TACT ET TOUCHER. 'J
corps que nous pouvons atteindre, à juger des objets qui nous environnent, à faire, en un mot, de nuit et sans lumière, tout ce qu'ils font de jour et sans yeux? »
Les sens sont des sentinelles vigilantes qui nous font connaître, avec autant de facilité que de promptitude, les propriétés essentielles des corps que Chevreul a si justement désignées sous le nom de propriétés organoleptiques. Combien de services nous rend leur exacte constatalion, soit pour nous diriger dans le choix des aliments, soit pour nous prémunir contre l'action des substances nuisibles.
Je divise les études que les anciens comprenaient sous la désignation de percepta, en hygiène des sens, et enhygiène del'encéphale. Plusieurs sujets qui se rapportent à ce dernier sujet ont déjà été traités dans diverses parties de cet ouvrage comme je viens de le rappeler; il en est de même de ce qui a trait à l'hygiène des sens. Je supprimerai tout ce qui se rapporte à l'anatomie et à la physiologie du système nerveux et des organes des sens. Les notions écourtées seraient sans utilité , je renvoie aux ouvrages classiques d'anatomie et de physiologie. Je me borne à indiquer brièvement les notions hygiéniques les plus précises se rapportant aux organes des sens, je m'étendrai davantage sur les rapports du physique et du moral.
Tact et toucher. — Le tact est le sens à l'aide duquel nous apprécions plusieurs propriétés importantes des corps ambiants , température, état, etc. Les phénomènes tactiles se produisent sur tous les points de la périphérie, ainsi qu'à la surface des membranes muqueuses ; nulle part ils ne s'accomplissent avec plus de perfection qu'aux doigts. La main est l'organe actif du toucher. L'habitude donne à ce sens une délicatesse bien remarquable, notamment chez les aveugles-nés, qui lisent couram- • ment avec les doigts. Plusieurs parties de notre corps jouissent d'une s sensibilité au moins aussi exquise que les mains, je pourrais mentionner les pieds, mais la gêne et l'inertie au point de vue du perfectionnement auxquels ces organes sont condamnés arrêtent tout progrès.
La première règle se rapportant à l'hygiène delà peau consiste dans les soins de chaque jour pour entretenir son extrême propreté et l'intégrité de ses fonctions. Ces soins sont d'autant plus nécessaires que sa vitalité est plus affaiblie, ou dans la vieillesse , ou dans les convalescences, ou dans les conditions si variées de la misère physiologique. Pour la pratique de ces soins, je n'ai qu'à renvoyer à la division de cet ouvrage où je traite de l'hygiène de la peau (p. 432); frictions, massage, onctions, bains, hydrothérapie p. (445 à 457) cosmétiques, (459 à 467). Les mains doivent être à l'abri du froid extrême, de l'humidité prolongée, pour éviter les crevasses, les engelures, et, sous ce rapport, l'usage des gants ne doit pas être négligé.
La deuxième règle se rapporte plus particulièrement à la main, elle consiste dans l'assiduité de chaque jour dans les travaux qui peuvent entretenir et développer l'adresse. C'est utile à un double point de vue, cet exercice entretient là sensibilité de l'organe et est l'origine de distractions qui sont d'autant plus utiles qu'on avance davantage dans !a vie.
Odorat. — L'olfaction résulte de l'impression de l'air contenant des matières odorantes (gaz, vapeurs ou poussières), sur les fosses nasales. Le flairer s'opère tantôt par plusieurs petites inspirations brusques et saccadées, tantôt par une inspiration longue et soutenue : de toute manière les molécules odorantes n'arrivent au contact de la pituitaire qu'à laide d'un courant d'air au travers des fosses nasales ; en ne respirant que par la bouche, on se soustrait aux odeurs.
L'odorat est une des deux sentinelles placées à l'entrée des voies digestives , et la plus avancée des deux ; c'est la première qui explore les aliments nouveaux ; ses indications sont plus parfaites pour certains animaux que pour l'homme, chez plusieurs d'entre eux il y a des relations évidentes avec les fonctions génésiques.
