MALADIES CONTAGIEUSES. — ROUGEOLE
lion exacte, ne signale pas en effet la rougeole comme étant, à l'époque où il vivait, une affection nouvelle.
Le mot morbilli, par lequel la rougeole est souvent désignée dans les auteurs anciens, a été proposé dans le onzième siècle par Constantin dit l'Africain, et signifie petite peste, parce qu'elle eut alors probablement une gravité qu'elle a rarement aujourd'hui.
Fr. Hoffmann, un des premiers, de Ilaen, Rosen, Sydenham, Borsieri, sont les auteurs qui établirent le mieux la rougeole en espèce distincte, *t en tracèrent une bonne description. Relativement à la variole et à la rougeole, on peut dire avec M. Chairou que l'agent producteur a coexisté de toute éternité dans l'Orient, ce berceau de toutes les sociétés humaines; que, de l'Orient, les émigrations successives l'ont transporté, en Occident d'abord, puis dans les contrées septentrionales, puis ensuite en Amérique, où cette affection était absolument inconnue avant l'invasion européenne. Il est peu de personnes qui échappent à la rougeole ; on peut établir, en effet, qu'il y a infiniment moins de sujets qui lui sont réfractaires qu'on ne voit d'individus non vaccinés l'être à la variole. On a observé la rougeole à tous les âges de la vie, et, de même que la variole, on l'a vue quelquefois atteindre l'enfant encore renfermé dans le sein maternel. Cependant cette maladie est plus commune dans la jeunesse et surtout dans l'enfance. Home, puis Speranza, ayant pratiqué une légère incision sur les plaques rubéoleuses, et ayant inoculé le sang qui s'en écoulait, ont développé une rougeole régulière après une incubation de six jours. Selon Katona, dans une épidémie de rougeole, il aurait pu inoculer la maladie à onze cent vingt-deux personnes, et n'aurait échoué que sept fois sur cent ; chez tous les autres, il serait survenu unerougeole très bénigne, dont les prodromes commençaient au septième jour de l'inoculation ; l'éruption avait lieu , dit-on, le neuvième ou le dixième jour, la desquamation le quatorzième jour, la guérison était complète au dix-septième jour. Katona pratiquait les inoculations indifféremment avec les larmes des malades ou bien avec une goutte de sang tiré des plaques.
Les deux microbes de la variole et de la rougeole peuvent se développer aussi simultanément (Willemin) ; si la variole éclate la première, elle suspend sa marche et la rougeole progresse seule. Dans les deux autres suppositions, la marche des deux maladies serait régulière. Ces faits intéressants sur la vie commune de ces microbes demandent à être contrôlés par de nouvelles observations.
Récidive, prophylaxie. — La récidive de la rougeole est rare. Voici les règles de prophylaxie que j'ai conseillées :
En premier lieu, je dois dire que cette maladie est tellement contagieuse que presque tous nous l'avons subie dans l'enfance; qu'une première atteinte amène à sa suite une immunité sinon absolue, au
moins considérable. Ajoutons que cette affection est en général si bénigne, que dans les cas ordinaires on ne doit prescrire aucune mesure sanitaire. Quand un enfant de trois à douze ans est en parfaite santé, je ne vois qu'utilité à le laisser dans un milieu où régnent des rougeoles bénignes. Il y a tout avantage à le pourvoir de sa cuirasse contre cette maladie. Il est deux conditions qui réclament au contraire toute l'attention des hygiénistes. Quelquefois, sans qu'on puisse en indiquer les causes, la rougeole se présente avec des caractères de gravité extrême. Dans ces cas, la mort est la règle, et elle arrive avec une rapidité extraordinaire. Plusieurs personnes d'une même famille ont été ainsi frappées dans un temps très court. Dans ces cas, heureusement très rares, il importe de prendre des précautions immédiates qui consistent : 1° en la dispersion des foyers et la séquestration absolue des malades qui ne doivent être soignés que par des personnes ayant eu la rougeole; 2° en la désinfection des lieux habités par les malades. La deuxième condition, sur laquelle je désire appeler l'attention, c'est la gravité exceptionnelle que prend la rougeole dans les hôpitaux et hospices destinés à l'enfance. Le miasme ou microbe qui l'engendre est en permanence dans ces asiles; il y trouve un terrain préparé, des enfants qui n'ont point l'immunité d'une première atteinte, et qui présentent de constants spécimens de misère physiologique déterminée par les privations qu'ils ont endurées dans leurs familles, par la maladie pour laquelle ils sont entrés à l'hôpital, et souvent par les affections qu'ils ont eu à y subir (coqueluche, croup, etc.). On se rend bien compte, d'après ces causes, de la gravité de la rougeole dans les hospices destinés à l'enfance. Ce qu'il convient de faire est nettement indiqué : faire disparaître ce miasme ou microbe de ces asiles en créant ini hôpital de rubéoleux, ou en les disséminant dans les hospices consacrés à la vieillesse. Je ne saurais méconnaître que ces mesures présentent de grandes difficultés dans leur exécution. Si elles étaient insurmontables, je deviendrais un partisan décidé de l'inoculation rubéoleuse chez tous les enfants qui sont reçus dans les asiles consacrés aux enfants malades ou assistés, inoculation pratiquée lors de l'entrée à l'hôpital.
