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INFLUENCES DU PHYSIQUE SUR LE MORAL

leur puissance sur le système nerveux très peu de temps après leur absorption; ce sont les alcooliques, les caféiques, le tabac, etc.; j'en ai traité de la page 291 à 378; ou bien ils ne manifestent leur funeste influence que par suite d'un long usage, et cette influence s'accentue souvent dans la progéniture. Rappelons l'usage des eaux potables donnant le goitre, et conduisant la deuxième ou la troisième génération au crélinisme ou à la surdi-mutité (voy. p. 172 à 182); l'emploi du maïs altéré engendrant la folie pellagreuse(p. 882). L'absorption lente et continue du plomb (voy. p. 741 et 743), du mercure (p. 760), du sulfure de carbone (p. 775), et de beaucoup d'autres agents produisant sur le système nerveux, sur l'intelligence, de funestes effets. Ces maux ne se bornent pas à ceux, qui ont directement ressenti l'action de ces modificateurs, mais dans bien des cas ils s'étendent à leurs enfants. L'abus des alcooliques, du tabac et des autres modificateurs du système nerveux de la première série, est également pernicieux pour les enfants qui naissent de parents qui ont abusé de ces excitants spéciaux. Il n'est point de cause plus puissante de dégénérescence de l'espèce humaine. Voilà pourquoi j'ai consacré beaucoup de développements à ces questions dans les passages que je viens de rappeler, elles ont une importance considérable pour l'avenir des sociétés humaines.

Je rappellerai également les considérations que j'ai développées, se rapportant à l'influence de l'alimentation dans laquelle interviennent, d'une manière dominante certaines matières alimentaires, sur le caractère des peuples. Je dois citer l'abus des poissons chez les Romains, les Grecs de la décadence, chez les Chinois (p. 204), et l'usage rationnel de la viande chez les ouvriers anglais (p. 215).

Influences du moral sur .le physique. — Ces influences peuvent être ou favorables ou nuisibles. Je vais commencer par ces dernières, en me bornant, autant que je le pourrai, aux choses que j'ai vérifiées à bien des reprises, sans m'astreindre à un cadre complet; car je me trouverais trop souvent en présence de difficultés que je ne saurais résoudre. Comme j'ai observé beaucoup plus de glycosuriques que d'autres malades, c'est à leur histoire éliologique que j'emprunterai mes premiers faits.

Influences nuisibles du moral sur le physique. — Les auteurs d'hygiène ont, depuis Galien, traité de l'influence des troubles de l'âme (animi pathemata) sur la santé, mais que de suppositions au lieu de faits bien constatés. Ces suppositions ont passé dans les paragraphes des ouvrages de pathologie consacrés h l'étiologie. On s'aperçoit par une lecture attentive que les pathologistes modernes les plus judicieux les répèlent sans conviction.

Abus des plaisirs semels. — Il est une influence fâcheuse de l'esprit sur le corps qui mérite de fixer notre attention. L'homme, les animaux sont poussés par l'instinct, par le plaisir, aux rapprochements sexuels.

La satisfaction non abusive de ce besoin est une condition normale de santé. Chez la plupart des animaux, cette satisfaction amène la satiété et le repos. Après avoir énuméré dans ses entreliens les différences principales qui distinguent l'homme des animaux, Socrate disait (1) : « Parlerai-je des plaisirs de l'amour? Il n'est permis aux animaux de s'y livrer que dans une saison de l'année : l'homme seul peut les goûter en tout temps, jusque dans la vieillesse. i Je me permettrai de ne point adopter complètement l'opinion du père de la philosophie. Je pense que ce privilège qu'il croit appartenir à l'homme n'est souvent que le résultat d'une inlluence nuisible de l'esprit sur le corps. Saint Augustin a exprimé cette pensée avec une grande élévation : « L'homme, dit-il, qui, par la parfaite soumission du corps à l'esprit, devait être spirituel même dans la chair, est devenu charnel même dans l'esprit : Qui futurus erat etiam carne spiritualis, factus est mente carnalis. » Je vais chercher à démontrer que cette disposition charnelle de l'esprit qui conduit l'homme à goûter les plaisirs de l'amour en tout temps, et jusque dans la vieillesse, peut être très nuisible à la santé.

Par la spécialité des malades auxquels j'ai eu depuis longues années à donner des conseils, j'ai dû porter mon attention sur l'influence de l'abus et de l'usage des plaisirs sexuels chez les personnes affaiblies. Les glycosuriques qui ne suivent pas ou observent mal le traitement hygiénique rationnel, deviennent impuissants avant l'âge. Plusieurs de ces malades, par un régime convenable, peuvent voir renaître leur puissance; mais, s'ils en usent trop tôt ou s'ils en abusent, toujours après chaque acte la quantité de sucre augmente dans les urines, et une faiblesse très manifeste en suit l'accomplissement. Cet état de faiblesse est quelquefois si grand, qu'il peut conduire à un véritable anéantissement. J'ai observé deux cas de mort presque subite auxquels je n'ai pu attribuer d'autres causes. J'ai rapporté, dans mon Traité de glycosurie, page 244, deux observations de glycosuriques qui, ayant des femmes jeunes et très belles, restèrent puissants par l'influence de leur volonté, mais qui devinrent absolument incurables, et 'périrent très vite, malgré un régime convenable.

Les anciens glycosuriques impuissants, qui pensent incessamment aux choses qu'ils devraient oublier, qui restent charnels dans l'esprit, sont, toutes choses égales, beaucoup plus difficiles à diriger et à guérir que ceux dont l'esprit dirige le corps.

Tout acte prématuré, chez les personnes affaiblies par la maladie et par la diète, et surtout chez les vieillards, peut être suivi des plus grands dangers. J'ai connu un cas de mort subite déterminée par cette cause. Très vraisemblablement une syncope prolongée avait suspendu

(1) Entretiens de Socrate. par Xénophon ( Moralistes anciens, Lcfèvrc, 1842, p. 3ij.

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