L'odorat est un sens purement qualificatif qui a plus de rapportsavec la sensualité qu'avec l'intelligence. Les règles hygiéniques qui se rapportent à l'odorat consistent à éviter tout ce qui peut modifier l'état normal des parties qui concourent à l'accomplissement de celle fonction ; les coryzas répétés altèrent la sécrétion du mucus nasal, les parfums trop énergiques épuisent l'impressionnabilité du nerf olfactif.
J'ai traité, pages 461, 462, 737, des parfums et des odeurs. Ces notions complètent ce que j'avais à dire sur le sens de l'odorat.
Goût. — Le goût, dit si justement Brillât-Savarin, nous invite, par le plaisir, à réparer les pertes continuelles que nous faisons par l'action de la vie, et il nous aide à choisir parmi les diverses substances que la nature nous présente, celles qui sont propres à nous servir d'aliments.
Les animaux se repaissent, l'homme mange; V homme d'esprit seul sait manger. — « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es. »
Les aliments qui charment le sens du goût sont, en général, plus facilement digérés que ceux qui sont indifférents ou qui répugnent; reconnaissons cependant qu'il varie suivant les pays, les mœurs, les coutumes, les habitudes, les individualités, de là le proverbe : Des goûts il ne faut pas disputer, proverbe qui a été étendu à la plupart des facultés intellectuelles et morales de l'homme. J'ai traité des objets sur lesquels le goût s'exerce en parlant des aliments, des condiments, des modificateurs, du système nerveux, je renvoie à ces articles qui sont longuement développés.
Les soins que réclament les organes de la dégustation sont de tous les jours et ont une grande importance. Je les ai exposés pages 170 à
GOUT. — VUE. 961 175, en traitant de l'hygiène de la bouche. L'abus du tabac, des liqueurs fortes, nuit à la finesse du goût, il est diminué dans la plupart des maladies fébriles, et spécialement dans les phlegmasies du tube digestif : stomatite, gastrite, etc. ; dans les pyrexies : lièvre typhoïde, fièvres éruptives, etc. Dans toutes les affections où la langue est irritée, enflammée, sèche ; enfin le goût est souvent perverti dans la gastralgie, l'hystérie, la grossesse, la glycosurie, etc. Pour rétablir l'intégrité du sens, il faut guérir la maladie qui en a amené la diminution ou la perversion, et exercer l'organe sans le fatiguer.
Vue. — J'ai traité de l'hygiène de la vue de la page 536 à 548, j'ai donné dans le Supplément, page lxx, une note de M. Javal sur les lunettes et leur emploi ; citons la lecture du même auteur sur l'astigmatisme avec des observations de M. E. Trélat (Revue d'hygiène, novembre 1880), il ne me reste qu'à indiquer rapidement les soins hygiéniques que l'œil réclame, et je ne puis mieux faire pour cela qu'à reproduire les excellents conseils donnés par M. Fieuzal, que je vais reproduire textuellement, tel qu'il les a exposés dans le Bulletin de la Société de médecine publique, séance du 27 juin 1877, à la suite de sa communication sur l'usage des verres colorés. « Laissez-moi m'élever contre certaines habitudes que je crois mauvaises, et formuler quelques règles d'hygiène oculaire contre lesquelles le plus grand nombre s'insurge, pour ainsi dire sans le savoir : je ne crois pas bon, par exemple, de faire, à grande eau, le lavage des yeux à l'eau froide. Les muqueuses se trouvent très mal du contact de l'eau froide ; ce n'est pas à dire qu'il faille faire chauffer l'eau de sa toilette pour se laver les yeux lorsque ceux-ci ne sont pas malades, mais on fera bien, croyons-nous, de se mettre en garde contre une pratique en usage chez un grand nombre de personnes et qui consiste à ouvrir de grands yeux dans l'eau, et dans tous les cas à bien irriguer les globes oculaires. Le mieux, si les yeux sont difficiles à ouvrir ou légèrement collés le matin, consiste dans l'emploi de l'eau chaude rendue légèrement astringente par l'addition de quelques gouttes d'extrait de Saturne, et s'ils ne sont pas collés, de les laver à l'eau froide, sans mouiller les globes. Je pense que les auristes défendent aussi de faire entrer l'eau froide dans le conduit auditif. Les muqueuses n'aiment pas l'eau froide, du moins d'après une expérience personnelle.
