‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 293 sur 371 · GOURMANDISE. — PRÉVOYANCE. — AVARICE · texte numérisé non relu

GOURMANDISE. — PRÉVOYANCE. — AVARICE

Ulvsse a pu se soustraire à cette funeste métamorphose, c'est qu'il était éclairé parles conseils de Mercure et que sa sobriété ne lui permettait pas de prolonger les plaisirs de la table, quand il n'y était plus invité par le besoin. Combien l'invention des liqueurs fortes a rendu les plaisirs delà table plus dangereux de nos jours qu'aux temps de l'enchanteresse Circé.

Tous les philosophes ont insisté avec force sur la nécessité de résister ; aux excès de la table et de vaincre ce penchant par une ferme volonté. « Le plaisir de la nourriture, dit Bossuet (1), captive les hommes, au lieu de manger pour vivre, ils semblent, comme disait cet ancien et après i lui saint Augustin, ne vivre que pour manger. » — « Ceux-là même qui ■ savent régler leurs désirs et sont amenés aux repas par la nécessité de I leur nature, trompés par le plaisir, et engagés plus avant qu'il ne faut I par ses appas, sont transportés au-delà des justes bornes; ils se laissent insensiblement gagner à leur appétit, et ne croient jamais avoir satisfait entièrement au besoin tant que le boire et le manger flattent leur goût. » — « La convoitise, dit saint Augustin (2), ne sait jamais où finit i la nécessité! Nescit cupiditas, ubi finiatur nécessitas. »

C'est par une action morale que nous arrivons à pratiquer la sobriété,

• et réciproquement, quand nous nous laissons aller au penchant naturel de la gourmandise par ces excès physiques, le sens moral est dégradé.

'« C'est là, ajoute Bossuet (3), une maladie que la contagion de la chair produit dans l'esprit; une maladie contre laquelle on ne doit pas cesser

-Ide combattre, ni d'y chercher des remèdes par la sobriété et la tem- ; pérance. »

J'ai montré dans trop de parties de cet ouvrage tous les maux qui marchent à la suite de l'intempérance, pour qu'il soit nécessaire d'y revenir ici. Je rappellerai seulement les articles consacrés à l'étiologie Ide la glycosurie, de la goutte, de la gravelle urique, des dyspepsies, etc.,

• et des dangers de l'abus des alcooliques. On comprendra sans peine quelle heureuse inlluence peut avoir le moral sur le physique pour combattre cette funeste passion de la gourmandise.

Prévoyance. — L'homme n'est pas comme l'abeille ou la fourmi, prévoyant par instinct, il le devient par expérience et par réflexion. C'est une h ureuse influence morale qui le conduit à mettre en réserve l'excédant des jours prospères et à préparer, durant la saison favorable, des abris qui le défendront des intempéries.

Cette prévoyance écarte de lui les privations les plus rudes et lui permet de conjurer les dangers qui le menacent incessamment. Grâce

(1) (ICuvres philosophiques de Bossuet, édit de L Simon, p. 295,

(2) Act. xiv, 1G.

(3j Bossuet, loc. cit.

à celte prévoyance, l'homme a pu se multiplier et former des sociétés dans des espaces restreints.

11 a pu devenir cosmopolite et s'étendre sur presque toute la surface de la terre, malgré les conditions climatériques si différentes que, parmi tous les êtres de la création, il est le seul qui ait pu les braver. Les plantes, les animaux, sont confinés dans des espaces relativement limités, l'homme seul a pu s'établir de 1 equateur au pôle, dans les plaines au niveau des mers et à la cime des montagnes les plus élevées. J'ai montré dans la partie de cet ouvrage consacrée à la misère physiologique, quelle était l'importance, non seulement pour l'individu, mais encore pour la conservation de la société, de cette vertu morale, la prévoyance. Poussée à l'excès, elle devient un vice qui assombrit l'existence de celui qu'elle domine, qui stérilise en ses mains les trésors qu'il accumule, et qu'il accumule souvent, en pressurant ses semblables, en exerçant une usure impitoyable. Ce vice est Y avarice. C'est par une heureuse influence du moral sur le physique qu'on peut le combattre. On en vient définitivement maître en appréciant de plus en plus le bonheur qu'on éprouve à soulager les misères qui vous entourent. La pratique régulière de la charité est le remède le plus efficace contre l'avarice. Quand cette passion domine une créature humaine, c'est unexemple des plus nets de la funeste influence du moral sur le physique. L'avare, négligeant de satisfaire ses besoins réels, tombe sous les coups de la misère physiologique; j'ai précédément exposé tous les maux qui marchent à sa suite.

Espérance. — Bienfait d'humanité, remède merveilleux pour combattre le pessimisme. On trouve dans l'espérance le consolateur le plus efficace, et une puissance considérable pour marcher vers le bien. Voir un avenir long et prospère, le préparer par le travail corporel et intellectuel, soutenu; voilà ce qui convient à la jeunesse. En avançant dans la vie on trouve encore dans l'espérance, le moyen le plus sur d'oublier les maux réels, en se créant d'utiles illusions qu'il convient de restreindre dans de sages limites. L'homme n'est jamais vraiment malheureux lorsqu'il peut, lorsqu'il sait cultiver l'espérance. C'est à lui qu'on peut appliquer cette sage pensée : « On n'est souvent heureux qu'en espérant de l'être. »

La santé physique a beaucoup à gagner quand l'esprit est tranquille et que l'homme espère. Lorsque, dans une maladie, on a une ferme confiance dans la guérison, la moitié de la cure est faite. Donner de l'espoir au malade, est le premier service que le médecin lui rend. Quand on le consulte, ainsi que le pratiquait Mauperluis le pessimiste, pour faire comme tout le monde, sans avoir foi en lui, son rôle est alors, dans beaucoup de cas, bien eiïacé.

Je n'étendrai pas ces études sur l'influence heureuse du moral sur le

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