MALADIES CONTAGIEUSES. — VIRUS. — ONUBON. 9US
l'hygiène, en commençant par les maladies charbonneuses, qui sont ('■ri de m mont parasitaires.
Charbon. Affections charbonneuses. Pustule maligne, etc. (Barillas anthracis). — A propos des viandes (p. 227 et -232), j'ai parlé des maladies charbonneuses, mais je dois revenir sur cette question très intéressante en hygiène. Ces affections se développent souvent épidémiquement chez les bœufs, les chevaux, les porcs, les chèvres, mais surtout chez les moutons; elles sont transmissibles des animaux à l'homme : 1° par inoculation; 2" par l'ingestion de chairs crues; 3° parles poussières (Layet). Ce sont les études sur les animaux qui nous ont fait connaître des manifestations spéciales de ces maladies autres que la pust ule maligne ; ces maladies ont été depuis observées chez l'homme, et leur histoire s'agrandira. Rien ne prouve mieux la grande utilité de la médecine comparée.
Je professe depuis longtemps qu'il existe trois formes distinctes de l'affection charbonneuse : 1° La maladie part de la partie contaminée, pour envahir toute l'économie : c'est la pustule maligne. 2° Absorbé soit par l'appareil digestif, soit autrement, le microbe s'irradie dans l'économie, puis se localise : c'est Y anthrax malin ou le charbon symplomatique (1). 3° II ne se manifeste rien de spécial du côté de la peau, mais le microbe se propage dans le sang, et envahit en nombre infini tout l'organisme : ce sont les fièvres charbonneuses de diverse nature, le sang île rate, etc. De toutes les affections charbonneuses, celle qui, au point de vue delà médecine humaine, a le plus fixé l'attention, est la QWfàote mwlftgm; qui a été bien étudiée par Chaussier et Enaux. Après l'inoculation du microbe, le temps d'évolution varie de quelques heures à trois jours. Pour les autres manifestations de l'infection charbonneuse, elles apparaissent souvent beaucoup plus tard ; les phénomènes graves précèdent ordinairement la mort de deux jours. Dans la pustule maligne, on remarque d'abord une tache rouge obscure, puis une vésicule séreuse à laquelle succède un tubercule grenu lenticulaire qui s'irradie; la teinte noire de la peau se prononce par suite de la gangrène suivie d'eschare. De la première invasion à la rupture des vésicules, il s'écoule de vingt-quatre à trente-six heures ; de la conversion de la phlyctènc m cschare, deux à trois jours. La durée de l'intoxication charbonneuse peut être de quatre jours ou plus longue. En voici les principaux symptômes : Du eôté de l'appareil digestif, des borborygmes, des nau-
(1) Il est entré cette année, à l'Uôtel-Dicu un jeune boucher qui a succombé aux suites d'une affection charbonneuse; on n'a pu constater rigoureusement la porte d'entrée du microbe. Le malade a présenté, sur une des joues, une tumeur offrant les caractères d'un anthrax malin, sans qu'aucune érosion primitive ait été remarquée. Je serais porté à croire que l'affection qui a emporté cet homme était duc à l'ingestion de viandes charbonneuses crues ou mal cuites.
sées, des vomissements; la langue sèche, la soif ardente; souvent il survient une diarrhée fétide. La sueur est visqueuse: accès irréguliers de fièvre. La respiration est anxieuse, difficile, puis l'asphyxie terminale. On note souvent du délire, de la lipothymie, du coma, la cyanose du visage, des hémorrhagies internes, un écoulement de sang après la mort.
Tous ces graves accidents sont produits par l'invasion d'une bactéridie observée par Delafond en 1853, mais scientifiquement étudiée par Davaine en 18G3, qui pratiqua 137 inoculations, puis par Kock (Revue scientifique, 23 janvier 1877), qui décrivit avec soin le Bacillus anthracis (voy. les figures, p. 232). Ce sont des filaments de 1 1 à 12 millièmes de millimètre, et atteignant en longueur jusqu'à 5 centièmes de millimètre. Le nombre des microbes est variable ; on en observe quelquefois des myriades, d'autres fois ils sont relativement rares. Les globules du sang infecté ont la propriété de s'agglutiner comme dans plusieurs maladies contagieuses.
Pasteur et Joubert ont publié (30avril 1877, Comptes rendus de VAcad. des sciences) un travail important sur la maladie charbonneuse. Ils ont réalisé dans les verres à expériences la multiplication de la bacléridie spécifique. Tous les liquides nourriciers peuvent être utilisés, même les liquides artificiels minéraux. Un de ceux qui conviennent le mieux pour cet objet est l'urine neutre ou un peu alcaline. MM. Pasteur et Joubert ont prouvé, par des expériences très délicates de filtration, que c'est la bactéridie qui est le véritable moteur de la maladie charbonneuse et non un ferment diastasique sécrété par elle; mais il se pourrait cependant que l'action nuisible soit produite par ce ferment du second ordre. On a avancé que le Bacteris anthracis tuait par lui-même, en absorbant tout l'oxygène nécessaire à la vie des globules sanguins, comme pour la maladie des poules.
Comment peut-on expliquer le développement et la propagation de la bactéridie charbonneuse chez les troupeaux ? L'hypothèse la plus probable est celle qui consiste à admettre que ses germes peuvent se conserver longtemps. M. Pasteur a eu l'ingénieuse idée (Comptes rendus Ac. se, 12 juillet 1880), qu'il a expérimentalement établie : que les corpuscules germes, ou spores de la batéridie charbonneuse qui se trouvent dans les cadavres des animaux enfouis dans le sol, peuvent remonter à la surface avec les vers de terre, puis se répandre dans les herbes et infecter ainsi les animaux qui paissent ces herbes. Cette observation démontrerait l'excellence de la pratique qui consiste à recouvrir les cadavres des animaux morts du charbon d'une couche épaisse de chaux, après les avoir enfouis à une grande profondeur. M. Pasteur ajoute avec raison qu'il ne faut jamais les enfouir dans les champs destinés au parcage des moutons, mais dans des terrains sablonneux ou calcaires