INFLUENCE DU MORAL SUR LE PERFECTIONNEMENT PHYSIQUE
physique de l'individu, mais je dois montrer rapidement que c'est encore par une action bienfaisante du moral sur le physique que les races humaines se sont approchées de la perfection compatible avec leur nature. Est-il nécessaire d'insister sur l'incroyable désordre d'une inteltelligence qui n'a point été cultivée, et que le travail n'a pas développée? Les préjugés les plus monstrueux, les croyances les plus ignobles, la stupidité la plus bestiale, déshonorent la divine créature devenue l'image de la brute. Le travail intervient, il anime cette chair, il réveille cette âme endormie qui s'ignore, il refait un homme enfin de ce pauvre délaissé qui allait descendre aux derniers confins de l'animalité.
C'est par le travail des générations, uni au travail individuel et à une heureuse nature, que se sont produites ces nobles figures qui constituent la gloire du genre humain : dans la philosophie et l'éloquence, Socrate, Platon, Démosthène, Cicéron; dans la poésie, Homère, Virgile, Milton, Dante; dans la science, Aristote, Hippocrate, Newton, Lavoisier. Le but le plus élevé auquel l'homme puisse atteindre, la vertu, on n'y parvient pas sans travail. Le dévouement à ses semblables, l'amour de la patrie, paraissent des sentiments spontanés qui brillent souvent de l'éclat le plus vif dans des natures incultes en apparence ; mais si l'on y regarde de près, on y trouvera toujours l'empreinte du travail des générations et d'un effort individuel considérable, qui a pris son point d'appui dans quelque condition exceptionnelle.
Les premières ébauches de la civilisation se font dans l'esprit, c'est donc du moral que part le perfectionnement physique. C'est cette grande vérité que nous allons chercher à établir. Les sens sont impressionnés par les objets extérieurs, par les communications avec d'autres êtres; ces impressions sont transmises au cerveau; cet organe mis en mouvement se développe par le fait de l'exercice; la répétition journalière continue des impressions sur lui produit son développement, comme cela arrive aux autres organes, par le fait de la continuité d'un exercice régulier. Le perfectionnement acquis se transmet, par génération, aux descendants et se développe successivement par la continuité de nouveaux efforts chez les générations qui se succèdent. Le perfectionnement peut marcher plus rapidement par la loi de sélection exposée par Darwin.
C'est donc bien par le moral qu'a commencé le perfectionnement physique, et le perfectionnement physique acquis a servi secondairement au perfectionnement du moral. Nous allons chercher les raisons biologiques qui rendent compte de la perfectibilité de l'homme et comment les animaux ne peuvent s'avancer vers ce but que d'une façon très limitée; ils reçoivent cependant les impressions extérieures par les autres êtres de la création et par des sens plus perfectionnés que les nôtres. Chez l'homme, la suture des parties osseuses enveloppant le
BOUCHAKDAT. — HYGIÈNE. 02
cerveau, est incomplète à la naissance; chez les animaux cette suture est à la luis plus complète et plus précoce. La boîte osseuse s'oppose bientôt au développement de l'organe. D'où un temps d'arrêt forcé. Les jeunes animaux, sont plus intelligents, plus avancés, toutes choses égales, que les jeunes enfants; mais le progrès s'arrête par la suture précoce des pièces composant la boîte osseuse. Pour se convaincre de l'importance de ces faits, il suffit de comparer aux. différents âges de la vie les crânes des chimpanzés, des orangs-outangs, à ceux de l'homme. Cette influence de la différence, dans le mode et la précocité des soudures, se remarque encore dans les différentes races humaines. Gratiolet a établi trois divisions principales de notre espèce sous les noms de Frontale ou Caucasienne, de Pariétale, et d'Occipitale ou Éthiopienne. 11 a montré que, dans la race Caucasienne, la fontanelle antérieure est la dernière à s'ossifier, afin de permettre le plus grand développement possible des lobes frontaux, et que dans la race éthiopienne c'est la condition inverse qui existe, la fontanelle postérieure s'ossiflant la dernière. D'après cette disposition, dans les races supérieures, les lobes frontaux des hémisphères continuent à se développer longtemps après que l'occlusion des sutures postérieures a mis fin à l'accroissement du reste du cerveau ; dans les races inférieures, au contraire, l'ossification des sutures procède d'avant en arrière, et il en résulte que les parties antérieures du cerveau sont les premières arrêtées dans leur développement.
Nous pouvons maintenant comprendre comment les races humaines se sont perfectionnées et entrevoir les limites de la perfectibilité humaine. « On se tromperait beaucoup, dit l'abbé Frère (Philosophie de l'histoire, p. 173, Gaume, 1838), si l'on croyait que le volume et la forme des crânes des premières périodes d'un peuple sont les mêmes que dans les dernières, ou bien encore que dans une même période on peut trouver des crânes ayant la forme et le volume de toutes les autres. Nous croyons pouvoir affirmer que les crânes d'une même période se ressemblent pour le dessin, le volume, et surtout dans les proportions de la partie antérieure à la partie postérieure. Nous croyons aussi qu'il existe un développement gradué dans les crânes depuis la première période jusqu'à la dernière; que la forme, le dessin, les proportions entre la partie postérieure et antérieure, entre le crâne et la face, changent avec la période, et vont toujours en augmentant et eu s' harmonisant. »
Frère est arrivé à ces conclusions par l'examen des crânes d'hommes recueillis parmi des momies égyptiennes, des sépultures juives, romaines et gauloises, aux différents âges, etc. (Il a légué sa précieuse collection au Muséum d'histoire naturelle. ) Il a eu outre étudié les crânes sur les bas-reliefs, les sculptures des différentes époques de civilisation df divers peuples. 11 a ainsi établi, un peu arbitrairement, je le recou-