HYGIÈNE LIES AGES. - VIEILLESSE
vie ; il devra donc prendre les précautions les plus sévères à ce point de vue, soit se séquestrer dans son appartement pendant les rigueurs de l'hiver, ou émigrer durant ces temps froids à Nice, à Cannes, à Menton.
Pour ce qui a trait à V exercice (voy. p. 507), nous traiterons plus loin, à l'article Sexe, des fonctions génitales. Il nous reste à dire quelques mots sur le culte de l'intelligence. La vie prolongée, nous dit-on, amène avec elle l'affaiblissement progressif de tous les sens, l'affaiblissement de l'intelligence, d'où l'évidente nécessité du repos intellectuel pour le vieillard. Dangereuse erreur : le repos, quand il dépasse les limites nécessaires, conduit à l'inertie, et cette dernière mène par une pente insensible à l'anéantissement. Le vieillard descend plus vite : il doit résister mieux et davantage. Ah ! croyez-moi , le travail intellectuel, la pensée élevée, ont été singulièrement calomniés par les paresseux. Observez bien ceux qui nous prêchent l'éloignement de toute occupation sérieuse en avançant dans la vie, ce sont des gens qui usent dans la dissipation ou dans de misérables futilités le reste de leur intelligence, qui ne sera pas longtemps vaillante. Si, par fortune inespérée, leur corps se conserve, vous pourrez assister au spectacle navrant de leur caducité intellectuelle anticipée. Sans aucun doute il faut savoir se borner en prenant des années. Il est bon de mettre à l'écart toutes les passions tristes, toutes les agitations sans but. Modérez l'orgueil autant que faire se peut, reléguez bien loin l'envie qui, à tous les titres, est funeste au vieillard. Applaudir au succès de la jeunesse, retrouver du bonheur aux découvertes des nouveaux pionniers de la vérité, voilà des sentiments qui élèvent l'àme, et je dirai même qui conservent le corps. L'exercice journalier et régulier des plus nobles facultés de l'intelligence est une nécessité pour le vieillard ; c'est le moyen le plus sûr de commander le respect à la jeunesse et de faire concourir l'expérience acquise au développement des travaux actifs du jeune âge. Si dans la jeunesse ou l'âge mûr on peut étendre le cercle des connaissances acquises, en avançant dans la vie il convient au contraire de les resserrer. Au lieu de gaspiller ses heures dans la lecture des œuvres éphémères que chaque jour voit naître et mourir, le vieillard, plus ménager du temps, moins prompt à recevoir les impressions nouvelles, doit vivre presque exclusivement dans l'intimité des grands maîtres de la pensée humaine. Le profit sera double, le choix sera tout fait, il sera excellent. Il demeurera toujours en bonne compagnie, il en conservera la sévère grandeur ; il lui faudra moins d'efforts pour cultiver les belles connaissances acquises que pour courir après les nouvelles, qui ne les valent pas. La nécessité et le bonheur du travail intellectuel pour la vieillesse ont été reconnus par les plus éminents penseurs. Je ne veux vous en citer que deux.
Notre auteur bien-aimé, CicéroH, s'exprime ainsi dans son dialogue si remarquable sur la vieillesse : « Nos soins ne doivent pas se borner au corps seulement, nous devons nourrir encore l'esprit et le cœur, car si on ne les entrelient comme la lampe, en lui fournissant de l'huile, eux aussi s'éteignent dans la vieillesse (1). » Voltaire s'approprie la même pensée en la parant de la verve de son style :
L'âme est un feu qu'il faut nourrir, Et qui s'éteint s'il ne s'augmente.
Je ne continuerai pas ces citations, mais un mot encore sur un ordre d'occupations intellectuelles qui peuvent charmer et ennoblir les dernières années de la vie. Le vieillard, devenu libre des devoirs, des soucis et des passions qui nous asservissent dans la jeunesse et dans l'âge mur, peut s'élever par la méditation aux grandes questions philosophiques, qui demandent du temps et de la liberté d'esprit.
Sexe. — Je vais m'occuper d'abord de quelques questions se rapportant à Y hygiène de la femme, puis j'aborderai celles qui intéressent les deux sexes. Tout ce que j'ai exposé précédemment sur l'hygiène du nouveau-né, de la période de l'allaitement, de l'éducation physique du sevrage à la puberté, peut s'appliquer aussi bien à la jeune fille qu'au garçon; il en est de même de l'hygiène de la vieillesse (voy., pour le travail de la femme et de la jeune fille, les pages 503 et 504). Un mot sur l'éducation : En France, les communautés religieuses ont peu à peu, depuis un demi-siècle, accaparé l'éducation de la femme dans les classes aisées. Je dois reconnaître que cet état de choses présente certains avantages, mais aussi je ne dois pas taire les inconvénients que j'aperçois. Les avantages découlent presque tous du principe de la tendresse maternelle. Ces bonnes sœurs, privées de famille, adoptent plus facilement par le cœur les jeunes élèves qui leur sont confiées ; mais, vouées à la vie religieuse, elles peuvent bien souvent ne pas penser assez au véritable but de la vie de la femme. Les exercices religieux exagérés conduisent les natures ardentes ou dociles qui leur sont confiées ou h l'hypocrisie, ou au célibat mystique. En général, dans les communautés religieuses, l'éducation physique des élèves est très négligée. Les maîtresses pensent trop exclusivement peut-être à développer l'esprit et le cœur, en oubliant le corps. Les connaissances théo-
(I) Nec vero corpori soli subveniendum est, sed menti atque aninio multo magis. Nam ha>c quoque, nisi tanquam lumini oloum instilles exlinguuntur senectutc. Et corpora quidem defatigationc et cxcrcitatinnc ingravescunt : animi autem exercitando levantur. (Cicoro, De seneetule, édit. Pankouckn, t. XXVI, p. 246.) Ut enim adolcscentem in quo senile aliquid, sic senem in que- est adolescentis aliquid, probo : quod qui sequitur, corpore senex esse poterit, animo nunquam erit. (Ibid., 248.) lia sensim sine sensu œlas senescit; nec subito frangit, sed diulurnilate extinguitur. (Ibid.)