptômes pourront disparaître si les trichines s'enkystent. La guérison a lieu de cette manière. Mais quelquefois la convalescence est longue, et le malade reste
PARASITES. — TRICHINES. 9«a
feible, languissant, émacié, cm bien encore il ne guérira point, et succombera par suite des troubles toujours croissants des fonctions musculaires et particulièrement de celles de la respiration. Tout ceci se •comprend facilement, si l'on ne perd pas de vue les trois axiomes principaux de la trichinose, et qui se résument ainsi : 1° Les trichines ingérées restent dans l'intestin et ne parviennent pas dans les muscles; -1" elle* engendrent des jeunes, qui pénètrent dans les muscles; 3n cette mm mile génération se développe dans les muscles, mais ne s'y multiplie pas. »
M. Yirehow énumère les nombreuses épidémies de trichinose qui ont sévi en Allemagne. On a constaté la présence de trichines dans la chair de porc expédiée d'Amérique (Revue d'hygiène, avril 1879), en Italie, en Espagne, en Allemagne; dans ce dernier pays, l'inspection est obligatoire. En France, on n'a point constaté de cas de trichinose.
Fie. B. — Trichines enkystées vues à un 1res fort grossissement.
Celte immunité lient à l'excellente habitude dans laquelle il faut persévérer, de ne consommer la viande de porc que parfaitement cuite (1).
(1) Depuis que ce qui précède est écrit, mon ami et collègue Laboulbène a communiqué à l'Académie de médecine (15 février 1881) la relation d'une épidémie de trichinose observée à Crépy en Valois. A. Jollivet avait donné des soins à des malades atteints d'une affection à caractères typhoïdes mais d'allures spéciales, et qui avait suivi l'ingestion de la viands de porc. Laboulbène reconnut dans un échantillon de celte viande, la présence de nombreuses trichines, les unes enkystées, les autres ne l'étant pas encore. Laboulbène regarde comme extrêmement probable que le porc qui a donné à Crépy en Valois la trichinose à dix-sept personnes qui avaient ingéré sa chair peu cuite, a été infecté par un rat atteint lui-même de trichinose.
En Italie, en Espagne, on a signalé l'existence de trichines dans des jambons de provenance américaine. Le Lijon médical du 2 janvier 1881 contient un article de Cazeneuve, où il est dit que l'inspecteur Leclcrc a découvert la trichine dans des bandes de lard expédiées de New-York, dans cinquante caiscs; Laboulbène a constaté l'existence de la trichine dans de la viande de porc prise au bureau des Batig'iiolles et d'importation américaine. Depuis on a vérifié au Havre, à Paris, l'existence de trichine dans un grand nombre d échantillons, des viandes de même provenance, la proportion de 8 p. 100 (Davaine). Dans l'impossibilité d'instituer immédiatement une inspection régulièrement
Maladies contagieuses par microbes contenus dans les virus ou miasmes spécifiques. — Il est indispensable de confondre dans un même groupe les maladies contagieuses transmissibles par virus ou par miasmes; en effet, il est des maladies, comme la variole, la scarlatine, la rougeole, etc., qui se transmettent à la fois par l'air et par inoculation. Comment se refuser à admettre que e'est le même virus qui se trouve dans le liquide que vous inoculez h l'aide de la lancelte,etquevous prenez dans la pustule variolique, ou des particules que l'air enlèv< a cette pustule par suite de sa dessiccation spontanée et qui sont absorbées par le poumon? La différence dans l'intensité de la maladie produite par l'inoculation et par inhalation pulmonaire peut s'expliquer soit par la différence du mode d'absorption, soit encore par une modification dans le virus. 