MALADIES CONTAGIEUSES. - CHARBON. - MALAD. DES POULES
faits observés n'a rien d'absolu, elle n'est que relative comme la préservation après le fait d'une première atteinte de variole , de fièvre typhoïde. Combien de temps cette immunité durera-t-elle? On ne peut encore répondre à cette question: toujours est-il qu'il ne faut pas donner a cette opération le nom de vaccination, maisbien, comme le faitM. Chauveau, celui A' inoculation, car c'est une bactéridie identique qu'on transmet, et non pas, comme dans la vaccine, une bactéridie modifiée ou différente.
M. Toussaint croit pouvoir opérer une vaccination contre le charbon. (Toussaint, Bull. Ac. mâd., 3 août 1880), en employant un liquide ne contenant plus de microbe vivant. Le sang défibriné, est dit-il, chauffé à 55° pendant dix minutes, ce liquide privé de bactéridies est inoculé (3 centimètres cubes). Il est nécessaire, pour assurerl'innocuité, de faire plusieurs inoculations et d'attendre douze à quinze jours. Il faut ce temps pour que le ferment du deuxième ordre préservatif manifeste sa puissance. Ne restait-il aucun microbe vivant? Cela est évident pour moi et pour M. Pasteur; il ne s'agirait donc que d'inoculation à petites doses.
Les expériences de Pasteur que j'ai citées (p. 908) présentent un intérêt plus grand. Par des procédés de culture spéciaux il est parvenu à obtenir et à cultiver nn microbe charbonneux inoffensif. L'inoculation de ce microbe amènera-t-elle une préservation relative ou absolue ?
Poules. Maladies, des poules et autres animaux de basse-cour. — Des épizooties attaquant les animaux de basse-cour ont été surtout observées, pendant les années 1832-1849, à l'époque de l'invasion du choléra en France, d'où le nom de choléra des poules qui a prévalu. J'ai toujours rapproché dans mes cours cette maladie des affections charbonneuses. Elle est très contagieuse, on a vu 1200 animaux sur 1500 périr en trois jours. La mortalité est plus grande pendant la nuit. Cette maladie a été bien étudiée par Renaud et Heynal. Ce qui me l'a fait rapprocher des affections charbonneuses, c'est qu'elle se communique à plusieurs espèces, par l'ingestion de la viande crue, et que le sang est modifié comme dans le charbon et la septicémie expérimentale. Le premier symptôme du mal est de la tristesse ; la crête est penchée, violacée. Ces volailles excrètent une salive mousseuse, la diarrhée est fréquente ; elles éprouvent de la somnolence, des convulsions, du coma. La durée apparente de la maladie est souvent très courte. Elle se transmet par inoculation du sang, de la rate, du sperme, de la sérosité du péricarde, etc., d'un animal à la poule, au chien, au lapin ; ce dernier meurt après trente-cinq heures, le chien soixante-deux heures, un cheval meurt en trente-huit heures; elle ne se transmet pas à l'homme, au porc, au mouton. Des poules qui ingèrent de cette viande crue hachée, périssent; suivant Kenaud et Heynal, elle n'infecte pas l'homme. J'avoue, malgré
m MODll'ICATKUKS. — SI 1JSTANŒS NUISIBLES.
leur MiloiiUi, que je proscrirais un pareil aliment, Pasteur a l'ail sur la maladie des poules d'importantes études que je vais rapidement résumer, car elles ouvrent des horizons nouveaux à 1 etiologie et à la prophylaxie.
11 a démonlré,ee qu'on pouvait pressentir, que la maladie était produite par un organisme microscopique, lequel, d'après le Dictionnaire de Zundel, aurait été soupçonné, en premier lieu, par Al. Moritz , véi.;rinaire de la haute Alsace, puis mieux figuré eu 1878 par Peroncilo, vétérinaire de Turin, et enfin retrouvé en 1879 par M. Toussaint.
L'urine neutralisée, si utilement employée pour cultiver le microhe charbonneux, ne convient pas, selon Pasteur, pour le microbe des poules. Un milieu de culture merveilleusement approprié à la vie du microbe de la maladie des poules est le bouillon de muscles de poules, neutralisé par la potasse et rendu stérile par une température supérieure a 400 degrés (110 à 115°). La facilité de multiplication de l'organisme microscopique dans ce milieu de culture tient du prodige. Eu quelques heures le bouillon le plus limpide commence à se troubler et se trouve rempli d'une multitude infinie de petits articles d'une ténuité extrême, légèrement étranglés à leur milieu et qu'à première vue on prendrait pour des points isolés. Ces articles n'ont pas de mouvement propre. En quelques jours ces êtres, déjà si petits quand ils sont en voie de multiplication, se changent en une multitude de points si diminués de volume que le liquide de culture, troublé d'abord jusqu'à être presque laiteux , devient à peine louche par la présence de points d'un diamètre non mesurable avec rigueur, tant il est faible.
