MALADIES CONTAGIEUSES. — VARIOLE. — VACCINS
qu'on pourra cultiver ce microbe comme M. Pasteur a cultivé les microbes des affections charbonneuses et de la maladie des poules. (Pour les conditions de culture de ces organismes microscopiques, voy. plus haut.) Quand on sera arrivé à un mode simple et régulier de culture du microbe du vaccin ou, en attendant, à un bon mode de conservation du cowpox, si ces études étaient continuées à l'Académie de médecine ; cet établissement resterait pour toute la France le grand centre d'approvisionnement, et l'on assurerait la continuité d'un service qui fonctionne depuis plus d'un demi-siècle, grâce à la constance et à l'énergie des efforts de nos distingués collègues chargés des vaccinations.
Quelques auteurs, dont j'ai cité les ouvrages dans la Notice bibliographique, p. 942), au premier rang desquels il faut citer Carnot, ont prétendu que la variole était nécessaire, et quand on était préservé de cette maladie par le vaccin, qu'elle était remplacée parla fièvre typhoïde. C'est une grande erreur aujourd'hui généralement reconnue : la variole ne préserve pas de la fièvre typhoïde. Si cette dernière maladie est devenue plus redoutable dans ce siècle, cela a pour unique cause l'agglomération des hommes dans les grandes villes, puis au commencement de ce siècle la fièvre typhoïde portait différents noms, d'où la conclusion erronée d'une statistique ne s'appuyant pas sur des bases solides.
Qu'est-ce le cowpox, qu'est-ce la vaccine? Le cowpox est-il une affection spéciale née spontanément sur le pis de la vache? Tout semble prouver que la maladie a pris naissance ou existait de tout temps chez le cheval; elle consistait en une affection particulière désignée par les maréchaux sous le nom d'eaux aux jambes. Sous cette dénomination on confondait plusieurs affections distinctes. La maladie pustuleuse vaccinogènene se borne pas, chez le cheval, à une éruption aux jambes, elle se développe aussi sur le reste du corps, et surtout sur la muqueuse buccale et linguale sous forme d'éruption vésiculeuse rosée. En inoculant le virus de ces pustules au pis de la vache, on produit le cowpox qui, inoculé à l'homme, est le vaccin. Quel rapport cette affection a-t-elle avec la variole? Pour résoudre cette importante question, un grand nombre d'expériences ont été exécutées. On constata d'abord que la variole humaine pouvait se transmettre par inoculation à la vache, au cheval, et cela.sans produire chez ces animaux les graves désordres qui accompagnent chez l'homme l'évolution de la variole. De ces faits expérimentaux on pouvait légitimement conclure que la maladie pustuleuse vaccinogène du cheval, le cowpox de la vache, n'étaient que la variole humaine mitigée, transformée en passant par ces organismes. Thielé et Ceely, expérimentant chacun de son côté, auraient l'un et l'autre réussi à donner le cowpox aux vaches en leur inoculant la variole humaine, et ce cowpox serait devenu l'origine d'un excellent vaccin qui s'est entretenu sur l'enfant depuis plus de vingt ans, dans certaines-
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m MODIFICATEURS. — SUBSTANCES NUISIBLES.
parties de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Russie, après avoir passé par un nombre considérable de générations.