Scarlatine. — Maladie contagieuse à un moindre degré que la rougeole, elle est caractérisée par de petits points rouges granités et réguliers, ou par une coloration uniforme d'un rouge framboisé, pouvant occuper toute la surface du corps, ou bien être circonscrite à quelques points, et s'accompagnant presque toujours d'une angine plus ou moins violente. Inconnue des Grecs, des Romains et des Arabes, la scarlatine a été bien décrite par F. Hoffmann, par Sydenham, et surtout par Hosen. Los récidives de la scarlatine sont rares, cependant elles se sont présentées quelquefois chez des individus d'une même famille.
Si la rougeole réclame des soins hygiéniques assidus pour éviter de fâcheuses complications, ils sont encore plus impérieux pour la scarlatine. On doit avec le plus grand soin éviter les refroidissements, prescrire le régime lacté presque exclusif (voy. p. 14-4) pour éviter la persistance de l'albuminurie scarlatineuse, et des frictions à l'huile d'amandes ou d'olive sur tout le corps. Dans les cas à forme grave, il convient d'isoler les malades. Pendant notre siège, nous n'avons pas eu d'épidémies proprement dites de scarlatine et de rougeole. Cependant, pour les rougeoles la période obsidionale a donné un nombre beaucoup plus considérable de décès que pour les mois correspondants. Pour la scarlatine les différences sont moins grandes. Cette dernière affection n'a heureusement pas revêtu ces formes graves qui sont si promptement et si fatalement mortelles.
La scarlatine exerce des ravages beaucoup plus considérables à Londres qu'à Paris. Ces microbes permanents y paraissent répandus à profusion; ils y font chaque année des milliers de victimes, dix fois plus au moins qu'à Paris. La scarlatine est aujourd'hui à Londres une des maladies les plus communes et les plus redoutables. Ne conviendrait-il pas, dans cette grande ville, de reprendre les études sur l'inoculation qui n'ont pas été suivies comme il conviendrait. Si le sang, si l'exanthème ne contiennent pas le microbe inoculable, qu'on le cherche dans d'autres liquides, qu'on le cultive par les procédés dont la science dispose aujourd'hui, et qu'on l'inocule avec prudence.
Fièrre typhoïde. — Maladie grave et pour le pronostic de laquelle il convient d'être toujours réservé, car il ne faut pas oublier que dans les cas les plus bénins, les perforations intestinales peuvent survenir et enlever rapidement le malade. Il est donc de la plus grande importance, au point de vue de l'hygiène, de rechercher ce qu'il convient de faire pour en éviter les atteintes. L'affection typhoïde est une pyrexie caractérisée par le gonflement, par une altération spéciale des follicules intestinaux, ainsi que par l'augmentation du volume, l'injection, le ramollissement, et parfois même la suppuration des ganglions mésentériques correspondants, lésions s'accompagnant, pendant la vie, de dévoiement, de météorisme, de sensibilité et de gargouillement dans la fosse iliaque droite, souvent de délire, d'un état de stupeur et de prostration, ainsi que d'une éruption sur la peau de taches rosées, lenticulaires, et de sudamina.
La lièvre typhoïde paraît avoir existé de tout temps ou au moins depuis un grand nombre d'années. Les nombreuses descriptions de fièvres graves que les auteurs grecs ou latins nous ont laissées ne permettent aucun doute à cd égard. On a admis pendant longtemps autant de maladies spéciales que les caractères extérieurs pouvaient revêtir de physionomies diverses. La fièvre typhoïde est appelée inflammatoire,
maligne ou putride par les uns, bilieuse ou muqueuse par les autres, suivant la prédominance de tel ou tel appareil de symptômes.
