‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 288 sur 371 · HYGIÈNE MORALE. - INFLUENCE DES AGENTS PHYSIQUES · texte numérisé non relu

HYGIÈNE MORALE. - INFLUENCE DES AGENTS PHYSIQUES

plus progressé dans les cinquante dernières années de ce siècle, elle traite de l'influence des agents physiques sur le moral ; et la deuxième, qui est plus riche en vues de l'esprit, en raisonnements qu'en faits, doit s'occuper de l'influence du moral sur le physique. On comprend sans peine que dans cette immense étude, l'hygiéniste doit se borner aux choses qui intéressent la conservation et le perfectionnement de la santé. 11 doit s'aider des découvertes qui sont plus spécialement du domaine de la physiologie, de la psychologie, mais sans jamais oublier son but. Par-dessus tout il ne doit pas se laisser guider par les paroles du maître, mais par les observations qu'on ne saurait contester, qui peuvent être contrôlées par tout savant judicieux. Delà sorte, on s'écarte beaucoup des sentiers battus, mais les meilleurs auteurs ont assez répété, en les rajeunissant, les conceptions de Galien, pour qu'il soit encore utile de les imiter. Il faut absolument rentrer dans la voie sévère de l'observation. Peut-être trouvera-t-on qu'en reconnaissant l'excellence du précepte, je m'en suis quelquefois écarté. Il ne faut ici accuser que mon insuffisance, et ce désir, dont bien peu savent se défendre, de plaider en faveur d'idées préconçues.

Influence des agents physiques sur le moral. — Les observations les plus anciennes ont mis en lumière l'influence des agents physiques sur le moral. «De longues expériences, dit Volney (i), avaient appris aux anciens que la science diététique composait une grande partie de la science morale : chez les Egyptiens, chez les anciens Perses, chez les Grecs même, à l'aréopage on ne traitait les affaires graves qu'à jeun ; et l'on a remarqué que chez les peuples où l'on délibère dans la chaleur des repas ou dans les fumées de la digestion, les délibérations étaient fougueuses, turbulentes, et leurs résultats fréquemment déraisonnables et perturbateurs. » Combien sont plus fréquentes aujourd'hui et plus importantes les applications de la diététique à la morale, que de maux causés par les abus des alcooliques, de l'opium, du haschisch, de la coca, du tabac ! Combien s'est étendu et varié l'usage de modificateurs

Foissac, Hygiène philosophique de l'âme. Paris, 1863, in-8°, 2e édit. — Bourdct, Hygiène morale. Paris, 1858. — Descieux, Influence de l'état moral de la société sur la santé publique. Paris, 1865, in-8°. — Lélut, Physiologie de la pensée, recherches critiques des rapports du corps à l'esprit, 2 vol. in-8°. Paris, 1862. — Paul Janct, La famille. — Le matérialisme contemporain. — La crise philosophique. — Le cerveau et la pensée.

— Ad. Franck, Philosophie du droit pénal. — Philosophie mystique.— Ém. Saisset, L'âme

et la vie. — Aug. Laugel, Les problèmes de la nature. — Les problèmes de la vie.

Les problèmes de l'âme. — Charles de Rémusat, Philosophie religieuse. — Albert Lemoine, Le vitalisme et l'animisme de Slahl. — De la physionomie et de la parole.-^ Ad. Garnier, De la morale dans l'antiquité. — C. Coignet, La morale indépendante. — Schopenhaner, Le fondement de la morale. — Jules Barni, La morale dans la démocratie.

— Herbert Spencer, La morale évolutionniste. — Hartmann, Philosophie de l'inconscient.

— Guyau, La morale anglaise contemporaine. — Marcou, La solidarité morale. (1) Volney, La loi naturelle, 1 vol. gr. in-8». Paris, Dcvès, p. 90.

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hygiéniques du système nerveux qui ont pour résultat de troubler la

raison!

Quand, pour une cause ou pour une autre, la santé physique est vacillante, combien de fois le moral en est influencé! a Dès que le corps est dans l'abattement, l'âme est sans vigueur, » a dit avec vérité une femme aussi distinguée par la finesse que par l'élévation de son jugement quand elle ne se mêlait ni de politique ni des choses de la religion (1). « L'esprit dépend si fort du tempérament et de la disposition des organes du corps, dit Descartes (2), que s'il est possible de trouver quelque moyen qui rende communément les hommes plus sages et plus habiles qu'ils n'ont été jusqu'ici, je crois que c'est dans la médecine qu'il faut le chercher. Il est vrai que celle qui est maintenant en usage contient peu de choses dont l'utilité soit si remarquable; mais sans que j'aie aucun dessein de la mépriser, je m'assure qu'il n'y a personne, même de ceux qui en font profession, qui n'avoue que tout ce qu'on y sait, n'est presque rien en comparaison de ce qui reste à savoir, et qu'on se pourrait exempter d'une infinité de maladies tant du corps que de l'esprit et même aussi peut-être de l'affaiblissement de la vieillesse, si l'on avait assez de connaissances de leurs causes et de tous les remèdes dont la nature nous a pourvus. Or, ayant dessein d'employer toute ma vie à la recherche d'une science si nécessaire, et ayant rencontré un chemin qui me semble tel '; on doit infailliblement la trouver en le suivant, si ce n'est qu'on en soit empêché par la brièveté de la vie... »

Ce que Descartes disait, il y a deux cent trente-quatre ans de l'insuffisance des sciences médicales, on pourrait le répéter aujourd'hui avec presque autant de raison. Les médecins, il est vrai, se sont inspirés de sa méthode, mais ce sont d'autres branches de la médecine qu'ils ont perfectionnées en la suivant. L'étude des causes a fait peu de progrès, c'est dans cette voie, indiquée par Descartes, que je me suis engagé depuis vingt-neuf ans. Ce que j'ai fait est peu de chose, mais nos successeurs feront mieux, la science est l'œuvre des siècles. Ce qu'il y a de plus important dans l'étude des agents physiques sur le moral de L'homme, je l'ai exposé dans la partie la plus considérable de cet ouvrage, consacrée à l'étude des modificateurs, je vais en rappeler les traits princi|>aux. Mentionnons d'abord l'influence des climats, sur laquelle Montesquieu et Cabanis ont insisté avec beaucoup plus de force que de précision. Sans doute, on ne saurait méconnaître les effets sur l'homme des climats chauds, j'en ai traité en parlant du travail corporel selon les climats (voy. p. 500), mais les agents physiques dont l'action est indubitable sont ceux qui sont absorbés. Ces agents physiques peuvent manifester

(1) Leltrrx de Madame de Maintenon à Charles iTAubigné.

(2) Descartes, Discours sur la méthode, G* partiet édit. Dcsycz, p. 52.

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