La Commission de médecine de Lyon, dont MM. Cbauveau, Viennois et Meynet ont été les interprètes, est arrivée, à la suite de nombreuses et très intéressantes expériences, à des conclusions contraires que voici-:
« La variole humaine s'inocule au bœuf et au cheval avec la même certitude que la vaccine. 2° Les eiïels produits par l'inoculation des deux virus diffèrent absolument. Chez le bœuf, la variole ne produit qu'une éruption de papules si peliles, qu'elles passent inaperçues quand on n'est point prévenu de leur existence. La vaccine, au contraire, engendre l'éruption vaccinale type, avec ses pustules larges et fort bien caractérisées. Elle s'inocule parfaitement aux animaux qui ont eu la lièvre aphtheuse : donc la lièvre aphlheuse et la vaccine sont deux choses radicalement distinctes. Chez le cheval, c'est aussi une éruption papuleuse, sans sécrétion ni croûtes, qui engendre la variole; mais, quoique cette éruption soit beaucoup plus grosse que celle du bœuf, on ne saurait jamais la confondre avec le horsepox,si remarquable par l'abondance de sa sécrétion et l'épaisseur de ses croûtes. 3° La vaccine, inoculée isolément aux animaux des espèces bovine et chevaline, les préserve en général de la variole. 4° La variole, inoculée dans les mêmes conditions, s'oppose généralement au développement ultérieur de la vaccine. 5° Cultivée méthodiquement sur ces animaux, c'est-à-dire transmise du bœuf au bœuf et du cheval au cheval, la variole ne se rapproche pas de l'éruption vaccinale. Celte variole reste ce qu'elle est ou s'éteint tout à fait. 6° Transmise à l'homme, elle lui donne la variole. 7° Reprise à l'homme, et transportée de nouveau sur le bœuf ou le cheval, elle ne donne pas davantage, à cette seconde invasion, le cowpox ou le horsepox. Donc, malgré les liens évidents qui, chez les animaux comme chez l'homme, rapprochent la variole de la vaccine, ces deux affections n'en sont pas moins parfaitement indépendantes, et ne peuvent pas se transformer l'une dans l'autre. Donc, en vaccinant d'après la méthode de Thielé et de Ceely, on pratique l'ancienne inoculation, rendue peut-être constamment bénigne par la précaution qu'on prend de n'inoculer que l'accident primitif, mais ayant, à coup sûr, conservé tous ses dangers au point de vue de la contagion. »
Je retrancherais peut-être de cette dernière phrase le mot à coup sûr. Si les faits de vaccinations innombrables d'après la méthode Thielé et de Ceely sont exacts, on aurait dû constater des cas nombreux de contagion à la suite d'inoculation avec leur virus, ce qui n'a pas eu lieu. Quoi qu'il en soit, il n'en ressort pas moins de leurs expériences, c'est qu'en passant par les animaux le virus variolique humain s'est considérablement modifié, puisqu'il est devenu comparable ou presque comparable au vaccin au point de vue de l'innocuité. Je crois alors qu'on peut dire
MALADIES COMAl.lKl'SKS. — VAIIIOLE. - VACCIN.
que si le microbe du vaccin n'est pas identique avec le microbe variolique successivement modifié par sa transmission au cheval, à la génisse et à l'homme par une série d'inoculations, il en est bien voisin.
Si l'on voulait répéter les intéressantes observations de la Commission de Lyon sur la non-transformation du microbe de la variole traversant successivement les organismes du cheval et de la vache, ne conviendrait-il pas de prendre le virus variolique emprunté à la variole la plus discrète et modifié par une série d'inoculations successives à la génisse.
La variole fait beaucoup plus de ravages à Paris qu'à Londres ; les raisons de cette différence apparaissent immédiatement. En Angleterre, la vaccination est obligatoire, à Londres il existe un hôpital spécial pour les varioleux. Etudions rapidement la marche de la maladie à Paris de 1860 à 1870. La variole avec des oscillations a suivi une marche ascendante, voici les chiffres de mortalité pour chacune de ces dix années : 328 ; 549 ; 476 ; 348 ; 384 ; 740 ; 615 ; 301 ; 655 ; 723: 10310. On voit que la dernière année a surtout été désastreuse. Tout ce qu'à cette époque j'annonçais sur les progrès de la variole, s'est vérifié.
