PROFESSIONS. - HYGIÈNE DU SOLDAT
dans ses poumons quand il est entassé dans des chambrées hermétiquement closes. On a diminué beaucoup les invasions de la morve, maladie parallèle chez les solipèdes à la tuberculisation de l'homme, en adoptant des mesures ayant de l'analogie avec celle que je recommande.
Les principes sur l'installation hygiénique des casernes, tels que l'aération efficace par l'extraction de l'air vicié et l'introduction de l'air neuf, la supériorité des cheminées sur les poêles pour le renouvellement de l'air, l'établissement des salles de rechange, l'alternance d'occupation des locaux, leur assainissement pendant leur chômage ; ces principes sont développés dans l'ordonnance du 1er juillet 1788, rendue sous l'inspiration des médecins militaires. Voici, d'après Michel Lévy, les fixations adoptées : 12 mètres cubes d'air par homme d'infanterie, 14? mètres cubes d'air par homme de cavalerie ; la tête de chaque lit adossée, autant que possible, à un mur ou à une cloison, sans y toucher ; entre deux lits, 25 centimètres d'intervalle, au lieu de 50 centimètres indiqués par l'ordonnance de 1824. Heureusement, dit-il, dans la pratique, ces fixations sont le plus souvent dépassées ; le chiffre de 16 mètres cubes d'air est accepté généralement pour les casernes, 20 et au-dessus par malade dans les hôpitaux ; la nécessité d'une aération fréquente est mieux comprise.
La question de l'insalubrité des casernes se complique, le plus souvent, de celle de l'acclimatement des jeunes soldats dans les grands centres de population, et il faut bien se garder d'attribuer à la construction de la caserne ce qui revient à la diffusion des miasmes spécifiques dans une grande ville.
Les bronchites, les pneumonies, les pleurésies, le rhumatisme articulaire aigu, font proportionnellement plus de victimes dans l'armée que dans la population civile ; elles sont déterminées par des refroidissements non suivis de réaction (voy. p. 686). Les causes de cet excédant de mortalité, dans une population choisie comme l'armée, dépendent, à n'en pas douter, de marches forcées ; d'exercices exagérés, suivis de repos, à l'ombre sur la terre humide, le corps étant en sueur ; d'ingestion de boissons aqueuses froides trop abondantes ; d'exposition à un vent sec, pendant le repos, quand le corps est en sueur; des factions prolongées ; d'exercices pendant la pluie, etc. Si vous joignez à cela les causes dépendant du sujet, telles que l'insuffisance de réserve de matériaux de calorification, par suite d'une alimentation mal réglée, le défaut d'habitude d'une prompte et légitime réaction, par suite de la négligence des soins de la peau (lotions froides, frictions énergiques), vous vous rendrez compte de cet excès de mortalité. C'est en veillant à toutes ces causes de refroidissement non suivi de réaction, et à toutes les autres, que j'ai longuement étudiées, qu'on préviendra dans l'avenir cet excédant de mortalité par les -maladies aiguës de poitrine.
Terminons par des considérations générales sur Y éducation des recrues. Si l'on veut éviter les dangers principaux de la vie du soldat, il faut avoir égard à leur origine pour le choix des garnisons où l'on dirige les recrues. Sont-ce des enfants des grandes villes? ils ont subi l'influence des miasmes spécifiques, ils y sont acclimatés, on peut sans grand inconvénient les diriger dans les corps de troupes qui sont casernés dans de grandes villes. S'agit-il au contraire de ruraux, de fils de laboureurs? il faut les désigner pour de très petites garnisons ou faire leur éducation militaire dans des camps bien choisis et bien établis. Il convient également, dans le début du service, de ménager leurs forces et leurs habitudes de sommeil, et de pourvoir à une alimentation suffisamment réparatrice en se rapprochant en mieux de celle à laquelle ils étaient habitués. La viande grasse de porc devrait y intervenir pour une large part, comme cela a lieu dans nos familles rurales.
Pour avoir une armée forte, et afin de diminuer la durée du service légal que beaucoup de personnes considèrent aujourd'hui comme trop considérable, il faut commencer de bonne heure l'éducation physique des jeunes hommes. Au lycée, à l'école communale, il faut, de toute nécessité, rendre la gymnastique obligatoire. Il faut les former aux éléments de l'éducation militaire, marcher au pas normal, au pas gymnastique, avec ou sans fardeau, connaître le maniement du chassepot, développer leur adresse par des jeux bien choisis, par des exercices gymnastiques convenables. Ce sera une excellente préparation au métier de soldat. Ceci nous conduit à une conclusion imprévue qui nous paraît bien désirable. Le service militaire étant obligatoire, la préparation à ce service devra également être exigée de tous les citoyens; nous aurons ainsi l'instruction obligatoire, et comme on ne recevra dans les écoles que les enfants vaccinés, la vaccine par ce fait deviendra également obligatoire. Comme tous les jeunes citoyens doivent payer leur dette à la patrie, je suis d'avis qu'il faudra restreindre dans êtes limites les plus étroites les cas d'exemptions ; beaucoup d'infirmes, de garçons de taille trop petite, feront d'excellents employés de télégraphie, de chemins de fer, d'administration militaire. Ils feront également e'très bons infirmiers. Je voudrais que tous les goitreux recrutés dans les départements où le goître est endémique, soient dirigés dans nos principaux ports où ils pourraient très utilement être employés comme infirmiers de marine; ils serviraient comme leurs camarades et ils auraient sur eux l'avantage de revenir guéris dans leurs villages. Le séjour au camp donnerait de la vigueur et assurerait la santé pour l'avenir de beaucoup de jeunes gens qui sont exemptés comme étant faibles de constitution. Les hommes de la réserve et de l'armée territoriale seraient appelés chaque année, dans des camps, pour se livrer aux exercices et aux manœuvres. Ainsi seraient évités tous les inconvénients