COLÈRE. — ORGUEIL
le mouvement du cœur ou les phénomènes respiratoires. Là ce n'était pas un besoin de nature, mais un écart d'imagination qui avait conduit à l'accomplissement d'un acte aussi dangereux qu'intempestif.
Colère. — Des accès violents de colère ont déterminé des congestions cérébrales, des ruptures de vaisseaux; mais ces accidents sont si rares, qu'ils n'établissent pas avec netteté l'influence nuisible de ce fâcheux état de l'àme sur la santé. Voici une observation que j'ai vérifiée si souvent que je la considère comme une loi : toutes les fois qu'un ghjcosurique se laisse aller à un violent accès de colère, la quantité de sucre augmente dans ses urines, toutes choses étant égales pour son régime, son travail corporel, etc. Par une très curieuse coïncidence, beaucoup de glycosuriques deviennent, par le fait de leur maladie, enclins à de fréquents accès de colère, ou à de nuisibles impatiences qu'ils contiennent par la raison, ou qu'ils exercent le plus souvent sur leurs femmes, s'en prenant souvent à elles de leur impuissance.
Le sucre peut apparaître également dans les urines d'une personne en santé, par suite d'un violent accès de colère, quand les matériaux glycogéniques dominent dans les liquides et les organes d'un homme par suite d'une alimentation trop abondante et d'une dépense insuffisante. Je suis convaincu (voy. De la glycosurie, p. 45 et 244) que souvent un accès violent de colère a déterminé les premiers accidents glycosuriques, qui ont continué par le fait qu'ils avaient déjà commencé.
L'orgueil et l'envie exercent certainement une influence fâcheuse sur la santé lorsque ces passions sont dominantes. L'homme en proie à l'envie éprouve, comme l'observation unanime semble l'établir, des dérangements dans les fonctions du foie ou d'autres parties de l'appareil digestif; mais la démonstration clinique de ces vérités me parait difficile à donner. D'un autre côté, rien n'est plus propre que l'envie à pervertir les sentiments moraux les plus élevés. Les désordres sociaux qui, dans le temps présent, nous éprouvent si fort, ont pour point de départ l'envie de la pire espèce ; c'est comme à Athènes du temps de Socrate. L'orgueil lui aussi agit plutôt sur le moral que sur le physique ■ de l'homme. C'est la raison qui est pervertie quand cette passion devient intense. Ces troubles de la raison, ces monomanies d'orgueil, échappent souvent aux observateurs inattentifs. Quelques-uns de ces maniaques d'orgueil savent très bien dissimuler aux autres leur folie : il faut une •pénétrante observation pour la découvrir. A eux seuls, l'invention, le génie; ils sont les premiers de la création; eux seuls peuvent gouverner, sauver la société. Combien ils sont nombreux ces premiers du monde, ces sauveurs! Cette influence néfaste de l'orgueil s'observe fréquemment chez les hommes éminenls des lettres, des sciences, de la imédecine surtout. C'était déjà vrai du temps de saint Augustin : Quan-
tum propinquaverunl inlelligentia, tanlum superb la recesse ru ni. Depuis quelques années, la monomanie de l'orgueil a pénétré dans les ateliers. Visitez les réunions fréquentées par ces ouvriers. Les réformateurs, les sauveurs de l'humanité y foisonnent. Charenton transformé en une immense cité ne serait pas encore assez grand pour contenir tous ces fous! Quelques femmes elles-mêmes marchent en avant de cette cohorte qui veut transformer la société.
Les émotions morales profondes troublent les phénomènes de la digestion. Qui de nous n'a eu des occasions de contrôler sur lui-même la vérité de cette remarque? Bien des observations ont été rapportées qui témoignent de l'influence de vives émotions sur la production du pigment. Que de personnes ont vu, après de grands troubles moraux, survenir le blanchiment de leurs cheveux; mais c'est de phénomènes pathologiques plus nets dont je vais m'occuper ici.
Il y a vingt- cinq ans, j'ai observé, avec mon excellent ami le professeur Chomel, un cas des plus remarquables d'ictère déterminé subitement par suite d'une violente émotion morale. Ce n'est pas seulement la couleur de la peau, la coloration ictérique des urines, qui caractérisait cette curieuse perturbation. La quantité d'urine était triplée, et la proportion d'urée excrétée par les reins, dans les vingt-quatre heures, à peu près quintuplée. Ce ne fut pas pour moi une observation isolée; j'ai eu l'occasion de la vérilier par de nouveaux faits (Annuaire 1846, page 328, et Glycosurie, notes et documents, p. xxxviu). Je ne connais pas de modifications plus saisissantes au point de vue des phénomènes physiologiques et pathologiques produits sous l'influence de troubles moraux. L'abus continué de plusieurs modificateurs énergiques du système nerveux, l'alcool, l'opium en fumée, le haschisch, la coca, peut être considéré comme une des causes les plus certaines de l'aliénation mentale. Les passions désordonnées troublent aussi souvent la raison. Les émotions morales profondes doivent être rangées parmi les causes de folie les moins équivoques, et parmi ces émotions aucune n'agit aussi subitement, aussi sûrement, que celles qui sont déterminées par les révolutions, par les insurrections populaires. Une ambition absurde, un orgueil insensé, voilà de funestes passions qui, aidées par l'alcoolisme, troublent la raison d'un grand nombre de citoyens qui avaient du bon sens dans le cours régulier de la vie.
Outre ces cas de folie épidémique, qui ne sont pas remarqués parce qu'ils sont trop communs, se présentent des cas de délire aigu qui se rattachent évidemment aux profondes émotions déterminées par la guerre civile. En 1830, 1848, 1851, 1871, nous avons, à Paris, constaté des faits non équivoques qui démontrent le bien fondé de cette étiologie.
Chagrins prolonges. — Il est d'observation commune que les chagrins prolongés exercent le plus souvent une perturbation considérable