C'était la doctrine séparatiste que Pinel avait adoptée. Cependant, vers le commencement de ce siècle, Prost avait reconnu la constance des altérations intestinales chez tous les sujets succombant aux fièvres graves (muqueuses, gastriques, adynarniques, ataxiques).
Bretonneau admit également l'unité morbide de la fièvre typhoïde, qu'il désigna sous le nom de dothinentérie; mais c'est à Chomel, dans ses leçons, à Louis, dans son admirable ouvrage, que l'on doit la complète démonstration de ce fait important. Louis eut le mérite de réduire à cette unité presque toute la pyrétologie, en démontrant l'identité de presque toutes les formes essentielles admises jusqu'à kii, et en prouvant que ces fièvres avaient dans l'intestin une lésion dont on a démontré la constance. Les résultats de Louis ont été vérifiés, dans tous les pays, par un nombre immense de médecins, et acceptés partout comme des vérités incontestables.
La fièvre typhoïde est une maladie contagieuse, comme je vais le démontrer; mais reconnaissons que dans les hôpitaux des grandes villes, dans les centres de nombreuses populations, la puissance de la contagion est si faible, qu'elle échappe à la pratique journalière des médecins des hôpitaux. Nous nous expliquons ainsi comment celte hypothèse de la contagion n'a point été admise par nos maîtres, Louis, Chomel, etc. Voici maintenant les arguments qui m'ont toujours paru entraîner la conviction. Je les range sous quatre titres. Le premier a trait à l'immunité relative des individus qui ont subi une première atteinte du mal ; le second, à la marche comparée de la fièvre typhoïde dans les grands centres de population et dans les villages; le troisième, à l'imminence morbide spéciale des non-acclimalés; le quatrième, au chiffre élevé de la mortalité des infirmiers militaires.
1° Il est un caractère qui resserre dans un groupe bien défini les maladies contagieuses éruptives (variole, scarlatine, rougeole), caractère de la plus haute importance; c'est celui de la préservation, sinon absolue, au moins relative, après une première atteinte. Ceux qui ont eu la variole sont beaucoup moins exposés que les indemnes ou les nonvaccinés à subir de nouveau les effets de la contagion. Il en est de même pour la rougeole, la scarlatine. Ces individus sont munis, par le fait d'une première atteinte, d'une cuirasse pathologique. Pour la fièvre typhoïde, nous observons la même immunité. C'est, selon moi, un argument d'une grande puissance pour réunir ces maladies dans le môme groupe au point de vue de l'éliologie.
2° La fréquence plus grande de la lièvre typhoïde dans les centres nombreux de population que dans les villages s'explique très bien dans l'hypothèse d'un miasme difl'us permanent qui existe constamment dans
les grandes villes et qui n'apparaît que de temps à autre dans les villages. Le développement épidémique de la fièvre typhoïde dans les villages est en parfait accord avec noire hypothèse. Quand la lièvre typhoïde s'\ déclare, son caractère contagieux, y apparaît avec beaucoup plus d'évidence que dans les villes; plusieurs membres de la même famille, plusieurs voisins, sont simultanément frappés. Ces individus subissent pour la première fois l'influence du miasme auquel ils ne se sont point acclimatés; pardonnez-moi une expression figurée, ce sont ces terres vierges sur lesquelles la semence se développe plus sûrement. D'après Louis, à Paris la fièvre typhoïde est rare à quarante-cinq ans et ne se montre plus au delà de cinquante ans. A Genève et dans les environs, Lombard a compté cinq cas sur mille de personnes âgées de cinquante à soixante ans. Dans les villages les exceptions se rapportant à Page avancé sont plus nombreuses, parce que ces individus confinés dans leur canton n'ont pas subi l'acclimatement du miasme. Si dans les villes on ne peut suivre rigoureusement la marche de la contagion, il a pu en être autrement dans les villages. Un grand nombre d'observateurs attentifs, au premier rang desquels je citerai Bretonneau, ont pu reconnaître la transmission contagieuse de la fièvre typhoïde de village en village.
3° Il est un fait de la plus haute importance, admis aujourd'hui par tous les médecins, qui est en parfait accord avec l'hypothèse de la contagion, c'est le nombre si élevé de non-acclimatés, de nouveaux arrives, dans les grands centres, qui payent leur tribut à la contagion, quand ils sont à Page de prédilection.
