HYGIÈNE DU SEXE. — PROSTITUTION
tueuses les ont toujours fréquentées, comme ils les fréquenteront encore, et que, dans beaucoup de circonstances, le danger d'une mort certaine ne serait pas capable de les arrêter. Sous ce rapport (l'arent- Duohàtelet aurait pu ajouter : comme sous tant d'autres !) il n'y a pas de différence entre le roi et le dernier de ses sujets. Si le libertin était seul puni en faisant le mal, l'objection pourrait être soutenue; elle serait même sans réplique si l'on mettait de côté tout sentiment de charité (dites d'humanité), et toute commisération pour des écarts souvent excusables. Mais ce malheureux ne se borne pas à fréquenter les mauvais lieux; il vient, il est vrai, y puiser le venin, mais il le transporte partout où il dirige ses pas; il le propage, il le fait circuler, et produit de cette manière des maux incalculables. Supposons un instant que la crainte des maladies retienne quelqu'un sur la porte d'une prostituée, que fera-t-il? Il ne s'adressera pas aux courtisanes, mais il pervertira vos filles, etc. »
On le voit, d'après un des médecins qui a le mieux étudié cette question, dans l'état actuel de nos sociétés la prostitution est un mal nécessaire. Doit-elle être réglementée, et les prostituées soumises à une surveillance spéciale? Cela me paraît indispensable. Si la liberté individuelle est sacrée, on doit la respecter tant qu'elle n'estpas nuisible à la société. La prostitution est un commerce et un commerce dangereux; il doit donc être réglementé et surveillé. Toute femme qui vend son corps au premier venu moyennant un prix déterminé, fait acte de commerce; mais pour que le commerce existe, il faut que cet acte soit habituel et public. Ainsi l'ont entendu toutes les administrations. Les maladies vénériennes sont beaucoup plus communes dans les pays où les prostituées ne sont pas soumises à des visites régulières, comme en Angleterre, que dans les pays, comme dans certaines villes de France, où ce service est convenablement institué.
La réglementation de la prostitution comprend, selon Fleury : «1° Le recensement de toutes les femmes s'adonnant a la prostitution; 2° la prophylaxie de la syphilis; 3° le traitement des prostituées atteintes de syphilis; 4° la sauvegarde de l'ordre, de la décence et de la moralepublics. »
« L'inscription d'office, dit Parent-Duchâtelet, comprend toutes les femmes que les inspecteurs saisissent lorsqu'elles se livrent à la prostitution, soit dans les maisons publiques, soit dans les promenades, les rues et les places, soit lorsqu'elles raccrochent sur la voie publique, soit enfin lorsqu'elles commettent d'autres délits contraires à la décence et aux mœurs. Dans tous les cas ils doivent saisir ces femmes, dresser un rapport très détaillé des circonstances dans lesquelles ils les ont arrêtées, et les amener à l'instant au bureau de la préfecture. On conçoit que le refus que fait la femme de se laisser inscrire, l'opiniâtreté
avec laquelle elle soutient qu'elle ne se livre pas à la prostitution, et que c'est à tort qu'on la arrêtée, imposent à l'administration la plus grande réserve et la nécessité de temporiser; on n'inscrit donc jamais d'une manière définitive avant la troisième et quelquefois la quatrième récidive; cette réserve n'est qu'un excès de prudence, car il est d'observation constante que toute fille, arrêtée une première fois pour fait de prostitution et relâchée ensuite, sera arrêtée de nouveau quelque temps après, si elle ne vient pas elle-même réclamer son inscription. »
» Il y a deux classes de filles publiques : 1° les unes, appelées filles déniaisons, sont enfermées dans des maisons publiques de prostitution, sous la responsabilité d'une dame de maison et sous la surveillance de la police; 2° les autres, appelées filles en caries, sont libres, et logent soit dans des maisons de tolérance, où elles louent des chambres, soit dans des maisons garnies ; il en est qui demeurent dans leurs meubles. »
j> Les examens par les médecins du dispensaire se font en trois endroits différents : 4° au dispensaire même; 2° dans les maisons de tolérance; 3° au dépôt de la préfecture de police. Au dispensaire, sont visitées toutes les filles libres, qui sont tenues de s'y rendre deux fois par mois: les filles nouvellement inscrites ; les filles libres qui entrent dans une maison de tolérance; celles qui passent d'une maison dans une autre; celles qui viennent d'être rayées; celles qui demandent un passeport pour quitter Paris ; celles qui, après avoir disparu, sont saisies ou réinscrites; celles qui sortent d'hôpital ou de prison. Les visites opérées dans les maisons de tolérance ont lieu une fois par semaine. Chaque matin, un médecin du dispensaire se rend au dépôt de la préfecture pour examiner les filles publiques arrêtées la veille et pendant la nuit. Celles qui sont malades sont envoyées la nuit à l'hôpital Saint-Lazare, où elles sont traitées. Parmi les filles insoumises, c'est-à-dire non inscrites ou se dérobant aux visites, on trouve 1 malade sur 4, ou même 1 sur 2, et chez elles la maladie se montre avec des caractères beaucoup plus graves que chez les autres. » Cela se comprend sans peine : les prostituées anciennes par état peu- " vent avoir été syphilisées et guéries; elles sont plus rebelles à une nouvelle invasion de la syphilis, dont elles sont en quelque sorte préservées par cette première inoculation (voy. Syphilisation, p. 937); elles sont, sous ce rapport, beaucoup moins à redouter, mais elles communiquent fréquemment le chancre mou et la blennorrhagie, dont une première atteinte ne préserve pas. « Les prostituées, outre leur dégradation, sont souvent atteintes de folie. Sur 36 mélancoliques observées par Esquirol, 10 avaient un penchant au suicide. La mort volontaire est fréquente parmi les prostituées d'Angleterre, mais elle doit être attribuée à l'affreuse misère dans laquelle sont plongées ces malheureuses. » (FIcury).