‹ Traité d'hygiène publique et privéeChapitre 3 sur 371 · I, PRÉFACE · texte numérisé non relu

I, PRÉFACE

doivent être leurs conditions d'association pour constituer un aliment complet. Celte étude forme la base autour de laquelle viennent converger toutes les notions sur les régimes. J'ai soin de montrer que l'aliment complet n'est pas le même dans les conditions diverses où l'homme est placé. Je choisis le lait comme étant le type le plus remarquable d uu aliment complet. C'est pour cela que j'attache la plus grande importance à l'histoire physiologique de ce liquide, à ses applications dans la santé et dans les maladies. J'étudie ensuite les aliments complexes, c'est-à-dire ceux qui sont formés par la réunion de plusieurs matériaux alimentaires (pain, viande, fruits, herbes). Après avoir indiqué les principes immédiats dont ils se composent, j'apprécie leur rôle, et je cherche ce qu'il faut ajouter à chacun d'eux pour constituer un aliment complet dans les conditions si diverses où l'homme peut se trouver placé.

La question des eaux potables a été traitée avec tous les développements désirables. L'influence de ces eaux sur la production des endémies (goitre, crétinisme, bouton d'Alep, etc.) a été scrupuleusement examinée.

Les aliments complexes fournis par le règne animal occupent une place importante dans notre ouvrage. J'appellerai l'attention sur les divisions consacrées aux poissons, aux viandes de boucheries, aux animaux malades, à la conservation, à la préparation de ces aliments.

J'établis dans le groupe des aliments complexes fournis par le règne végétal deux grandes divisions : ceux qui se rapprochent de l'aliment complet (graines, gemmes) ; ceux qui s'en éloignent par leur composition (fruits, racines, feuilles, champignons). Les questions qui se rapportent aux céréales, au pain, sont développées avec soin. J ai cherché «à apprécier le rôle des condiments autrement qu'on ne l'a fait jusqu'ici, en montrant qu'ils sont utiles en détruisant la vitalité de ferments organisés et vivants, qui troublent souvent la digestion.

Je crois avoir fait une chose utile en réunissant dans un même groupe les modificateurs du système nerveux dont L'hygiéniste doit s'occuper; je les divise ainsi : lnceux dont l'action est généralement favorable (café, thé); 2nceux dont les effets sont utiles ou nuisibles suivant les doses et les conditions d'emploi (alcooliques, tabac, coca); 3° ceux qui sont nuisibles (opium, hachisch). Les hommes de toutes les parties du monde, sauvages ou civilisés, recherchent ces substances qui ébranlent le système nerveux. Tous les peuples usent souvent , avec passion, de ces agents qui animent, mais souvent éteignent, la raison humaine, celle

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lumière si vacillante. J'ai terminé ce qui a trait à l'alimentation en exposant le régime qui convient dans les maladies, et en choisissant comme exemples les dyspepsies, la glycosurie, la goutte, la gravelle urique, les calculs biliaires.

Les excrétions sont des résidus destinés à être éliminés de l'économie. J'ai montré que leur étude intéresse l'hygiéniste à bien des point de vue. Le procédé le plus sûr de nous rendre compte de l'énergie des fonctions organiques, c'est de déterminer la quantité des grands résidus de ces actions (urée, acide carbonique etc.). Ces évaluations permettent de substituer des nombres aux divagations sur les degrés et les formes de la santé qui encombrent les ouvrages d'hygiène. Les excrétions mal réglées peuvent devenir les causes de nombreuses maladies ou de vieillesse prématurée. Rien n'est plus important pour le perfectionnement de la santé que de maintenir et d'accroître toute l'énergie fonctionnelle des organes excréteurs. L'étude des urines domine la pathogénie des gravelles, des affections calculeuses et goutteuses. Quand l'appareil urinaire ne fonctionne pas normalement, des désordres prochains ou éloignés surviennent dans les autres organes. Combien de prétendues congestions du cerveau, des poumons, n'ont pour cause initiale, que la séparation insuffisante des résidus insolubles que les reins éliminent du sang.

J'ai traité sous un point de vue nouveau la balnéation froide (bains de mer, hydrothérapie). J'ai démontré surtout que ces pratiques hygiéniques, si favorables, si généralement mises en œuvre, étaient surtout utiles pour accroître la dépense et pour faciliter l'habitude d'une franche réaction après les refroidissements.

Les cosmétiques, employés de nos jours et dans l'antiquité, m'ont fourni le sujet d'intéressantes études.

