‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 280 sur 371 · MALADIES CONTAGIEUSES. — MALADIES VÉNÉRIENNES · texte numérisé non relu

MALADIES CONTAGIEUSES. — MALADIES VÉNÉRIENNES

Pro'ghyiaœie : Il serait vivement à désirer que les nations civilisées

adoptassent, d'un commun accord, la meilleure réglementation possible de la prostitution. Nous ne nous dissimulons pas toutes les difficultés que présente cette question, quoiqu'il soit parfaitement démontré que les nations qui n'ont admis aucune mesure de police sanitaire sont les plus vivement atteintes. Pour mille hommes d'effectif, l'armée de terre anglaise donne trois cents vénériens environ, et l'armée française cinq fois moins.

Les visites des prostituées inscrites ou clandestines doivent être fréquentes et rigoureuses. Peut- être pourrait-on essayer l'emploi de liquides prophylactiques : solution concentrée d'acide borique, solution d'acide phénique ou de phénates, solutions ferrugineuses, iodiques, zinciques, plombiques, mercurielles. Je m'arrêterais aux quatre premiers comme relativement inoffensifs. On ne s'est guère occupé des hommes au point de vue de la propagation de la syphilis, que pour ce qui a trait aux militaires et aux marins, peut-être pourrait-on, pour les civils, remonter au contaminateur et édicler contre lui des peines bien légitimes.

La surveillance des militaires et des marins est réglementée au point de vue de la propagation de la syphilis. « Pour ces derniers, nous sommes convaincus, dit M. Le Roy de Méricourt, par les faits que nous avons observés, que le virus provenant de certains pays, tels que la Chine, le Japon, le Chili, le Mexique, offre souvent une activité, une puissance comparables à celles de la syphilis au moyen âge. Il semblerait que l'absence de tout traitement rationnel de la vérole chez certaines populations, tend à conserver à cette affection cette effrayante gravité qu'elle ne présente pour ainsi dire plus, de nos jours, en Europe. Ce qui rendrait la visite à l'arrivée encore plus désirable, comme le dit avec raison M. Jeannel, « c'est que la patente nette, délivrée au départ dans tous les ports d'armement, ne suffirait pas pour assurer l'intégrité sanitaire des hommes à l'arrivée, en raison de l'incubation des maladies qu'ils auraient pu contracter peu de temps avant leur embarquement, et à cause de celles qu'ils auraient pu contracter pendant les relâches. »

Que penser de la syphilisation au point de vue de la prophylaxie de la syphilis. Je n'hésite pas à le dire, je condamne hautement cette pratique. Qu'on adopte les inoculations préventives pour des maladies qu'on ne peut éviter (variole par le vaccin, lièvre typhoïde, quand on connaîtra son virus), rougeole, etc., rien de mieux; mais pour prévenir une affection que tout homme raisonnable peut et doit éviter, cela me paraît inadmissible. Il s'est cependant trouvé des médecins honnêtes, dévoués à la science, qui ont préconisé la syphilisation ! Au premier rang de ces observateurs, je dois placer Auzias-Turenne, qui a, par son testament, ordonné la publication de son ouvrage : La syphili-

sation (Germer Baillière, 1879, 1 vol. de plus de 900 pages, gr. in-8°, en petite texte), œuvre d'un apôtre consciencieux. Si je condamne la pratique, je dois reconnaître que des faits théoriques d'une grande importance ont été mis en lumière par ce dévoué expérimentateur. L'immunité relative obtenue par une première atteinte a été démontrée. L'influence de petites doses de virus successivement et méthodiquement inoculées, pour diminuer dans bien des cas la gravité de la maladie, me paraît ressortir de plusieurs observations. Les expériences de MM. Pasteur, Chauveau, Toussaint, sur l'inoculation à petites doses des bactéridies charbonneuses, ou celles de la maladie des poules, me semblent être du même ordre. Faut-il, partant de là, adopter la syphilisation comme méthode de traitement? A cet égard, je me sépare encore complètement d'Auzias-Turenne. C'est. tout au plus si, dans les cas chroniques et très rares où les iodiques, et les mercuriaux, et les moyens hygiéniques méthodiquement employés se seraient montrés sans effet, que je pourrais ne pas m'opposer au traitement par la syphilisation. Le but principal de la syphilisalion est de se mettre en paix en ce qui regarde les dangers d'un coït impur. Je crois que la terreur de la syphilis peut être utile à la conservation et au perfectionnement de l'espèce humaine. De nos jours, il faut peu compter sur les croyances religieuses, sur la puissance de l'hygiène et de la raison, pour prévenir l'abus des relations sexuelles prématurées, qui sont favorisées par la promiscuité des grands centres manufacturiers, par l'usage excessif des alcooliques, et chez les riches habitants des villes, par la vie inoccupée, les résolutions vacillantes, etc. Sans la terreur de la syphilis, ne pourrait-on pas craindre la diminution des mariages, le relâchement des liens de famille, et l'abaissement de virile énergie, comme cela se remarque chez les peuples polygames, les Chinois, les mahométans riches, etc.

La transmissibilité de la syphilis de la mère au nouveau-né est incontestable, l'évolution si fréquente du pemphygus vénérien en est la preuve; mais faut-il admettre une dégénérescence nécessaire de la race par suite de l'infection syphilitique des parents et la transformation héréditaire de la syphilis en scrofule et en phthisie? Cela peut paraître vrai en se bornant à constater les faits bruts. L'infection syphilitique, l'abus des mercuriaux, un régime mal réglé conduisent à la misère physiologique, et celle-ci par sa continuité à la tuberculisation pulmonaire. L'armée anglaise, qui a plus à souffrir de la syphilis que les autres armées de l'Europe, ne le cède à aucune pour la force de ses soldats. On cite, comme exemples opposés, que les naturels des îles Sandwich et d'autres îles de l'Océanie s'éteignent au contact des Européens, abrutis par lalcool, infectés par la syphilis, décimés par la phthisie. Concluons : l'armée anglaise sera plus forte quand on aura

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