11 est un caractère de la plus haute importance qui unit entre elles plusieurs maladies virulentes aux maladies miasmatiques, caractère dont j'ai déjà beaucoup parlé, mais sur lequel on ne saurait trop insister, c'est celui de détruire, soit pour un temps, soit pour toujours, dans l'individu qui a ressenti les effets d'un virus ou d'un miasme spécifique, l'aptitude d'en être affecté de nouveau. Concluons donc : le miasme spécifique c'est un virus dessécbé sous forme de poussière, transmis par l'air au lieu d'être transmis par l'aiguille à inoculation. La résistance à l'action du virus transmis par l'air (miasme spécifique) est plus générale que la résistance à l'action du virus transmis par inoculation. Cela se comprend sans peine par le fait des quantités infiniment petites des miasmes spécifiques inhalés. Un grand nombre d'individus peuvent échapper à une action déterminée par un ferment dont les proportions sont insuffisantes pour manifester leur action spécifique. L'influence des foyers épidémiques intenses dans lesquels les forts succombent, trouvent ainsi leur explication la plus naturelle. Certains virus, comme le syphilitique, celui de la rage, ne se transmettent que par inoculation. On peut dire : ou ces virus, en se desséchant, perdent leur propriété, ou dans leur évolution, ils ne se transforment
suffisante, on a provisoirement prohibé l'introduction en France de viandes de porc de provenance américaine. Davaine a avancé que l'on s'exagérait le danger. Il y a longtemps, dit-il, que nous avons mangé par centaines ou par milliers des porcs trichines envoyés des États-Unis, sans que les autopsies aient jamais révélé chez les Parisiens l'existence de trichines musculaires. » Cela est parfaitement exact. Une salaison complète, un fumage prolongé et surtout une cuisson suffisante (six heures pour un jambon coupé en deux fragments) éloignent toutes chances de danger. J. Chalin a démontré que les trichines résistaient à une salaison et un boucanage incomplets. L'usage du jambon cru ou peu cuit devenait très commun. L'industrie de l'élève du porc prenait aux Étals-Unis un tel développement, qu'elle amenait l'encombrement des porcheries qui favorisent l'évolution de la maladie, et bientôt on n'aurait plus expédié que des viande;- "richinées. Les mesures de prudence me paraissent donc légitimes; mais ce qui serait plus sûrement utile, c'est de répandre partout la notion, qu'une cuisson de sir heures écarte tout danger ; car on s'assurera bientôt que les jambons importés d'Allemagne contiennent souvent des trichines.
MALADIES COxNTAGlEUSISS - MICROBES.
pas en poussière que l'air entraîne. On s évertuera inutilement à chercher la cause déterminante ordinaire du choléra, de la lièvre jaune, de la lièvre typhoïde, du typhus lever, etc., par une raison bien simple c'esl (|ue cette cause est connue comme celle de la variole, de la scarlatine, de la rougeole, au moins dans ce qu'elle a d'essentiel. Depuis longtemps j'avais pour certains virus ou miasmes adopté l'hypothèse parasitaire (1); je la généralise aujourd'hui, quoique plusieurs microbes ne soient encore ni rigoureusement décrits, ni figurés; je les rapproche ainsi des ferments du premier ordre, organisés et vivants : 1° parce que leur puissance ne s'épuise pas par l'action; 2° parce qu'ils peuvent se reproduire quand ils trouvent un terrain proprice (2). Ces deux caractères, les ferments du second ordre ne les présentent pas. Celte distinction, qui me parait s'appuyer sur des faits irrécusables, doit avoir une grande importance en hygiène; elle servira de guide pour établir la prophylaxie de maladies des plus meurtrières. Pour ces maladies déterminées directement ou indirectement par des ferments organisés et vivants, on saura quelles sont les substances les plus conve-
1 1 Les virus qui déterminent la pourriture d'hôpital, les différentes formes de l'infection purulente, par suite d'opérations, de piqûres analomiques, de fièvres puerpérales, ainsi que les affections charbonneuses, la maladie des poules, la péripneumonie contagieuse du gros bétail, le typhus contagieux, le piétain, le claveau, etc., ne devraient-ils pas être rangés parmi les ferments du premier ordre? Il existe dans ces virus des microbes caractéristiques, puis les poisons qui détruisent la vitalité des êtres inférieurs, sels de mercure, acide phonique, paraissent détruire l'action spécifique de ces virus. (Annuaire 1866.)