Je traite de l'exercice autrement que mes prédécesseurs. Au lieu de m'étendre sur les détails techniques de tous les modes de mouvements, je me borne aux côtés physiologiques et vraiment hygiéniques de cette grande question. Je donne tous les détails sur l'entraînement, qui offre tant d'intérêt pour l'hygiéniste.

L'électricité, le magnétisme, les influences sidérales, ne doivent occuper aujourd'hui qu'une place restreinte dans l'hygiène positive; le calorique, au contraire, a une importance telle, que les pages que j'y consacre, je les regarde comme les plus neuves et les plus utiles de mon œuvre. Elles permettent d'aborder d'une façon positive l'histoire hygiénique des climats.

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L'excès de chaleur extérieure, coïncidant avec un excès de matériaux de la chaleur animale domine la pathogénie des pays chauds. L'insuffisance, l'irrégularité des moyens de résistance au froid extérieur, ou le mauvais emploi de ces moyens est, comme je crois l'avoir établi, la grande cause de mort prématurée des pays froids ou tempérés.

Il convient de séparer en deux groupes les notions d'hygiène se rapportant à la chaleur et au froid. Suivant son intensité, la continuité de son influence, ses variations, le calorique est un modificateur différent de lui-même, et qui, dans les conditions que j'indique, produit des maladies qni n'ont aucune affinité entre elles. C'est guidé par ces considérations étiologiques que je divise ce qui a trait à la chaleur en 1° chaleur excessive, 2° continue, 3° continue avec variations. Je décris avec tous les détails nécessaires l'influence pathogénique de la chaleur continue, je dis comment elle détermine la phlétore calorifique, la fièvre bilieuse, l'hépatite, la pymélurie, les diarrhées, les dysenteries des pays chauds.

Les divisions que j'ai établies pour grouper les questions hygiéniques se rapportant au froid sont à peu près les mêmes que celles que j'ai suivies pour l'étude de la chaleur. C'est en traitant l'insuffisance de résistance au froid continu que je suis entré dans une voie nouvelle. J'ai rattaché à ce sujet la grande question de la misère, selon moi la plus importante de l'hygiène. J'en expose les causes, les effets et les remèdes. Je la définis en disant : c'est le défaut de satisfaction de nos besoins réels. Pour bien connaître la misère, pour avoir des notions exactes sur sa nature, il faut apprécier le nombre et l'étendue de ces besoins. J'étudie d'abord les formes aiguës de la misère, l'inanition, la famine et les disettes. Je fais connaître les modifications que ces privations impriment à l'organisme humain et les maladies qu'elles déterminent. Je donne ensuite les exemples les plus nets de différentes conditions autres que la misère du pauvre agissant dans le même sens qu'elle : c'est la misère du riche. Les goûts bromatologiques dépravés, l'anorexie continue qui accompagne les maladies de longue durée, les convalescences incomplètes d'affections aiguës, la paresse corporelle, etc., s'observent souvent chez les mieux partagés de la fortune. Les causes étant de même ordre, les effets sont nécessairement semblables : insuffisance, irrégularité de la dépense, eu égard aux besoins de l'organisation, et le résultat final, la misère physiologique, la plus fréquente et la plus redoutable des imminences morbides. Avoir défini cet état, en avoir fait connaître la nature, les maux qui marchent à sa suite, est, selon moi, la partie la plus originale et la plus utile de ce livre.

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La misère physiologique est la forme la plus commune de l'affection que l'on désigne à tort sous le nom d'anémie, cette maladie si fort à la mode aujourd'hui. L'anémie vraie est surtout caractérisée par la diminution des globules sanguins. Dans la misère physiologique, les globules sanguins ne sont pas plus atteints que les autres organes essentiels à la vie, qui éprouvent tous une notable diminution, s'accentuant surtout pour les organes qui président à la nutrition et à la locomotion. Les ressources de résistance à l'action nuisible de tous les modificateurs sont diminuées : elles sont amoindries pour la quantité absolue et pour la qualité relative quand le besoin de réaction survient. Après avoir exposé les causes, les effets et les remèdes de la misère physiologique, je crois avoir sûrement démontré que deux des maladies les plus redoutables de nos pays tempérés, l'affection scrofuleuse et laphthisie pulmonaire sont sous la dépendance absolue de sa continuité.