La marche progressive de la maladie a montré que les mesures que j'indiquais reposaient sur une étude attentive des épidémies. Voici un extrait d'une de mes conférences se rapportant à ce sujet: « Nous subissons depuis plus d'un an une grave recrudescence d'épidémie de variole qui peut devenir plus redoutable, je le disais à l'Académie dès le mois d'octobre 1869, bien que pour ce mois le chiffre des décès ne s'élevât qu'à 40. Dès que j'ai appris par Y Officiel l'arrivée à Paris des mobiles des départements, j'ai annoncé au Conseil de salubrité une grande épidémie de variole, si les précautions les plus promptes et les plus énergiques n'étaient prises pour la conjurer. Les revaccinations générales furent trop tardives et mes prévisions ne se sont que trop réalisées. La mortalité par suite de variole, dans le dernier trimestre de 1869, a été de 257 (40 en octobre, 83 en novembre, 134 en décembre). Elle s'est élevée pour le trimestre correspondant de 1870 à 4920. Les soldats, les mobiles nouvellement arrivés à Paris et les réfugiés ont eu le plus à souffrir. »
L'épidémie de variole de 1870-1871 a été la plus grave du siècle. Après cette rude épreuve, il y a eu une période de calme, mais depuis trois ans la maladie reprend sa marche ascensionnelle de 1860 à 1870 -avec des oscillations, comme entre 1860 et 1870. Il faut agir si l'on ne veut pas rester exposé aux mêmes dangers.
•l'exposais en 1869 à l'Académie, les causes principales de la persistance du chiffre élevé de la mortalité par la variole à Paris et les remèdes a y opposer : 1° L'accumulation d'un grand nombre de travailleurs qui nous viennent des départements sans avoir été vaccinés; 2° la dispersion dans tous les hôpitaux des varioleux indigents.
Londres a son hôpital de variolenx; il csl à désirer que Paris ait le sien et dans un local isolé et assez vaste pour que la maison spéciale de convalescence y soit annexée. Car avec nos connaissances acquises sur le mode de propagation de la variole, on ne peut envoyer les varioleux dans les hospices de convalescence communs à tous les malades.
On demande le certificat de vaccine pour fréquenter les écoles ; en attendant l'instruction primaire obligatoire ou la loi sur la vaccination et la revaccination obligatoire, exigeons le certificat de vaccine pour être admis sur les chantiers des travaux, de Paris, et lors de la délivrance du livret aux ouvriers qui viennent se placer dans la grande ville.
Pour l'hôpital des varioleux , on m'objectera sans doute que par l'accumulation de maladies à miasme spécifique du même ordre, on s'expose à créer de redoutables foyers épidémiques. Je ne méconnais pas la valeur de cette objection, mais je me hâte d'ajouter qu'à chaque instant en hygiène on commet les plus graves erreurs, en voulant généraliser des faits particuliers lorsqu'on n'invoque que l'analogie et qu'on néglige l'observation.
Ce que j'ai appris de l'hôpital des varioleux à Londres, me porte à penser que la mortalité n'y est pas plus élevée qu'en ville. C'est un point important quia été vérifié dans nos hôpitaux spéciaux de varioleux à Ivry, aux Invalides pendant le siège. D'un autre côté la dissémination des varioleux dans les centres habités présente des dangers qu'on ne saurait méconnaître.
Je suis un partisan résolu d'un hôpital de varioleux à Paris foin des habitations. Je pense qu'on ne devra donner Vcxeat aux varioleux guéris que lorsqu'on sera certain qu'ils sont arrivés à une période où ils ne peuvent plus transmettre l'a maladie. Je regarde la méthode d'isolement des varioleux dans les hôpitaux consacrés aux autres maladies comme un palliatif insuffisant. La variole se répand au voisinage des hôpitaux de varioleux, à plus forte raison avec le même personnel elle doit se propager à l'intérieur.
Rougeole. — Maladie éruptive très contagieuse, à microbes transmis par l'air et par inoculation, se caractérisant extérieurement parde petites taches rouges, irrégulières, la plupart très légèrement saillantes, qui disparaissent vers le septième ou huitième jour de la maladie, suivies quelquefois d'une desquamation partielle, furfuracée et laissant souvent à leur place une teinte ardoisée de derme qui s'éteint après un petit nombre de jours. L'éruption est précédée de lièvre, de larmoiement, de coryza, de toux.
Les Grecs et les Romains n'ont pas connu la rougeole; les recherches dé Grimer démontrent qu'originaire de l'Asie, elle apparut en Européen même temps que la variole : Hhazès, qui en Ira ça la première descrip-