MALADIES CONTAGIEUSES. - BACTÉRIDIBS CHARBONNEUSES
très maigres, d'une dessiccation facile et peu propres, en un mol, à la vie des vers de terre.
M. C. Leblanc n'admet pas que la présence des germes des bacléridies contagieuses soit due uniquement à L'habitude d'enfouir les animaux dans les champs. « Lorsque, dit-il (Archiv. génér. de méd., mai 1880), un troupeau en proie au sang de rate émigré dans une contrée indemne, et lorsqu'il est placé dans des prairies à sol frais et humide, il perd dans les premières semaines quelques animaux, puis, sans un autre traitement, la maladie cesse et la contagion n'a plus d'effet; on enfouit les animaux morts dans ces prés et l'année suivante on fait parquer d'autres troupeaux sans que le charbon apparaisse sur les animaux. En revanche, le troupeau considéré guéri, ramené au lieu de naissance de la maladie, se trouve en proie à de nouvelles pertes, uniquement parce qu'il est soumis à l'alimentation par les fourrages poussant sur ce sol dangereux. Il faut donc admettre que certains sols ne sont pas aptes à conserver les germes, et que d'autres, au contraire, ont la propriété de les garder pendant des mois et des années sans modification. Nous en revenons alors à accepter que le charbon est une maladie spéciales certaines contrées, opinion admise par l'ancienne médecine, et que la nature du sol doit être invoquée comme cause, aussi bien que la qualité des plantes récoltées. »
M. Pasteur donne une explication de cette anomalie en disant : que les corpuscules germes ne peuvent remonter à la surface du sol qu'entraînés par les vers de terre, et que ces derniers ne vivent pas également dans tous les terrains.
Deux hypothèses peuvent être admises pour expliquer l'influence de l'alimentation : la première, que des microbes ou leurs germes sont absorbés avec les aliments; la seconde, c'est que chez ces moutons modifiés par une alimentation spéciale, des cellules transformées peuvent donner naissance au Bacillus anthracis. Mais je l'avoue, cette dernière hypothèse me parait absolument détruite par le fait delà constatation, par M. Pasteur, de germes actifs de la bactéridie charbonneuse dans la terre remontée à la surface du sol par les vers de terre. On admettait que les animaux surmenés qu'on conduisait jadis de loin à l'aide de marches forcées aux marchés de Sceaux et de Poissy avant l'établissement des chemins de fer, présentaient des cas assez nombreux d'infections charbonneuses. Il est probable qu'on créait ainsi par un changement de la température du sang de l'animal une condition favorable au développement rapide du Bacteris anthracis.
La propagation de la bactéridie charbonneuse des animaux à l'homme, comment s'effectue-t-elle ? De trois façons, selon moi : 1° par inoculation ; 2° par ingestion de viandes charbonneuses crues ; 3" par l'air. Nous allons examiner ces trois modes; mais auparavant, indiquons les
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professions qui ont présenté le plus grand nombre de pustules JwMpjrm : les pâtres, les bouchers, les fermiers, les équarrisseurs, les porteurs a la balle de viande à la criée, les tanneurs, les mégissiers, les matelassières et les ouvrières travaillant le crin importé de Buénos Ayresou de Russie; en France, les contrées qui donnaient le plus grand nombre de ces malades étaient la Beauce, la Sologne, la Bourgogne, la Lorraine, le Dauphiné, le Languedoc.
Pour la transmission par inoculation, elle peut avoir lieu, comme nous avons vu à l'IIôtel-Dieu plusieurs exemples depuis quelques années, par le fait de viandes charbonneuses que les porteurs de la viande à la criée ont transporté sur leurs épaules nues présentant quelque légères érosions. On admet aussi depuis longtemps que les peaux fraîches d'animaux charbonneux peuvent transmettre par inoculation le Baccilus anthracis aux tanneurs qui les manient. Jadis, c'était à la Pitié qu'étaient reçus presque tous ces malades, parce que cet hôpital est dans le voisinage des tanneries. Aujourd'hui c'est à l'IIôtel-Dieu. Cet hôpital est à proximité des Halles, siège de la vente des viandes à la criée (voy. p. 228). On admet que la bactéridie charbonneuse peut êtreinoculée par des mouches; on doit accuser de ce maléfice, non des mouches, mais d'autres diptères, les Stomoxes deFabricius. Il en existe trois espèces aux environs de Paris (Cono})S irritans, ealcitrans, yrisea L.).
Du sang ou d'autres liquides contenant la bactéridie, appliqués sur la peau, présentant des fissures, des écorchures, peuvent transmettre la maladie.
L'introduction, dans l'appareil digestif, de viandes crues ou mal cuites d'animaux atteints de maladies charbonneuses, peut présenter des dangers sur lesquels j'insiste depuis longtemps. On ne saurait rester indifférent à cette question en présence de la prescription si fréquente de viandes crues et la vente à la criée de quartiers d'animaux charbonneux (p. 228). Heureusement que c'est la viande de mouton qui est ie plus souvent infectée, et nous prescrivons ordinairement la viande de bœuf. Les viandes charbonneuses cuites, quoique parfaitement innocentées par Renaud, ont été accusées de produire du dégoût, des nausées, des vomissements, une diarrhée fétide. Yeyssiere a observé deux cas de terminaison fatale chez un vieillard et chez un enfant. Plusieurs faits du même ordre sont souvent indiqués dans des journaux des départements, mais sans contrôle suffisant. Il se peut aussi que, dans ces cas funestes, les victimes aient ingéré de la viande charbonneuse non suffisamment cuite pour détruire le Bacteris anthracis. Voici des fails mieux observés qui indiquent que les germes de la bactéridie peuvent s'introduire dans l'économie, ou par l'appareil digestif, ou parles voies respiratoires.