ORGANES DES SENS — ENCÉPHALE — HYGIÈNE
MORALE (percepta)
Parmi les études si variées que l'hygiène embrasse, il n'en est pas de plus difficiles, mais aussi de plus importantes que celles qui se rapportent au système nerveux. Deux causes principales ont contribué au peu de solidité des connaissances acquises dans cette direction ; la première c'est que bien souvent on s'est contenté d'assertions hasardées, au lieu de faits bien observés ; la seconde c'est que jusqu'ici, en se laissant guider par des considérations tout à fait secondaires, les hygiénistes n'ont point réuni dans le même groupe tous les modificateurs hygiéniques du système nerveux; c'est ce que j'ai essayé de faire depuis que j'enseigne l'hygiène (voy. de la page 291 à 379). Le champ à parcourir est des plus vastes, mais si Tonne veut point s'égarer dès les premiers pas, il faut savoir se borner aux faits que l'on connaît bien à ceux que de sérieuses observations ont mis en lumière. Ce n'est pas, en générai, l'expérience que nous pouvons invoquer ici, car le système nerveux de l'homme est trop différent, en ce qui nous occupe, du système nerveux des animaux les plus élevés , pour qu'on puisse instituer sur eux des expérimentations se rapportant à l'homme. Ce n'est que pour quelques points de l'étude de l'action des modificateurs hygiéniques du système nerveux que les expériences sur les animaux sont véritablement utiles.
Comme Descarte (1) l'a si magistralement avancé : a II faut nous occuper seulement des objets dont notre esprit parait capable d'acquérir une connaissance certaine et indubitable. »
liappelons, avant d'entrer en matière, les indications si sages que Rousseau a données dans son Emile, sur l'éducation des sens et les moyens de se suppléer, de se compléter les uns par les autres. « N'exercez pas seulement les forces, dit-il, exercez tous les sens qui les dirigent; tirez de chacun deux tout le parti possible, puis vérifiez l'impression de l'un par l'autre. Mesurez, comptez, pesez, comparez... Les aveugles ont le tact plus sur et plus (in que nous, parce que, n'étant pas guidés par la vue, ils sont forcés d'apprendre à tirer uniquement du premier sens les jugements que fournit l'autre. Pourquoi donc ne nous exerce-t-on pas à marcher comme eux dans l'obscurité, à connaître les
(1) Descartes, Règles pour la direction de l'esprit (Kèglc 2e;.