(2) Le caractère si remarquable que présentent plusieurs maladies contagieuses d'iine préservation relative après une première atteinte, se retrouve, comme nous le verrons plus loin, dans des affections, comme les maladies charbonneuses, la maladie des poules, qui sont évidemment sous la dépendance de microbes organisés et vivants. C'est, selon moi, un argument d'une grande importance pour attribuer à toutes ces maladies une origine parasitaire. MM. Coze etV.|Feltz, dans leurs très intéressantes lie cherches sur la présence des in/'usoires dans les maladies infectieuses, Strasbourg, 186- , décrivent plusieurs de ces infusoires : « Les Bactéries de l'infection putride et de l'infection typhoïde paraissent avoir des formes analogues avec des dimensions différentes. Elles appartiennent aux espèces Baclerium punclum de Dujardin et Baclerium Catenula du même auteur. La Bactérie putride mesure : largeur, 0""",()016; longueur, 0mm,004 à0""",0± La Bactérie typhoïde mesure : largeur, 0m,n,0()0là 0""",0008; longueur, 0mm,00-i à 0"im,01 en moyenne. Les Bactéries de l'infection varioleusc diffèrent des précédentes; elles se rapprochent beaucoup des espèces de Baclerium Terme- de Millier et Baclerium Bacillus de Pasteur. Elles mesurent : en épaisseur, 0""n,0003 à 0m'",001; en largeur, 0m,n,007 à 0mm,0I. La zone immobile est bien moins visible dans l'infection varioleusc, ce qui coïnciderait avec l'opinion que les bactéries de ce genre d'infection se détruisent ou meurent moins rapidement que les autres. » Plusieurs observateurs sont allés plus loin. On a donné aux bactéridies observées dans les maladies infectieuses diverses des noms génériques et spécifiques. On en a formé des classes. Toutes ces études son! lionnes, mais les conclusions sont prématurées. Ces êtres peuvent, sous diverses influences, changer d'aspect et de propriétés même, ce qui rend toute classification très difficile Ajoutons que nos instruments sont encore insuffisants pour étudier plusieurs de ces ôtres ultra-microscopiques, et qu'il faudra au même observateur de très longues études préparatoires pour ne point s'égarer dans cette branche de l'histoire naturelle à peine explorée.
nables pour détruire leur vitalité sans exercer d'action nuisible sur l'homme.
L'observation montre que les microbes des maladies contagieuses offrent de grandes différences au point de vue de la facilité de la transmission ; ces différences peuvent tenir à l'espèce animale, à la température du sang, aux races, aux idiosyncrasies, dont on n'a pu encore préciser les causes. On connaît des individus chez lesquels des inoculations successives de virus du vaccin sont toujours restées absolument sans effet. Une condition de résistance incontestable, c'est la préservation, après une première atteinte, pour plusieurs de ces affections.
Quand on aCIirme la préservation d'une maladie contagieuse pour cette cause, on dépasse, et de beaucoup, ce que l'observation nous a appris ; même pour les cas, comme la variole, la fièvre typhoïde où la préservation est généralement admise, il se présente de nombreuses exceptions. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les sujets atteints et guéris jouissent d'une immunité, non pas absolue, mais relative. Ajoutons cependant que si ces malades sont de nouveau envahis, les récidives présentent le plus souvent moins de gravité que les premières atteintes (I).
Il est d'autres maladies déterminées par le contage de microbes dont une première atteinte n'exerce aucune action de préservation, je citerai parmi les affections vénériennes la blennorrhagie et le chancre mou.
L'hygiène peut appliquer heureusement ces observations. Rien de mieux, lorsqu'il s'agit de donner des soins aux malades atteints de certaines maladies contagieuses (expeste, lièvre typhoïde, variole), de choisir des aides guéris de ces maladies dont une première atteinte détermine une immunité relative.
Quand on a enduré une de ces affections pour lesquelles on acquiert une immunité relative après une première atteinte, quelle sera la durée de cette immunité? Il serait difficile, dans l'étal actuel de la science, de répondre à cette question. Non seulement le temps de l'immunité est variable pour chaque maladie, mais encore pour chaque individualité. Je reviendrai sur celte question en parlant de la variole et de la vaccine.