Le microbe de la maladie des poules est une aérobie qui paraît déterminer la mort par asphyxie en s'emparant de l'oxygène nécessaire à la vie des globules du sang.
Voici une observation très intéressante de Pasteur, qui prouve que le microbe des poules sécrète un ferment du second ordre ayant des propriétés somnifères « Lorsqu'on injecte sous la peau d'une poule en très bonne santé l'extrait d'une culture filtrée du microbe, correspondant à un développement très abondant du parasite, la poule, après un désordre nerveux qui se dissipe en un quart d'heure et quelquefois se manifeste simplement par une respiration un peu haletante et un mouvement du bec qui s'ouvre et se referme à courts intervalles, la poule, dis-je, prend la forme de boule, reste immobile, refuse de manger et éprouve une tendance au sommeil des plus prononcées, comme dans le cas de maladie par inoculation du microbe. La seule différence consiste en ce que le sommeil est plus léger que dans la maladie réelle : la poule se réveille au moindre bruit. Cette somnolence dure environ quatre heures ; après quoi la poule redevient alerte. »
M. Pasteur a démontré que, pardes inoculations atténuées, on peut préserver les animaux des atteintes mortelles d'une inoculation ultérieure.
M AI -AD. CONÏAG. - MALADIE DES l'Ol ÏÏJM. - SEPTICÉMIES. 923 C'est un fait conforme à ceux observés pour d'autres inoculations (variole, peripnoumonie GOCffitagiguse et typhus du gros bétail). Voici eau quels termes M. Pasteur expose les résultats généraux de ces inoculations :
« La diminution de virulence se traduit J'asleur, llull. Ac. vieil.. 10 févr. 1883), dans les cultures, par un faible retard dans le développement du microbe ; mais au fond il y a identité de nature entre les deux variétés de virus. Sous le premier de ses états, 1 état très infectieux, le microbe inoculé peut tuer vingt fois sur vingt. Sous le second de ses états, il provoque vingt fois sur vingt la maladie et non la mort. Ces laits ont une importance facile à comprendre : ils nous permettent en effet de juger, en ce qui concerne la maladie qui nous occupe, le problème de sa récidive ou de sa non-récidive. Prenons quarante poules, inoculons-en vingt avec un virus très virulent : les vingt poules mourront. Inoculons les vingt autres avec le virus atténué, toutes seront malades, mais elles ne mourront pas. Laissons-les se guérir et revenons, ensuite, pour les vingt poules, à l'inoculation du virus très infectieux: cette fois il ne tuera pas. La conclusion est évidente : la maladie se préserve elle-même. Elle a le caracLère des maladies virulentes, maladies qui ne récidivent pas. » Par des cultures successives sous l'influence de l'action de l'oxygène, la virulence diminue considérablement (Bull. Ac. m éd.? 26 sep. 1880).
De ses études M. Toussaint conclut à l'identité de la septicémie expérimentale avec la maladie des poules (C. R. Ac. se, 2 août 1880), d'après l'analogie des symptômes de cette maladie avec ceux de la septicémie expérimentale, et de l'identité des lésions, il pense avoir constaté par l'observation l'identité des microbes. Ils appartiennent au même ordre d'espèce; pour conclure à l'identité, de nouvelles études me paraissent absolument nécessaires, d'autant plus que le microbe de la maladie des poules est aérobie et que celui de la septicémie est une .anérotxie.
Septicémies. — Ce sont des maladies contagieuses déterminées par l'inoculation de microbes existant habituellement dans des liquides animaux altérés. Il n'est pas en pathologie et en hygiène de questions plus intéressantes que celles qui se rapportent à ce sujet. Je regarde comme très vraisemblable que sous Je nom de septicémie, nous confondons plusieurs maladies voisines, mais que l'on saura distinguer par des études plus approfondies.
L'observation mous a appris quels dangers marchaient à la suite de certaines piqûres anatomiques; elle nous a également montré que la lièvre contagieuse des femmes en couches, l'infection purulente des salles de chirurgie, étaient des maladies des plus redoutables. Toutes ces mani- I festations morbides tiennent à des causes du même ordre , mais il est
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prématuré de conclure à l'identité et à confondre toutes ces maladies sous le litre commun de septicémie. Etudions très rapidement d'abord la septicémie expérimentale, puis nous parlerons des maladies qui s'en rapprochent.