4° Voici un dernier argument emprunté à un excellent travail de l'ancien directeur de l'École du Val-de-Gràce, M. Laveran père. Si la lièvre typhoïde est une maladie contagieuse, il est un corps de troupes qui doit offrir le contingent le plus élevé à la mortalité, c'est celui des infirmiers qui sont toujours en contact avec les malades. Voici les chiffres de la mortalité sur 1000 hommes d'effectif dans différents corps : Gardes de Paris, 10; sapeurs-pompiers, G; infirmiers militaires, 24. Si maintenant on compte le nombre de décès par suite de fièvre typhoïde, sur 1000 décès, on arrive aux résultats suivants : Gardes de Paris, 1 14; sapeurs-pompiers, 200; infirmiers militaires, 397.
De l'ensemble des faits que je viens rapidement de passer en revue, je crois que l'on peut légitimement conclure que la fièvre typhoïde est une maladie contagieuse comme la rougeole, la scarlatine, la variole, et que le malade est l'origine certaine de la transmission de la maladie à une personne saine.
Quelles sont les excrétions qui, dans la fièvre typhoïde, contiennent le microbe spécifique? Nous en sommes réduits pour résoudre cette question a de simples conjectures. Le microbe est-il entraîné avec la vapeur d'eau et l'acide carbonique incessamment rejetés dans l'acle de
95i MODIFICATEURS. — SUBSTANCES NUISIBLES.
la respiration? Esl-il contenu dans les résidus épidermoïdaux qui se détachent du corps du malade atteint de fièvre typhoïde? Les manifestations caractéristiques du côté de la peau dans la fièvre typhoïde ne permettent pas de négliger celte hypothèse. Les désordres observés dans les intestins, les modifications si caractéristiques et si constantes des plaques de Peyer, voilà de puissantes raisons qui font de prime abord penser que le microbe est contenu dans les matières excrémentitielles. Cette hypothèse est encore fortifiée par les cas rares, mais remarquables, de propagation de la maladie par les matières fécales. Ce sont ces faits sur lesquels nous allons actuellement nous expliquer. Sans doute l'hygiéniste doit les enregistrer avec le plus grand soin, mais avant de les proclamer comme des vérités démontrées, il doit se recueillir : Ne s'agirat-il pas là de simples questions de coïncidence? La vraie cause est passée inaperçue et une condition très apparente, mais inoffensive, a été prise pour elle. C'est ce qui arrive tous les jours dans les questions d'étiologie. On s'attache à des causes qui frappent nos sens, mais innocentes, et l'on néglige les causes réelles, qu'on ne peut découvrir que par une étude très attentive. Avant de proclamer comme des vérités absolues ce qui a été publié à l'étranger, regardons autour de nous. L'influence pernicieuse, au point de vue de la fièvre typhoïde, des matières des égouts et des vidanges des fosses d'aisances a-t-elle été rigoureusement constatée chez les égouliers, chez les vidangeurs? Si oui, nous nous inclinerons et nous ferons tout pour éviter et pour atténuer ces maux. Si je consulte mes souvenirs, j'y trouve un argument, dont je ne m'exagère pas l'importance, pour démontrer que les déjections alvines des malades atteints de fièvre typhoïde ne sont pas aussi redoutables au poinldevuede l'infection miasmatiquedc l'airqu'on pourrait le supposer. Pendant les vingt-deux années que j'ai passées à l'Hôtel-Dieu, je me livrais souvent, ainsi que mes fils et plusieurs autres employés ou enfants de la maison, au plaisir de la pèche dans le petit bras de l'Hôtel- Dieu, si poissonneux avant les travaux de canalisation. Entraînés par la passion du pêcheur, nous endurions patiemment les émanations dos matières des vidanges qui, à cette époque, se rendaient immédiatement dans la rivière et souvent se desséchaient sur les dalles des cagnards. Les déjections des malades atteints de la fièvre typhoïde n'y manquaient point. Ma mémoire ne me fournit le souvenir d'aucun cas de fièvre typhoïde survenue chez les visiteurs de ces lieux que la théorie indique comme infectés au premier chef. Sans doute, à tous les points de vue, il est mieux de désinfecter et de se débarrasser au plus tôt de toutes ces matières putrides qui peuvent contenir des ferments des maladies spécifiques, et surtout de la fièvre typhoïde. On comprend comment les microbes ne peuvent trouver les conditions d'existence dans les latrines et les fosses d'aisances dans lesquelles se sont développées les fermenta-
tiens ammoniacale et sulfurée. Je suspecterais plutôt les matières fécales fraîches des typhoïdes. Pour les latrines permanentes et surtout pour les égouts, il faut craindre d'inspirer des défiances exagérées contre ces indispensables moyens d'assainissement de nos grandes villes. On verra, après de pareilles affirmations; maintes gens timorés trembler en passant devant des bouches d'égout, et si, pour une cause absolument étrangère, ils viennent à être atteints de la fièvre typhoïde, ils ne manqueront pas de l'attribuer à ces malheureuses émanations municipales. Il en est de même de cette observation de fièvre typhoïde communiquée à toute une population par du lait infecté de miasme typhique; professeur d'hygiène, j'enregistre ce.document avec respect, mais avec de nombreux points d'interrogation, et je me garderai bien de proclamer ce fait exceptionnel comme une vérité démontrée et d'inspirer ainsi en temps d'épidémie une défiance illégitime : le public incompétent serait trop porté à accueillir avec enthousiasme ces nouveautés douteuses contre un merveilleux aliment qui nous rend tant de services dans les convalescences et dans plusieurs maladies.