J'ai étudié séparément le froid continu agissant à la périphérie, parce que, comme je le démontre, c'est la cause dominante d'une maladie redoutable, le scorhut. Je crois que cette étude est des plus utiles; elle nous offre l'exemple d'une maladie vaincue par l'hygiène; c'est une route à suivre pour les autres affections. Je m'attache encore à ce sujet parce que j'y trouve une occasion de montrer que des causes en apparence très différentes peuvent être réunies en une seule, grâce à une méthode synthétique rigoureuse.

Les grands médecins de tous les temps ont reconnu l'influence des refroidissements non suivis de réaction pour produire des maladies ; j'ai indiqué le caractère anatomique (excès de librine) qui les sépare des autres phlegmasies, j'ai distingué les individualités qui en sont le plus menacées, et donné les règles pour les prévenir.

La géologie hygiénique, occupe dans notre traité, une place utile. C est la base la plus solide pour approfondir la grande question des endémies.

L'atmosphère, les gaz qui la constituent, les poussières de toutes natures, les vapeurs et les gaz qui s'y trouvent accidentellement, voilà une des branches de la science qui, de notre temps, s'est enrichie de nombreuses découvertes intéressant presque toutes l'hygiéniste. Après une étude générale, je réunis ce que l'on sait de plus précis sur influence de la pression de l'air sur la santé de l'homme : puis j'étudie les principes normaux de l'atmosphère, enfin j'arrive à unedivision nouvelle que j'ai établie, en réunissant dans un même groupe, les princi-

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pales substances nuisibles ou toxiques chimiquement définies, qui interviennent dans la vie commune ou dans les travaux des fabriques, le traite avec tous les développements que je pouvais leur accorder, los questions d'hygiène se rapportant à l'acide carbonique, aux matériaux et produits de la combustion, et tout ce qui a trait aux questions de chauffage.

Au nombre des métaux et composés inorganiques nuisibles qui interviennent dans des produits d'un usage habituel, je place en première ligne le plomb et ses combinaisons les plus employées; puis le zinc, le cuivre, le mercure, l'arsenic, le phosphore. Les allumettes, leur monopole, occupent une place importante ; puis viennent les matières fulminantes, le sulfure de carbone et les produits hydrocarbonés divers, qui ont un emploi économique ou industriel.

Après la question de la misère physiologique, celle des ferments dans leurs rapports avec les maladies infectieuses et contagieuses, doit, par son importance, occuper la plus grande place dans un traité d'hygiène.

A l'élude des fermentations putrides se rattache un grand nombre de sujets qui intéressent l'hygiène des villes : immondices, égouts, latrines, voiries, fabriques d'engrais, cimetières, etc. En traitant des égouts, je discute les problèmes si variés qu'a fait naître l'emploi agricole de leurs eaux.

Sous le rapport de l'intérêt pratique, la question des marais se place en première ligne à côté de celle de la misère; je l'ai donc étudiée sous toutes ses faces et avec le plus grand soin.

Les mucédinéeset les algues microscopiques qui nuisent à l'homme: en s'attaquant à lui (oïdium du muguet achorion et trichopyton des teignes etc.); en ruinant ses récoltes (oïdium de la vigne, bolrytis de la pomme de terre) , en déterminant des maladies spéciales par leur ingestion (ergot, mucedinées de la pellagre), ont fixé tout particulièrement mon attention.

Les maladies contagieuses dans leurs rapports avec l'hygiène écologique ont été depuis plusieurs années l'objet de nombreuses communications et de discussions académiques passionnées. L'hypothèse qui consiste à admettre qu'elles ont pour générateurs des ferments organisés vivants est de beaucoup la plus vraisemblable; je l'ai développée dans mes cours, elle occupe une grande place dans mon ouvrage. Je traite successivement des affections charbonneuses, des septicémies chirurgicale et puerpérale, de la rage, de la syphilis, de la variole, de la vaccine, dr la rougeole, de In scarlatine, de la lièvre typhoïde etc. J'espère

PRÉFACE. vu qu'en pat-courant ces pages, mes lecteurs trouveront de bonnes indications hygiéniques pour diminuer les ravages de ces redoutables affections.

Parmi les études si variées que l'hygiène embrasse, il n'en est pas de plus difficiles que celles qui se rapportent au système nerveux. Je traite d'abord des sens, puis j'aborde cette partie si intéressante de ce groupe, l'hygiène morale qui doit comprendre l'influence variée des agents physiques sur le moral, et puis celles non moins compliquées du moral sur ie physique. J'espère que les moralistes et les philosophes qui parcourront les pages que j'y ai consacrées y trouveront d'utiles inspirations. En terminant ces études, j'ai cherché à établir que c'était par une action bienfaisante du moral sur le physique que les races humaines se sont approchées de la perfection compatible avec leur nature..

