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MALADIES CONTAGIEUSES. - SEPTICÉMIE PUERPÉRALE

que les moindres traces de ce microbe transformé, transmises par inoculation, peuvent produire les plus grands désordres. Quoique, d'après l'observation, d'après les faits rapportés par M. Hervieux, les chances du développement de ce premier microbe puerpéral sont très rares, on pourrait employer, comme le veut M. Pasteur, pour le lavage Ées wàes génitales de l'eau qui aurait été portée à 115 degrés, ou encore une solution contenant t [tour 100 d'acide borique. Mais ceci est de la prudence excessive. 0> cupons-nous du vrai danger. Ce qui distingue les accouchées des Maternités des accouchées de la ville, c'est qu'elles ont des voisines de salles qui peuvent être atteintes de lièvres puerpérales et qui peuvent être l'origine de la transmission, de la propagation du ferment morbide. Comment s'opère cette transmission"? Est-ce un miasme transporté par l'air, est-ce un virus inoculable? Rien ne nous indique que la transmission du ferment morbide s'opère par l'intermédiaire de l'air. Aucun lait ne nous montre le transport d'une salle à une autre, d'un étage à l'étage supérieur ou inférieur, quand tout est distinct, personnel, mobilier, objets de pansement. Nous rappellerons bientôt des cas se rapportant à la transmission par l'air du ferment de lÏTvsipèle chirurgical contagieux. Tous les faits s'accordent pour nous montrer que la voie ordinaire de transmission du ferment de la fièvre puerpérale est le contact, l'inoculation, que les intermédiaires les plus probables de cette transmission sont les opérateurs, leurs élèves, leurs aides et surtout les aides secondaires, les instruments, les objets de pansement, éponges, linges, charpie, cérat, etc.

Disons cependant que P. Dubois, Danyau, Depaul, Tarnier ont rapporté des faits rares, il est vrai, relatifs à des élèves sages-femmes qui succombèrent à la suite de péritonites contractées en soignant les I femmes en couches de nos infirmeries.

« J'ai eu, moi aussi, dit Hervieux, la douleur devoir quatre de nos i élèves périr de la même manière. Ces faits se sont passés antérieurei ment aux modifications introduites dans le service de santé, et qui consistèrent, entre autres choses, dans la séparation du personnel des accouchées valides et de celui des accouchées malades, et dans l'interterdiction absolue des infirmeries aux élèves sages-femmes. Depuis cette époque, c'est-à-dire depuis plus de quinze ans, je n'ai plus, dit .M. Hervieux, observé un seul cas de ce genre. »

Dès que les conditions d'inoculation que l'on comprend facilement ont été écartées, la septicémie puerpérale n'a frappé ses coups que sur les accouchées inoculées. On peut encore invoquer, en faveur de l'hypothèse de la transmission par inoculation du virus de la fièvre puerpéral»; et de l'infection purulente, les résultats absolument négatifs de la ventilation forcée avec de Pair à température constante dans les salles de femmes en couches ou de blessés.

II me paraît donc démontré que le microbe de la septicémie puerpérale ne se transmet point par l'air, mais par inoculation, comme celui de la syphilis.

Je vais dans un instant traiter de la scepticémie chirurgicale, puis je donnerai les règles de prophylaxie s'appliquant à la septicémie puerpérale et la septicémie chirurgicale. Je crois, auparavant, devoir rappeler les règles très sages adoptées par Empis et dont l'application avait réduit considérablement les chiffres de mortalité des salles d'accouchement de la Pitié : 1° Aération directe constante de jour et de nuit : trois fenêtres au moins pour une salle de seize lits; 2° enlever le sang avec le plus grand soin, n'en laisser jamais de trace sur la femme qui vient d'accoucher; veillera l'exécution rigoureuse de cette prescription dans les trois visites attentives de chaque jour; 3° jamais ne se servir d éponges pour faire la toilette des malades, mais employer pour cet objet des compresses blanchies à la lessive; 4° enlever immédiatement de la salle les placentas et le linge contaminé; 5° isolement immédiat dès les premiers symptômes, et transport de la malade dans le service de médecine consacré aux maladies aiguës.

Septicémie chirurgicale (infection purulente). — Il y a longtemps que les chirurgiens savaient, mais ne disaient pas assez que la mortalité était excessive dans les hôpitaux après les grandes opérations. Cette vérité, je l'ai énergiquement exprimée, dans un rapport fait en 1847 au Conseil des hospices; Malgaigne, Le Fort, U. Trélat, par leurs travaux, l'ont mise en évidence. (J'ai réuni toutes ces preuves dans deux numéros de décembre 1873 de la Rrvue scientifique.) Depuis que je suis professeur d'hygiène, j'ai exposé dans mes cours les faits les plus importants ayant trait à l'encombrement des blessés et des opérés; j'y ai particulièrement insisté dans les conférences que j'ai faites devant un nombreux auditoire pendant les journées les plus douloureuses de notre siège. Je vais reproduire ici le résumé de cette conférence faite la veille de la bataille de Champigny :

« Le nombre considérable des blessures par armes de guerre qu'on aura demain à panser, nous réserve de cruelles épreuves. La réunion d'un grand nombre d'hommes qui subissent de graves opérations est toujours une chose fâcheuse; mais les difficultés seront plus grandes pôur les blessures par armes de guerre. Les nouveaux projectiles déterminent des plaies profondes, irrégulières, des brisures d'os dont les fragments compliqueront des plaies étendues. La masse énorme de blessés à secourir à la fois imposera une indispensable promiscuité de soins. Dans un temps très court, les opérateurs, leurs aides, les instruments, les objets de pansement, seront imprégnés de ferments morbides dont l'inoculation décuplera les mauvaises chances. Le temps nécessaire pour transporter les hles-

MALADIES CONTAGIEUSES. - SEPTICÉMIE CHIRURGICALE. 929 ses, pour les opérer, fera que beaucoup ne pourront l'être qu'après l'invasion de la fièvre traumatique. »

Abordons maintenant les conditions de la genèse de la septicémie chirurgicale. Je n'aurai qu'à reproduire ce que j'ai écrit dans la Revue scientifique de décembre 1873.