Septicémie expérimentale. — Un grand nombre d'observateurs ont fait des recherches sur la septicémie expérimentale. Je prendrai surtout pour guideles publications de Davaineetde Pasteur. Si l'on pratique chez des lapins ou des cobayes, des injections sous-cutanées de sang putréfié par le fait de vingt-quatre heures de conservation à une température oscillant entre 15 et 35 degrés, des accidents morbides les plus graves apparaissent. Le sang des animaux qui ont succombé, outre les globules normaux, contient souvent en nombre considérable desbactéridies mobiles et immobiles. De très petites doses sont nécessaires pour produire ces eflets, et en passant dans des organismes infectés, il faut des quantités merveilleusement minuscules pour tuer des animaux bien portants.
Par la culture on obtient, selon Pasteur, un vibrion septique tuant à 1/2000* de goutte, et le sang et la sérosité de l'animal mort acquièrent sur-le-champ une virulence beaucoup plus grande encore.
Citons maintenant les expériences sur la septicémie de MM. Pasteur, Joubert et Chamberland (Bull. Ac. méd., 30 avril 1878).
Ils ont prouvé que le vibrion septique est tué par l'oxygène de l'air, il se développe au contraire dans un liquide approprié sous l'influence du vide ou en présence de l'acide carbonique. Un liquide qui convient à son développement est l'extrait de viande de Liebig étendu de dix fois son volume d'eau, neutralisé et porté à une température de 115°. En exposant à l'air les vibrions de la septicémie, ils sont tués dans les couches supérieures du liquide. Si l'on expose ainsi à Pair de la sérosité abdominale ces vibrions septiques en couche de 1 centimètre, les vibrions supérieurs périssent; dans les couches profondes privées d'oxygène, ils se présentent sous forme de petits (ils mouvants. Les vibrions se multiplient par scissure, puis peu après se transforment en corpuscules brillants, corpuscules germes qui peuvent flotter dans l'air et qui sont alors à l'abri de l'action destructive de l'oxygène.
Le vibrion septique et le microbe générateur du pus sont deux anaérobies, ils peuvent vivre simultanément dans l'organisme humain.
Tant que dure la multiplication du vibrion par scissiparité, sa vie s'accompagne d'un dégagement de gaz acide carbonique, de gaz hydrogène, d'un peu dazole, et de faibles quantités de gaz putrides (hydrosul- Êttte d'ammoniaque?). Ce dégagement gazeux pendant la vie du vibrion, explique, selon Pasteur, le balloncment très rapide des animaux morts de septicémie, et l'étal emphysémateux du tissu conjonctif, particulièrement en certains points du corps, les aines, les aisselles.
Le Dr Panum cl beaucoup de physiologistes allemands se sont, à la
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suite de nombreuses expériences, arrêtés à l'hypothèse que la putréfaction développait, dans les matières qui s'y trouvent soumises, un poison soluble que ni la coction, ni une distillation répétée pendant plusieurs heures ne peuvent atteindre dans ses propriétés. Ce poison, analogue aux poisons chimiques, est désigné par Bergmann sous le nom de sepsine. MM. Pasteur, Joubert et Chamherland ne l'ont pas trouvé jusqu'ici dans les muscles et les liquides du corpsdes animaux morts de septicémie. Il se pourrait que ce poison ou ferment du second ordre fût sécrété par le ferment de la septicémie. Les observateurs que je viens de citer pensent que le vibrion de la septicémie tue par lui-même et non par un ferment du second ordre sécrété.
