‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 272 sur 371 · MALADIES CONTAGIEUSES. — M1CUODES. — VIRUS · texte numérisé non relu

MALADIES CONTAGIEUSES. — M1CUODES. — VIRUS

duction des microbes spécifiques par suile de transformations de cellules ou d'autres microbes, paraît la plus vraisemblable.

Les accidents si variés, les modifications si durables que subit l'économie par suite d'une maladie déterminée par l'invasion de microbes, sont-ils dus aux microbes eux-mêmes ou à un forment de deuxième ordre sécrété par eux? Les deux suppositions peuvent être exactes pour des microbes différents. Nous aurons à revenir sur cette question qui a une grande importance au point de vue de la prophylaxie; en effet, il s'agira de décider si l'on a à s'attaquer à un ferment du premier ordre ou du second.

Je vais reproduire la classification que j'ai donnée des maladies virulentes et de celles à miasmes spécifiques, puis j'aborderai l'étude des questions spéciales les plus importantes au point de vue de l'hygiène.

Virus. — Le mot virus vient du latin virus, qui signifie poison, humeur. Produit chez l'homme et chez les animaux par une maladie, il reproduit, quand il est reçu et élaboré par l'organisme vivant, uno maladie semblable à celle qui lui a donné naissance.

Si les microbes que les virus contiennent n'ont pu être rigoureusement définis et figurés pour toutes les maladies virulentes, cela tient à l'insuffisance de nos moyens d'observation, car la propagation de ces maladies ressemble trop à celle où la présence des microbes a été constatée pour ne pas reconnaître une cause du même ordre. Voici comment j'ai classé les principaux virus :

1er genre. — Affections virulentes qui se sont développées primitivement, soit chez l'homme, soit chez des animaux qui l'ont transmise à l'homme, mais qui, depuis leur première génération, ne se reproduisent plus que par contagion : 1° syphilis; 2° variole; 3° rougeole; 4° scarlatine.

2e genre. — Affections virulentes qui se sont développées primitivement soit chez l'homme, soit chez des animaux qui l'ont transmise à l'homme. Dans l'un et l'autre cas, se transmettent par inoculation : 1° pourriture d'hôpital; 2° infection purulente (fièvre septicémique), variétés : À. certaines formes de fièvre puerpérale; B. certaines piqûres anatomiques; 3° tuberculisation; 4° pian; 5° lèpre.

3e genre. — Affections virulentes développées primitivement chez les animaux, transmissibles à l'homme par inoculation : 1° vaccine ; 2° rage ; 3° morve: a. aiguë, b. chronique; 4° larcin : a. aigu, b. chronique; 5° infection charbonneuse.

4e genre. — Maladies nées chez les animaux et transmissibles jusqu'ici par inoculation aux animaux seulement : 1° péri pneumonie contagieuse du gros bétail; 2° typhus contagieux; 3° piétain; 4° clavelée; 5° maladie des poules, etc. On a conclu que ces maladies inoculables aux animaux ne se transmettaient pas à l'homme, de ce

MODll'lCATEUHS. — SUBSTANCES NUISIBLES.

l'ait, que des expérimentateurs qui se sont blessés en pratiquant des autopsies des animaux morts de ces maladies, sans avoir pris aucune précaution, n'en ont éprouvé aucun eiïet appréciable. C'est peut-être se prononcer un peu vite. Sans doute, l'inoculation est possible chez les animaux avec des liquides qui ne manifestent aucune action sur l'homme, mais si l'on inoculqit le virus accumulé dans les parties du corps, non encore déterminées, où il se produit, le résultat serait-il toujours négatif?