Je ne puis quitter celte question si importante des rapports des matières animales en putréfaction avec la fièvre typhoïde, sans dire un mot sur le développement spontané de cette grave affection ; ce développement spontané est impossible à démontrer dans les grandes villes, car là nous trouvons toujours le microbe spécifique émanant du malade, et, comme celui de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, conservant ses propriétés pendant un temps plus ou moins long; ces maladies ne s'éteignent pas comme le typhus fever, la fièvre jaune, la peste dans des localités populeuses. On rencontre de temps à autre, dans les annales de la science, des cas de fièvre typhoïde qui se sont développés dans des villages isolés, sans communication connue avec des malades, et toujours on a attribué ces cas à l'usage d'eaux potables contenant des produits de matières animales en putréfaction. Ces matières animales putréfiées diffèrent de celles des grandes villes, parce qu'on ne peut y admettre l'existence du microbe de la fièvre typhoïde émané d'un malade, mais seulement les produits ordinaires de la putréfaction des matières animales. Ces cas rares, attribués à une évolution spontanée de la maladie, sont le plus souvent incomplètement observés; il faut cependant les enregistrer et les étudier avec la plus scrupuleuse attention; sans oublier que la variole, la rougeole, la scarlatine, apparaissent aussi dans des campagnes isolées sans qu'on puisse suivre leur filiation. Cependant personne n'admet l'évolution spontanée de ces dernières maladies. Il en sera de même un jour pour la lièvre typhoïde, dont j'ai démontré la communauté étiologique avec les trois maladies éruptives.
Nous ne saurions être de l'avis de Grisolle quand il dit « que le développement de la fièvre typhoïde est beaucoup plus spontané que L'effet
de la contagion ». En écrivant cette phrase il était encore sous l'impression des enseignements de ses maîtres.
Au point de vue de l'hygiène, il est une considération sur laquelle je dois insister. Les habitants des grandes villes s'exagèrent à tort les dangers de la lièvre typhoïde, en temps d'épidémie. Dès que nous habitons ces grands centres de la civilisation, nous devons subir l'influence des microbes spécifiques permanents, un jour ou l'autre. Si la maladie ne revêt pas ses formes meurtrières, pourquoi ne pas acquérir aujourd'hui plutôt que demain la condition nécessaire de préservation? Voici les deux éventualités qui se présentent : ou l'on s'acclimate au miasme, ou l'on subit une des formes bénignes de la fièvre typhoïde. Je reviens sur ces deux suppositions. Je professe depuis longtemps que Ton peut s'acclimater au miasme de la lièvre typhoïde.