M. Pasteur admet que le microbe de la septicémie expérimentale existe dans les eaux courantes et dans l'air. «Nous avons, dit-il, reconnu que l'atmosphère et les eaux, ces deux grands réservoirs où aboutissent les débris microscopiques de tout ce qui a vécu, renferment des espèces assez nombreuses d'aérobies et d'anaérobies. Nous pouvons, ajoute-t-il, dire d'une manière générale que l'inoculation de ces organismes amène souvent des désordres mortels, qui paraissent même constituer des affections aussi nouvelles par la spécificité de leur action que par la nature des organismes innoculés. La septicémie, par exemple, n'est pas la seule. » M. Pasteur redoute beaucoup les microbes contenus dans les eaux et dans l'air, parmi eux il insiste surtout sur le microbe de la septicémie expérimentale associé au microbe qui engendre le pus. « Je ne saurais, dit-il, trop insister sur cette circonstance que les deux microbes dont je viens de parler plus spécialement sont des plus communs ; on les trouve partout. Il est facile de les extraire des eaux communes. »
Je crois que M. Pasteur s'exagère les chances de nocuité des microbes de la septicémie répandus dans l'atmosphère et dans les eaux. Ce n'est ni par l'intermédiaire de l'air ni de l'eau que se communiquent les virus de l'infection puerpérale et de l'infection chirurgicale, qui font tant de ravages dans les maternités et dans les salles de chirurgie; mais par Y inoculation d'un virus pris sur un malade atteint, et transporté sur un autre jusque-là indemne. Je vais résumer les faits que j'ai développés, pour appuyer la doctrine prophylactique qui en découle.
Septicémie puerpérale (fièvre puerpérale , contagieuse , péritonite puerpérale). — C'est la maladie qui élève si haut le chiffre de la mortalité des femmes qui accouchent dans les maternités ou dans les salles d'hôpitaux , qui, en moyenne, est dix fois plus considérable environ dans ces asiles, où les femmes sont entourées de tant de soins, qu'à domicile, où elles endurent souvent les cruelles privations imposées par la misère. Je vais citer quelques chiffres empruntés à une intéressante communication de M. Hervieux {Bull. Ac. méd., 11 mars 1879) : « Je fis, dit M. Hervieux, à Elbeuf, en trois ans plusieurs centaines d-accouchements
SMS avoir eu ni cas de mort, ni même accident sérieux, fa vieux médecin, le docteur Revelle, qui m'avait mis au monde, et qui avait exercé dans la même ville pendant quarante-cinq ans, m'a dit n'avoir perdu que dix accouchées sur près de six mille accouchements qu'il a l'ai*s dans sa longue carrière. Il ne connaissait aucune des manifestations graves de l'intoxication puerpérale. On comprendra combien j'étais peu préparé par ma pratique elbeuvienne au spectacle navrant qui m'attendait, lorsque je pris la direction du service médical de la Maternité. Les quatre premières années de mon exercice furent marquées par une succession d'épidémies effroyables qui aboutirent à l'année 186-4, fameuse entre toutes par sa léthalité qui s'éleva à 19 pour 100. La moyenne de ces quatre années avait été de 12,83 pour 100. »
Voici le résumé des belles études de M. L. Le Fort : En réunissait toïites les maternités-, tous les hôpitaux où sont reçues les accouchées, tant en France que dans le reste de l'Europe, on arrive au résultat suivant : il meurt en moyenne 1 femme sur 29 dam les maternités et les hôpitaux ; en viller il n'en meurt que 1 sur -212.
Nous allons maintenant rechercher quelles sont les conditions de la genèse et de la transmission du ferment de la fièvre puerpérale contagieuse. Presque toutes les femmes, après l'accouchement, éprouvent un mouvement fébrile spécial, désigné sous le nom de fièvre de lait. Quand cette fièvre devient intense, que le pouls s'accélère, que la température s'élève, voilà, d'après l'observation, la première condition du développement du ferment morbide. D'autres conditions, qui peut-être précèdent celle-ci, c'est la présence de sang, de pus ou d'autres solides ou liquides de L'économie qui subissent une altération spéciale. Certes, je suis loin de prétendre qu'il y ait là une génération spontanée d'un ferment morbide ; mais sous l'influence de la fièvre, les globules ou autres cellules du sang, du pus ou même des ferments adven tifs, subissent une modification spéciale qui leur communique leur activité toxique. Voilà l'hypothèse qui me parait mieux rendre compte des faits observes. On comprend que ce ferment morbide puisse naître chez toutes les accouchées, que sa genèse est indépendante des Maternités, qu'il peut se développer aussi bien en ville qu'à l'hôpital ; mais heureusement sa formation est infiniment rare, et avec des soins minutieux on peut presque toujours l'éviter.
On peut soutenir avec beaucoup de vraisemblance, avec M. Pasteur, que très souvent le microbe de la septicémie expérimentale, et que les petits organismes qui engendrent si facilement le pus se trouvent associés, et qu'ils infectent l'économie et donnent naissance à la péritonite puerpérale. Il me parait certain que le microbe de la septicémie expérimentale, transmis par l'air, se modifie dans l'organisme de la femme infectée, s'y transforme et devient beaucoup plus redoutable, es