Je divise Y hygiène générale en deux sections : 1° individuelle; -2° publique et sociale. La première comprend les règles d'hygiène se rapportant aux âges, aux sexes, aux professions, etc. La deuxième embrasse les questions qui ont trait aux villes, écoles, hôpitaux, prisons, aux épidémies, à l'hygiène internationale.

Pour la question des âges, je m'appesantis surtout sur ce qui a trait à l'enfance et la vieillesse. J'étudie les causes de l'énorme mortalité dans la première année de la vie, et pour la vieillesse je donne les préceptes pour la prolonger valide et heureuse le plus longtemps possible. En parlant du sexe, je traite de la grossesse, de la ménopause, des maux qui suivent les excès vénériens et la continence exagérée; j'aborde les questions principales qui ont trait au mariage, à la consanguinité, à la

prostitution, etc.

J'esquisse ensuite l'histoire des professions. J'étudie successivement l'hygiène du soldat, celle des professions sédentaires, des professions rurales, des mineurs, des houillers, des industries à poussières et puis je donne la table complète des établissements classés avec des indications sommaires sur les causes d'insalubrité de ces professions.

Dans la partie consacrée à Y hygiène publique, j'étudie le sol des cités populeuses, la distribution du gaz, les puisards, les édifices publics, hôpitaux (hygiène nosocomiale), écoles, squares, etc. J'aborde ensuite ce qui a trait aux habitations privées : aération, modes de chauffage, soins de propreté, etc., et ce qui concerne spécialement les garnis.

L'hygiène internationale comprend l'histoire des lazarets, du régime quarantenaire, d'après les conventions internationales. Ces documents ont pour base les études sur la genèse, la transmission, les soins hygié-

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niques que réclament les pestilentielles maladies contagieuses : choléra morbus, fièvre jaune, peste d'Orient ; ces maladies présentent le caractère commun de sévir quelquefois avec une désolante intensité, puis de disparaître pendant un grand nombre d'années des localités envahies. Je donne l'indication des mesures prises par la commission internationale de Constantin ople pour prévenir la propagation de la peste.

Pour entraver l'évolution des maladies pestilentielles, il faut écarter les causes principales qui donnent naissance aux foyers primitifs. Parmi ces causes, j'ai démontré qu'il fallait placer en première ligne, la famine ou la misère physiologique extrême.

J'ai terminé mon ouvrage par une étude rapide sur le mouvement de lapopulation en France, j'ai insisté surtout sur ses rapports avec le prix des subsistances. L'excédent des naissances, chez nous comparé aux états voisins, laisse beaucoup à désirer. Nous sommes près d'arriver au dernier rang. J'ai réuni dans l'appendice des notes et documents utiles dont on trouvera l'indication dans la table analytique.

Bien des choses que je crois le premier avoir depuis longtemps mis en lumière, sont entrées aujourd'hui dans le domaine commun et sont monnaie courante. Quand on professe depuis bientôt trente ans, qu'on n'a pas publié ce qu'on a annoncé verbalement, c'est un résultat auquel on doit légitimement s'attendre. Le mal est bien léger si les vérités utiles s'établissent et se propagent, peu importe le nom du premier initiateur.

On pense généralement que le bon sens suffit pour résoudre les problèmes de l'hygiène. Oui, le bon sens suffit, mais dirigé par la connaissance approfondie de toutes les sciences médicales et plus spécialement de celles que bien à tort on nomme accessoires. Dans la longue pratique de mon enseignement, je me suis souvent trouvé en présence de grandes difficultés, aussi personne n'appréciera plus sévèrement que moi les imperfections de l'ouvrage que je publie, mais c'est avec plus de vérité que je puis répéter ce que je disais du supplément de mon Annuaire de L8(M : «Peut-être trouvera-t-on que dans les parties les D plus im portantes de mon œuvre je m'aventure avec trop de hardiesse •) dans des roules où le terrain n'est point encore solide; mais je suis p arrivé à une époque de la vie où il ne faut pas trop compter sur le » temps. Quand on diffère la publication d'un ouvrage pour se rappro- » cher de la perfection, les années s'écoulent et l'on ne termine rien. » D'autres achèveront ce que je n'ai fait qu'ébaucher. »

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