C'est par une suite d'absorptions dit microbe, comparables aux inoculations préventives, qu'on acquiert une immunité relative. Ces absorptions successives du microbe ne déterminent aucun dérangement de santé et l'on a acquis insciemment sa cuirasse pathologique contre la fièvre typhoïde. J'arrive à la seconde éventualité. On subit plus souvent qu'on ne pense une des formes si légères de la fièvre typhoïde, qu'elle passe inaperçue à l'œil de l'observateur le plus attentif. Combien ne voit-on pas de ces cas d'une extrême bénignité, qui sont communément désignés sous les noms de fièvre muqueuse, embarras gastrique, fièvre de croissance, etc. M. Bouillaud, dans sa clinique, a le premier catégorisé avec le plus grand soin les cas légers, moyens et graves de la lièvre typhoïde; Grisolle me répétait souvent que, dans les grandes villes, presque toutes les personnes parvenues à l'âge de cinquante ans avaient enduré les atteintes de la fièvre typhoïde. J'ai eu moi-même une occasion d'observer un cas de lièvre typhoïde tellement inoffensif, que je n'aurais pas assigné à la maladie son véritable nom sans une coïncidence qui m'a éclairé. C'était une jeune malade de quinze ans, qui ne m'accusait que de la céphalalgie, un grand abattement, de l'anorexie et une fièvre continue légère. Elle ne gardait pas le lit pendant la journée. Je crus à une évolution de granulie, ou à une imminence de fièvre éruplive. Rien de cela. Au bout de dix jours, la jeune malade était réla blie; mais, presque aussitôt, son frère, jeune homme de dix-huit ans, fut pris d'une lièvre typhoïde très légère encore, mais parfaitemcn' caractérisée : ces cas d'une extrême bénignité de la lièvre typhoïde sont plus communs qu'on ne pense. Si l'on doit s'acclimater, ou subir presque nécessairement les atteintes de la fièvre typhoïde, on gagne bien peu de chose à quitter les grandes villes en temps d'épidémie quand les cas graves ne sont pas dominants. Pour un contagionnist convaincu, je professe des doctrines très rassurantes.
Quoi qu'il en soit de celte facilité d'acclimatement au microbe de I
lièvre typhoïde quand on naît et demeure dans les grands centres de population par suite d'absorptions successives et à petites doses du microbe moteur qui nous rend inapte à en subir une rude atteinte, on doit reconnaître que cette loi présente des exceptions pour les citadins. Les ruraux inacclimatés courent de véritables dangers en venant habiter à l'âge de prédilection un foyer de microbes typhiques. C'est pour cela que je regarde comme de la plus grande importance les études ayant pour but : de fixer exactement le lieu d'élection où l'on peut trouver le microbe; de le cultiver comme on le fait pour le bacteris anthracis ; de l'inoculer àux animaux qui endurent le ttjphus contagieux du gros bétail, maladie qui présente, chez les animaux atteints, des altérations des plaques de Payer, absolument comparables aux altérations de ces mêmes plaques chez l'homme qui a succombé aux suites de la fièvre typhoïde. Si l'on ne peut l'inoculer aux animaux, peut-être pourrait-on, en présence des résultats de l'acclimatement, l'inoculer à l'enfant à dose atténuée. J'ai la plus grande foi dans l'avenir de l'inoculation préventive de la fièvre typhoïde. Quand cette découverte sera accomplie, elle rencontrera plus d'indifférents que la vaccine, car la fièvre typhoïde ne laisse pas des macules indélébiles, mais elle est plus meurtrière que la variole, et souvent, chez ceux qui guérissent, elle entraîne à sa suite d'autres maladies, soit du système nerveux, soit d'autres appareils.
En attendant que tous les hommes soient préservés de la fièvre typhoïde par l'inoculation du microbe moteur, quelles sont les principales règles d'hygiène qu'on doit adopter pour en modérer les atteintes? 1° Quand règne une épidémie à formes graves, s'éloigner du foyer ou règne ce fléau si l'on n'y est pas retenu par le devoir. 2° Quand on concentre des troupes dans une grande ville, on peut être assuré de voir se développer dans quelques-unes des casernes de ces villes des foyers de fièvre typhoïde qu'il importe de disperser. Il faut réduire le plus possible le chiffre de la garnison dans les grands centres de population, ou établir des casernes éloignées des agglomérations. Quand une ville des départements est aux prises avec une épidémie de fièvre typhoïde, il n'y a pas à hésiter, il faut immédiatement éloigner la garnison, qui serait rudement atteinte par la maladie. Si les exigences du service sont assez impérieuses pour rendre impossible l'éloignement temporaire des troupes, il faut remplacer la garnison par des soldats ayant suhi ['acclimatement à la fièvre typhoïde par un séjour suffisant dans une grande ville, et surtout ;i Paris, d'où le microbe ne disparaît pas.
Maladies a microbes ou miasmes qui s'éteignent. — Ces principales maladies contagieuses, qui ont dans ce siècle apparu en diverses contrées d'Europe, et qui en ont disparu, sont : la peste, la fièvre jaune, le choléra, le typhus fevêr. Comme ces lléaux pourraient nous atteindre
de nouveau, toutes les nations sont intéressées à adopter des mesures de préservation. Nous réunirons tout ce qui a trait à cet important sujet dans la partie de cet ouvrage consacrée à l'hygiène internationale.