Je professe depuis longtemps qu'on peut s'acclimater aux maladies contagieuses en subissant l'influence de microbes absorbés en quantité insuffisante pour faire éclater la maladie spécifique. Quand on a traversé plusieurs épidémies de choléra, de lièvre jaune, on est beaucoup moins exposé que les non acclimatés. Les habitants des grandes villes résistent mieux à l'invasion du microbe de la lièvre typhoïde, que les nouveaux arrivés. Il ne nous répugne pas d'admettre que l'accoutumance, une
(I) Il est plusieurs maladies contagieuses qui, après leur évolution normale, quand elle est suivie de guérison, ne s'accusent par aucune manifestation morbide (ex. : variole). Il en est d'autres au contraire fox. : sypliilisi qui peuvent être suivies pendant plusieurs années des manifestations morbides les plus diverses.
sorte (l'acclimatement, ou, en d'autres termes, l'action lente, graduelle du microbe, puisse produire dans l'organisme une modification analogue à celle qui résulte d'une brusque attaque, et qui rend inapte à ressentir une seconde fois l'influence de ce ferment de premier ordre.
Ces cas me paraissent correspondre assez exactement aux inoculations préventives à petites doses fréquemment répétées. Si la voie d'absorption est différente, le résultat final est le même ; c'est la préservation relative.
L'acclimatement ne peut signifier autre chose que la préservation relative par des absorptions successives des microbes. J'ai constaté la réalité de cette immunité pendant les longues années que j'ai demeuré à l'Hôtel-Dieu. La fièvre typhoïde, la variole n'ont, à ma connaissance, frappé aucun des membres (enfants, adultes qui vivaient depuis leur naissance ou de longues années dans ce foyer épidémique où les varioleux et les typhiques se succédaient continuellement).
J'ai connu deux enfants élevés dans ce milieu qui ont été absolument réfractaires à l'inoculation vaccinale ; peut-être s'agissait-il là de nuances d'idiosyncrasie.
Combien d'intérêt pratique offre pour chacune des maladies contagieuses virulentes ou miasmatiques tout ce qui se rapporte à la préservation à la suite d'une prem ière atteinte. Ce sujet se lie de la manière la plus intime aux éludes que je viens d'indiquer des inoculations préventives. Dans un avenir peut-être prochain, il surgira de ces recherches des applications hygiéniques dont la découverte de Jenner peut faire pressentir l'importance. « La réunion, dans un même groupe, des affections dont une première atteinte préserve relativement d'une seconde, sera, je l'espère, féconde en résultats pratiques. Si toutes ces maladies n'ont pas été transmises par inoculation quand elles sont transmises par l'air, c'est qu'on n'a pas jusqu'ici reconnu et inoculé le liquide spécifique ou virus ; avec des recherches suivies et bien dirigées, on doit y arriver. Si l'on veut bien réfléchir que jusqu'ici ces maladies transmises par inoculation sont infiniment moins redoutables que lorsque le microbe arrive par l'intermédiaire de l'air, on aperçoit une voie féconde ouverte à la prophylaxie. Les inoculations suivies de si beaux résultats dans les cas de variole, de péripneumomie contagieuse du gros bétail, du typhus des animaux, de clavelée, sont bien faites pour frapper I attention. » (Annuaire 1866.)
Pourquoi les dangers sont-ils beaucoup plus grands pour plusieurs maladies contagieuses, pour ne pas dire toutes, après le transport du microbe par l'air que par sa transmission par inoculation? Certes, voilà une question bien importante et dont la solution n'est pas facile. On peut cependant admettre comme explication très vraisemblable, que le microbe, si c'est une anaérobie qui a résisté à l'action du gaz oxygène,
•mis MODIFICATEURS. — SUBSTANCES NUISIBLES.
possède une vitalité plus grande et une puissance de propagation plus énergique que le microbe transmis par inoculation. A moins qu'on ne pense, ce qui paraît peu probable, qu'il s'est modilié sous l'influence de l'air. Le microbe aérobide, la maladie des poules (Pasteur, Bull. Ac. méd., 20oct. 1880), diminue au contraire de puissance sous l'influence de cultures en présence du gaz oxygène. Celle opposition me paraît fort remarquable; les anaérobies qui ne sont pas tuées par l'oxygène de l'air y prennent une puissance plus grande ; les aérobies, pour lesquels ce gaz est indispensable, s'affaiblissent par son aclion.