Miasmes spécifiques. — Je donne ce nom aux particules matérielles qui, enlevées d'un individu malade et transmises par l'air à un individu sain, peuvent lui communiquer une affection semblable à celle dont le malade d'où émanent ces particules était affecté. Ce mode de transmission ne répugne d'aucune manière à la ra;son; il suffit, pour s'en convaincre, de remarquer les innombrables poussières qui voltigent dans l'air en apparence le plus pur; de voir que l'épiderme d'un homme sain, comme celui d'un homme malade, en s'exfoliant, peuvent répandre dans l'air des particules d'une grande ténuité; que la vapeur d'eau qui s'exhale continuellement de nos poumons entraine des matières organiques; et, d'une autre part, qu'à chaque inspiration, on introduit dans les poumons une masse d'air qui peut contenir des particules imprégnées de ces microbes spécifiques. Des gens qui voient du merveilleux partout nous diront : mais puisque vous êtes convaincu de l'existence matérielle des miasmes, démontrez-en la présence par des moyens chimiques? Qu'on donne à ces sceptiques des particules, des virus : vaccin variolique, syphilitique; des venins de la vipère, de la diastase, de la gasterase, et je leur demanderai si, quoique ces matières tombent bien sous nos sens, ils pourront les caractériser autrement que par leurs effets, ou par leurs caractères microscopiques, et si l'analyse chimique leur servira réellement? Le corps de l'homme sain est le réactif qui décèle la présence et la spécificité d'action des miasmes spécifiques, de ces ferments si variés que l'air transmet incessamment à nos poumons. « Nier aujourd'hui les miasmes, dit avec tant de raison mon ami lîequin, par cela seul qu'ils ne tombent pas sous nos sens, c'est imiter certains philosophes anciens qui niaient que l'air fût une matière, parce que de leur temps on ne pouvait ni le peser ni le coercer. Peut-être ces philosophes-là regardaient dédaigneusement, comme de pauvres songecreux, ceux qui croyaient à la matérialité de l'air d'après les effets du vent. Eh bien ! les progrès de la physique ont donné raison à ces songe-creux. Espérons qu'il viendra un jour où, avec des instruments plus parfaits et plus délicats que ceux d'aujourd'hui, le microscope démontrera directement la réalité de ces miasmes qui ne se révèlent encore qu'à l'esprit par leurs effets sur l'organisation animale. » ,1e fais un pas de plus que. mon ami Requin, et je dis : l'existence de particules

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matérielles excrétées par un malade, absorbées par un individu sain auxquelles elles communiquent la même maladie que celui dont elle émane, ne saurait être niée. C'est une action si complètement analogue à celle des virus, que se refuser à croire à l'identité des causes, c'est pour ainsi dire nier l'évidence. Le virus est sous forme liquide, le miasme spécifique sous forme de poussière ténue que l'air transporte. Je n'ai pas besoin d'invoquer la chimie pour nous donner les moyens de distinguer ces matières. Le véritable réactif c'est le corps de l'homme, les manifestations de la maladie spécifique, voilà les réactions dont le médecin a constaté tous les détails avec une merveilleuse minutie. L'étude des virus a jeté et jettera la lumière la plus vive sur l'étude des miasmes spécifiques.

Énumération et classification des principales maladies à miasmes spécifiques. — Certes, je suis loin de prétendre que l'énumération que je vais faire est complète; comme pour les maladies déterminées par les virus, je ne choisis que les exemples les mieux connus, surtout pour ce qui a trait aux maladies des animaux.

1er genre. — Maladies à miasmes spécifiques avec manifestations caractéristiques du côté de la peau. — La variole, la rougeole, la scarlatine; elles se transmettent également par inoculation. L'érysipèle contagieux se transmet par un miasme spécifique, dont la genèse paraît liée à celle de l'infection purulente, qu'il faut peut-être aussi ranger, dans quelques cas rares, parmi les maladies à miasme spécifique de même que la pourriture d'hôpital, l'ophthalmie purulente, la fièvre puerpérale. La grease du cheval, le coivpox de la vache, transmissibles, presque toujours, par inoculation, peuvent également, mais dans des conditions exceptionnelles, se transmettre par miasmes spécifiques.

