VUE. — OUIE
Les fortes détonations peuvent produire des effets variés : stupeur passagère, pesanteur de tète, engourdissement général, douleurs articulaires, hémorrhagies nasales et bronchiques. Les convulsions, les avortements produits par des détonations soudaines et fortes sont peut-être un effet plus moral que physique. Dans l'oreille elles peuvent occasionner des lésions graves, telles que phlegmasie, hémorrhagie, surdité plus ou îiitiins prolongée, rupture du tympan; ce dernier accident survient parfois chez les jeunes canonniers à la suite des décharges simultanées de grosses pièces d'artillerie en grand nombre.
Le timbre et le ton de certaines vibrations sonores sont presque insupportables à l'oreille, qui finit pourtant par s'y habituer : tels sont le frottement du verre par un corps dur, celui de la lime sur les métaux ou sur une scie, le grattage des murs, le déchirement du papier, le repassage des couteaux, la trépidation des navires à hélice. Ces bruits sont à l'oreille ce que le scintillement ou les contrastes aigus et heurtés de couleurs sont à l'œil. D'après Ménière, les grandes usines où règne toujours un bruit éclatant, les ateliers de chaudronnerie, etc., comptent presque autant de sourds que d'ouvriers. L'obstruction de l'ouïe est commune chez les gens d'équipages des bombardes, des canonnières, des navires qui servent d'écoles d'artillerie (Fonssagrives).
La succession d'un son, d'un bruit, d'un mouvement quelconque dans un ordre régulier, et, par intervalles égaux et d'égale durée, constitue le rhythme.
a La musique militaire, dit Lévy, contribue à éloigner la nostalgie des rangs de l'armée; la musique, en général, est puissante à exciter, à calmer, à dériver les passions. »
L'audition d'une bonne musique est une des meilleures distractions pour les travaux de l'esprit quand elle ne va pas jusqu'à la fatigue, c'est une des jouissances les plus compatibles avec la santé.
Les obstacles accidentels à l'exercice de l'ouïe sont l'accumulation du cérumen, les écailles épidermiques, les corps étrangers, le défaut de renouvellement de l'air. Le cérumen accumulé forme un bouchon adossé à la membrane tympanique et s'avançant dans le conduit auditif qui lui sert de moule ; il en résulte une démangeaison, une sorte d'embarras au fond de l'oreille, rarement une douleur qui s'étend à la tête, toujours un affaiblissement de l'ouïe qui peut aller jusqu'à la surdité. On l'extrait avec un cure-oreille, et, quand sa densité l'exige, on le ramollit préalablement à l'aide d'injections d'eau tiède au moyen d'un irrigateur comme Bonafons le conseille. Il est bon, pour assurer l'effet de ces irrigations d'introduire le soir dans le conduit auditif quelques gouttes de glycérine à l'aide du petit doigt.
D'après Ménière, les artisans exposés par leur métier à de brusques variations de température éprouvent souvent des maladies d'oreilles ■
les boulangers, les chauffeurs de machines à vapeur, les teinturiers, les apprêteurs d'étoiles, etc., sont dans ce cas. L'action d'un courant d'air froid sur une oreille détermine fréquemment une phlegmasie du tympan, un abcès de la caisse ; il en est de même de l'eau froide qui pénètre dans les oreilles pendant un bain froid.
Les demi-sourds, dit Ménière, ont le tort de vouloir trop entendre : ils exigent de leur oreille un travail hors de proportion avec le peu d'énergie vitale qu'elle conserve ; au lieu d'en soutenir la force par un exercice modéré, ils l'épuisent par une action trop vive, trop continue. Ceux dont la sensibilité acoustique va toujours en diminuant trouveront-ils dans les inventions de l'art quelques auxiliaires plus ou moins efficaces? Les instruments acoustiques, sorte de prothèse hygiénique, sont à l'oreille ce que les verres sont aux yeux; ils servent de palliatifs à un effet produit par des lésions très diverses. Pour les personnes dont l'ouïe s'est affaiblie au déclin de l'âge ou dans la vieillesse, les cornets semblent avoir la même utilité que les verres convexes pour les presbytes, car tous les sons de la voix sont perçus par elles à la condition de vibrer plus ou moins près de leur oreille, et sur un ton plus ou moins élevé.
Malheureusement cette faculté conditionnelle de percevoir les sons doux ou faibles de la voix articulée manque dans l'espèce de surdité la plus commune, elle manque chez tous les sourds qui le sont de naissance ou qui le sont devenus dans l'enfance, dans la jeunesse et même dans l'âge adulte. Pour faciliter l'audition chez les demi-sourds, l'auxiliaire le plus utile, selon Ménière, le plus innocent , le plus efficace, est la main placée derrière le pavillon : en la portant un peu en avant, elle agrandit le récipient des ondes sonores et rend l'ouïe facile sans nuire à l'organe nerveux. L'inconvénient des cornets métalliques est, non seulement d'amplifier les sons, mais de leur donner un éclat dangereux, de produire des vibrations stridentes qui usent promptement le reste de sensibilité du nerf auditif ; aussi les personnes qui se servent de ces instruments arrivent-elles promptement à faire usage des plus volumineux. La main, au contraire, n'est employée que momentanément, la fatigue même qui résulte de sa position derrière l'oreille empêche d'en prolonger trop l'usage, son tissu charnu, son analogie avec le pavillon, ne dénature pas les sons, ne les exagère pas trop, et tend à conserverie judicieux emploi d'un organe affaibli.
Hygiène morale (1). — L'hygiène morale comprend deux parties distinctes: la première appartient plus au domaine des sciences qui ont le
M) Lallcmand, Éducation publique, éducation morale. Paris, 18*8, 18'»2, in-li. — Ed. Feuchsterslcbcn, Hygiène de l'âme, traduit de l'allemand. Paris, 1853, in-12. —