Pasteur el Toussaint ont fait, depuis que j'ai écrit ce qui précède, de nombreuses et très intéressantes observations sur les inoculations des bactéridies charbonneuses, des microbes de la maladie des poules. J'y reviendrai plus loin ; mais je dois dire, dès à présent, que dans ces éludes il s'agit d'inoculations préventives comme les Chinois en opéraient pour la variole, comme on l'a conseillé pour laclavelée, pour la syphilis, et comme Willems l'a pratiqué pour la péripneumonie exsudative du gros bétail, et nullement de vaccination comme les observateurs que je viens de citer ont cru pouvoir le dire. Dans tout ce qu'ils onl fait, il s'agit de la transmission d'un microbe identique ou d'un ferment du second ordre produit par ce microbe; mais le microbe de la vaccine diffère pour ses effets du microbe de la variole.
Reconnaissons cependant toute l'importance des études de Pasteur sur les moyens de diminuer la virulence des microbes charbonneux et de ceux de la maladie des poules : « on constate, dit-il (Comptes rendus Ac. se, 28 février 1881), ce fait extraordinaire que la bactéridie du charbon est dépourvue de virulence après huit jours de séjour à -42°, 43°; du moins les produits- de ses cultures sont inoffensifs pour le cobaye, le lapin et le mouton. On peut cultiver et conserver cet état inoffensif du microbe. » M. Pasteur compte l'inoculer et il espère obtenir une préservation opérée ainsi sans nul danger. Mais ce microbe inoffensif ne serait pas encore comparable au vaccin jennérien, car M. Pasteur a établi, dans le travail que je viens de citer, qu'en passant d'abord par des organismes très impressionnables et en s'élevant successivement à de plus résistants, on pouvait faire revenir la bactéridie inoffensive à sa virulence d'origine. Avec la vaccine, on ne reproduit pas le microbe de la variole.
Je suis loin de prétendre qu'on ne trouvera pas un jour de véritables vaccins, c'est-à-dire des microbes empruntés aux animaux, se rapprochant des microbes de nos maladies spécifiques, mais non identiques avec eux et jouissant de propriétés analogues à la vaccine. Il y a longtemps que, dans mes leçons, j'ai manifesté ces espérances. « Il s'agirait, disais-je (Annuaire 180(3, p. 318), de trouver des virus dont l'inoculation pourrait rendre des services du même ordre que ceux de la vaccine.
L'analogie du typhus contagieux du gros bétail avec notre fièvre typhoïde, de la maladie des poules avec les affections charbonneuses, de la péri pneumonie exsudative avec les aiïections croupales, mérite de fixer l'attention. Il est évident que la première chose à faire serait de s'assurer, par une série d'inoculations pratiquées sur les animaux, si la maladie ainsi communiquée est plus bénigne que celle transmise par l'air, comme cela s'observe pour la variole, la péripneumonie exsudative et d'autres affections. 11 serait indispensable, avant de rien tenter sur l'homme, d'être arrivé sur les animaux à une bénignité absolue de la maladie transmise. »
J'admets volontiers que ce sont des espérances que j'ai entrevues. Rentrons dans le domaine de l'observation acquise. Tous les médecins saventque les maladies miasmatiques contagieuses offrent pour chacune d'elles des différences considérables sous le rapport du pronostic, tantôt l'affection est des plus légères, tantôt elle apparaît avec une redoutable gravité. Gela dépend-il de la quantité, ou plutôt de modifications encore inconnues dans la nature du microbe agissant? Toujours est-il que, si l'on veut expérimenter les inoculations préventives, il sera indispensable de choisir des cas ne présentant aucune gravité, et ne pas oublier que les idiosyncrasies peuvent, sans que nous puissions en connaître la cause, modifier celte bénignité relative, et que des cas d'une extrême gravité succèdent et s'associent souvent à des cas les plus légers.