» Je signalerai encore une pratique mauvaise usitée parquélques personnes qui se servent de leur salive pour humecter leurs paupières au réveil ; je suis convaincu que la présence d'amas de leptothrix dans les conduits lacrymaux ne reconnaît pas d'autre cause. La salive du matin est le meilleur agent de transport de ces mucédinées qui, logées depuis la veille dans les interstices dentaires, sont transportées par les doigt sur les bords des paupières, et viennent ainsi se fixer dans les conduit
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lacrymaux où leur présence ne tarde pas à occasionner une obstruction des voies lacrymales en y formant une tumeur, qu'il nous est arrivé plusieurs fois de trouver formée de ces leptothrix. C'est une mauvaise pratique encore que de se frotter énergiquement les yeux, soit le matin, soit le soir ; on né réussit par là qu'à détacher des cils qui se logent sur la muqueuse bulbaire et gênent la cornée, qu'ils ne tardent pas à irriter.
» Que dirai-je encore qui ne soit pas trop banal : qu'il est mauvais de travailler aussitôt après le repas ; que les abat-jour et les tapis verts sont excellents, à la condition qu'on ne travaille pas plus de deux heures de suite sans distraire sa vue et la mettre au repos en regardant au loin; que la lecture dans la position horizontale est des plus nuisibles; que les objets de travail doivent toujours être tenus à une dislance de 30 à 35 centimètres; enfin, que les courants d'air sont une cause fréquente de catarrhe conjonctival et, qu'à ce titre, on devra bien se garder de laisser une fenêtre ouverte pendant les nuits d'été, quand même cette fenêtre serait située loin de la chambre à coucher. »
Ouïe. — Il importe de distinguer les sourds et muets de naissance de ceux qui le deviennent par maladies, défauts de soins ou de sénilité : pour ces derniers, il faut les traiter ; pour les premiers, il est indispensable de leur donner une éducation spéciale. « Avant de recevoir l'éducation spéciale qui lui est nécessaire, dit M. Hubert-Valleroux, le sourdmuet est colère, vindicatif, paresseux, jaloux et gourmand. » — « Il n'est point de créature humaine, dit Sicard, moins aimante, plus faiblement attacbée que le sourd-muet sans instruction ; et alors même qu'il a été développé par l 'éducation, il est encore remarquable par la légèreté de ses affections et le peu d'impression que font sur lui tous les stimulants de peine ou de plaisir qui agitent profondément encore notre existence morale. Rapporter tout à lui, obéir avec une impétuosité, dont nulle considération ne peut affaiblir la violence, à tous les besoins naturels: satisfaire tous ses appétits et les satisfaire toujours: ne connaître en cela d'autres bornes que l'impuissance de les satisfaire encore ; s'irriter contre les obstacles, les repousser avec fureur: renverser tout ce qui s'oppose à ses jouissances sans être arrêté par les droits d autrui qu'il ne connaît pas, par les lois qu'il ignore, par les châtiments qu'il n'a pas éprouvés. Voilà toute la morale de cet infortuné. »
L'absence de sons agit sur l'ouïe comme l'obscurité sur la vue ; la privation prolongée de la stimulation fonctionnelle a pour résultat l'affaiblissement de ce sens; la privation momentanée le repose. Aussi dit-on que le silence porte au recueillement, au sommeil, comme il favorise les opérations de l'intellect en supprimant les causes de diversion 9X tenante : l'ouïe, comme les autres sens, doit être accoutumée à une mande variété d'impressions.