2e genre. — Maladies à miasmes spécifiques avec manifestation du côté de l'appareil respiratoire. — Coqueluche, grippe; péripneumonie exsudative du gros bétail (se transmet aussi par inoculation du suc du poumon, Willems) ; à cette maladie du gros bétail il faut réunir les affections diphthéritiques. Le croup et les affections diphthéri tiques peuvent se transmettre soit par l'intermédiaire de l'air, soit directement par inoculation.

3e genre. — Affections miasmatiques avec manifestations du côté du gros intestin, — Dysenterie contagieuse. Les foyers s'éteignent. Les conditions qui paraissent à des degrés divers favorables à la formation de foyers primitifs sont l'encombrement, les privations, la putréfaction des matières fécales, les effluves des marais, la température élevée, les brusques variations de température. Les matières fécales des dysentériques paraissent contenir le microbe ou le ferment spécifique.

4e genre. — Maladies pestilentielles et typhiques. —1° Peste d'Orient*

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Les foyers primitifs se forment sous les influences de la misère, de l'encombrement, d'influences palustres locales; ils s'éteignent. — 2? Typhus f&cer. Les foyers primitifs naissent sous la double influence de la famine, ou de la misère physiologique poussée jusqu'à l'exténuation et de l'encombrement; ils s'éteignent. — 3° Fiètre jaune. Les foyers primitifs se forment par suite de l'encombrement, de la misère et d'influences palustres locales; ils s'éteignent. — 4° Fièvre typhoïde. .Maladie à miasme spécifique diffus et permanent dans nos grandes villes des pays tempérés. Je n'oserais affirmer que de nouveaux foyers se forment spontanément de nos jours et encore moins dire sous quelles influences ils se produisent. Si de nouveaux foyers ne se forment pas, la fièvre typhoïde se rapprocherait de la variole, de la scarlatine et de la rougole, par ce caractère étiologique. — 5° Typhus contagieux des (lui maux:, Nait chez une race spéciale de bœufs, sous l'influence de l'encombrement, de privations, d'influences palustres locales, se transmet par miasme spécifique et par inoculation. — 6° Choléra. Les foyers primitifs se forment par suite de l'encombrement, de la misère et d'influences palustres locales; ils s'éteignent. Les matières fécales des cholériques paraissent contenir, comme pour la dysenterie contagieuse, le ferment spécifique. Je termine ici cette énumération que la difficulté du sujet m'a forcé à rendre incomplète. Certes, il n'est pas en médecine de questions plus belles, elles nous intéressent tous par le nombre de victimes que ces graves affections moissonnent; elles intéressent surtout le médecin qui doit diriger la santé de grandes réunions d'hommes; toutes choses égales, les maladies miasmatiques enlèvent infiniment plus de soldats que d'habitants des campagnes.

Virus (Microbes des virus). Principales maladies déterminées par eux. — Je viens d'énumérer les principales maladies déterminées par les microbes des virus; elles sont, à n'en pas douter, beaucoup plus nombreuses qu'on ne pense. Plusieurs affections, q.u'on ne considère pas comme contagieuses, parce qu'on n'a pas propagé les microbes de leur virus,, le sont certainement. J'ai toujours regardé les boutons d'Alcp, de Biskra, etc., comme des maladies qui devaient être contagieuses par inoculât ion, par le fait qu'une première atteinte préserve d'une nouvelle. M. Vidal a eité des maladies éraptives qui n'étaient pas reconnues comme contagieuses, et qui cependant peuvent se transmettre par inoculation. M. Pasteur a fait la même observation pour certains furoncles. Je ne doute pas que ce cadre s'élargisse beaucoup. Une des ma'-vlies qu'il faudra y comprendre sera la lèpre (tov. p. et Appendice, p. lx.vwii). Nous allons revenir sur les affections virulentes ou miasmatiques qui nous offrent le plus d'intérêt au point de vue de

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