Quelles sont les voies d'absorption des microbes des maladies contagieuses ? Pour les maladies virulentes, l'absorption a lieu soit par inoculation, soit par les muqueuses ou quelques parties de la peau modifiées. Pour les microbes contenus dans les miasmes spécifiques et transmis par l'air, la voie d'absorption la plus probable et de beaucoup est l'absorption par les poumons, On comprend qu'elle puisse avoir lieu pour certains microbes par l'eau ingérée ou même par les autres aliments. D'où le précepte, en temps d'épidémie grave, de ne boire que de l'eau après l'avoir fait bouillir comme les Chinois (voy. p. 193) et faire cuire tous les autres aliments.
Comment les microbes des maladies spécifiques nous arrivent-ils ? Voilà une question de la plus haute importance. La première hypothèse, confirmée par un grand nombre de faits, c'est que chacun d'eux appartient à une espèce qui se propage par succession. Pour plusieurs de nos maladies contagieuses, celle hypothèse, qui vient la première à l'esprit, s'appuie sur des arguments d'une telle puissance (variole, rougeole, scarlatine, syphilis, etc.), qu'on peut la regarder comme démontrée. Pourles maladies que je viens de nommer, l'époque de l'invasion, moderne relativement, pourrait faire croire à une évolution récente. Mais on peut admettre avec vraisemblance que ces microbes existaient dans quelques parties du globe, ou sur les hommes, ou sur les animaux.
qu'ils ont été importés et qu'ils se sont acclimatés chez nous, comme l'ont l'ait, de notre temps, les parasites microscopiques générateurs des maladies de la vigne et de celle des pommes de terre.
La distinction que j'ai faite des maladies contagieuses dont les loyers primitifs s'éteignent : peste d'Orient, typhus fever, lièvre récurrente,, typhus des animaux, lièvre jaune, choléra, dysenterie ; des maladies à foyers diffus et permanents : variole, rougeole, scarlatine, lièvre typhoïde, est capitale en hygiène publique; elle a aussi de l'importance dans la question qui nous occupe.
Il est bien difficile, pour plusieurs maladies contagieuses, d'admettre la conservation pour ainsi dire indéfinie du microbe générateur. Je ne citerai que deux exemples sur lesquels je reviendrai. Le typhus fêter apparaît sûrement toutes les lois que des individus rudement éprouvés par la famine sont encombrés (voy. plus loin). Gela est arrivé en Algérie lors de la dernière famine, comme je l'avais prévu et annoncé. Faut-il croire que le microbe générateur s'est conservé sur place pendant une longue suite d'années, et qu'il existe partout, ou plutôt qu'il se développe dans certaines conditions données (voy. plus loin), sous l'influence de transformations de cellules ou d'autres microbes? Je puis appliquer le même raisonnement à la peste d'Orient. Proust a très nettement établi que cette maladie avait éclaté dans des localités où toute communication avec des pestiférés était impossible. Pasteur admet que les microbes atténués de la peste, du typhus fever, etc., existent partout, et qu'ils deviennent dangereux dans des conditions détermineés (loc. cit., p. 434) : « Sans nul doute, dit-il, les germes des microbes, auteurs de ces dernières maladies, sont partout répandus. L'homme les porte sur lui ou dans son canal intestinal, sans grand dommage, mais prêts également à devenir dangereux, lorsque par des conditions d'encombrement et de développements successifs dans des corps affaiblis, leur virulence se trouve progressivement renforcée. » Ces corps affaiblis, ruinés par la misère physiologique, se rencontrent dans tous les pays; si les germes de la peste du typhus fever se trouvaient partout, on devrait voir apparaître des cas sporadiques de ces maladies. L'observation nous démontre le contraire. Arrivons à des maladies que nous pouvons observer. La morve se communique par contagion, mais elle se développe aussi chez les chevaux qui subissent l'influence de la misère physiologique. La phthisie pulmonaire naît aussi sous l'influence de la continuité de la misère physiologique, mais elle peut se transmettre par inoculation aux animaux, d'après les expériences de Yillemin, professeur au Val-de-Gràce.
Il est bien difficile d'admettre que, pour la genèse de la rage chez les carnivores, la morsure d'un animal enragé soit toujours nécessaire. Je pourrais multiplier les exemples dans lesquels l'hypothèse de la pro-