La septicémie chirurgicale ou infection purulente est une maladie des plus redoutables, née dans des circonstances qui ne sont pas encore toutes bien déterminées, de la putréfaction du sang, du pus ou d'autres liquides de l'économie dans les plaies ou blessures donnant naissance à un ferment spécifique (microbe), qui peut propager la maladie d'un blessé ou opéré infecté à un blessé ou opéré produisant un pus non infectant. Les conditions de la production du ferment spécifique de l'infection purulente, établies par l'observation, sont : 1° la fièvre traumatique; 2° l'accès de l'air apportant des germes spéciaux; 3° le séjour du pus modifié et le mélange des liquides étrangers au pus ; 4° la misère physiologique.

La lièvre traumatique joue un rôle considérable dans la genèse du ferment de l'infection purulente. Plus cette fièvre est violente et persistante, plus les mauvaises chances s'accentuent. Non seulement cette fièvre traumatique paraît nécessaire à la formation du ferment spécifique, mais une fois développé il se propage beaucoup plus sûrement chez les opérés qui sont aux prises avec cette fièvre.

Le séjour du pus dans les plaies, et surtout son mélange avec le sang, paraissent jouer un rôle important dans la genèse du ferment de l'infection purulente. Il est reconnu par tous les chirurgiens observateurs que, si l'accès de l'air peut être évité ou très limité, les conditions de la genèse du ferment spécifique disparaissent ou diminuent considérablement.

L'air est, comme on le sait, le véhicule des ferments moteurs de plusieurs fermentations. Ces ferments se modifient-ils dans la plaie d'un malade en proie à la fièvre traumatique, ou communiquent-ils des propriétés spécifiques à des cellules contenues dans les liquides ou les solides qui constituent la plaie? Dans l'état actuel de la science, on ne • saurait décider sûrement quelle hypothèse est la vraie ; mais on peut dire avec grande chance de raison que les ferments normaux de la fermentation putride ne sont pas les moteurs directs de l'infection purulente : car s'il en était ainsi, comme il s'en trouve partout, ils devraient également faire sentir leur influence sur tous les opérés. Or, il est de journalière observation que la condition la plus sûre de la propagation de l'infection purulente, c'est la présence dans une salle d'un malade atteint de cette affection. C'est précisément cette propagation de malade à malade qui constitue le danger inhérent aux salles de chirurgie. Il paraît donc évident que le ferment spécifique chez le premier malade

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atteint ne vient pas du dehors, mais se produit dans son organisme, ou par des modifications des ferments apportés par l'air ou l'eau, ou par la transformation de quelques-unes des cellules de l'organisme.

Les ferments les plus répandus dans l'air et ies eaux, qui par leur transformation ou par leur association peuvent donner naissance au microbe de la septicémie chirurgicale, sont les microbes moteurs des ferments putrides, celui de la septicémie expérimentale, celui qui favorise, selon M. Pasteur, la genèse du pus. J'écarte absolument l'hypothèse de la génération spontanée; mais je crois que ses adversaires les plus autorisés ne pourront se refuser à admettre des transformations organiques dont il existe de si nombreux et si concluants exemples.

N'admel-on pas, et c'est l'hypothèse adoptée par M. Pasteur luimême, que les globules rouges ou les globules blancs du sang peuvent se transformer en globules purulents.

La misère physiologique, soit par suite d'alimentation insuffisante,, soit par perte considérable de pus, est une circonstance qui, toutes choses égales, paraît aussi favoriser le développement du ferment spécifique.

Ajoutons, en terminant, que les conditions du développement du ferment spécifique de l'infection purulente présentent une telle analogie avec les conditions du développement du ferment de la fièvre puerpérale, que, si l'on ne conclut pas à une complète identité, il va au moins de si grandes ressemblances qu'on devra absolument éloigner les femmes accouchées des salles où se pratiquent de grandes opérations chirurgicales et où régnera l'infection purulente. C'est réciproquement un mauvais voisinage.

Nous arrivons maintenant à la partie la plus importante de cette discussion. Quel est le mode de propagation du ferment de l'infection purulente? Tous les faits paraissent démontrer que ce n'est point Pair qui est le véhicule de cette transmission. Les chirurgiens, les aides, les infirmiers, n'ont rien à redouter, aucune observation ne montre l'existence du danger pour eux. Quand les chirurgiens, les serviteurs, les objets de pansement, sont différents, il n'y a pas d'exemple de propagation de salle à salle. C'est donc une transmission par contact, une contagion dans le sens primitif du mot, une véritable inoculation. La plaie, voilà la condition première de l'inoculation. Les moyens de transmission du ferment morbide sont les opérateurs, leurs aides ou servants, les instruments, La charpie, le cérat, les bandes, etc Ce qui a fait douter de la réalité de ce mode de propagation, c'est la genèse primitive rare, mais encore trop fréquente, du ferment morbide dans les conditions énoncées ; mais ce qui démontre bien la propagation par contagion, c'est l'excessive mortalité dans les salles de chirurgie après les grandes opérations.

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