HYGIÈNE DU SOLDAT
du séjour de jeunes habitants des campagnes dans les grandes villes, où les miasmes spécifiques sont dilïùs et permanents. Il serait indispensable qu'ils soient toujours pourvus, soit par leurs ressources personnelles, soit par celles des communes ou de l'État, d'habillements complets, suffisants pour les défendre du froid, de chaussures solides et bien appropriées à chaque homme pour leur permettre de longues marches. Des inspections fréquentes par les instructeurs seraient nécessaires pour vérifier le parfait état de tout l'équipement. Le recrutement militaire obligatoire, tel que je viens d'en exposer les bases, ne présentera que des avantages au point de vue de l'hygiène. La mortalité ne sera pas plus élevée que dans la vie civile. Tous les citoyens étant exercés aux rudes travaux du gymnase, la génération qui nous suivra sera plus vigoureuse. Les agriculteurs ne seront pas enlevés si longtemps à leurs travaux. Je dois ajouter que la fusion de toutes les classes de la société, au gymnase, aux exercices, au camp, sera des plus salutaires. On apprendra à se connaître et à s'aimer. « Lad'mocratie française est plus qu'aucune autre en possession de l'égalité ; ûans ces réunions de tous les citoyens s'établira la fraternité du brouet noir, ou, si vous me permettez de me servir d'un terme de soldat, la fraternité de la gamelle. » Voici en quels termes je terminais, en 1868, une conférence sur ce sujet : « Vous trouverez sans doute que pour un homme dévoué aux travaux de la paix, c'est une chose étrange que de rêver une France couverte de soldats. Tout cela, espérons-le, ne sera que temporaire. Si je tourne mes yeux du côté du Midi, je n'aperçois que nos frères de race latine, Italie, Espagne, Portugal, républiques, empire, issus des anciennes colonies espagnoles et portugaises. Nous avons fait la conquête de tous ces pays, non à l'aide de canons rayés, mais par les travaux de l'intelligence. La moitié de nos livres, de nos journaux, ne prennent pas d'autre route. Tous nos traités spéciaux sont traduits ou exportés. Paris est aujourd'hui la tête des nations de race latine, il est impossible désormais que la tête et le corps se fassent la guerre. — Du côté de l'Occident, j'aperçois un grand peuple avec lequel nous avons des guerres fréquentes; mais les difficultés se sont aplanies, l'union devient chaque jour plus cordiale. — Du côté de l'Est, nous trouvons le Rhin ; les Allemands de Guillaume et de M. de Bismarck aiment trop les fusils à aiguille !
» Grâce aux traités de commerce, aux chemins de fer, aux splendeurs de Paris, les Anglais, les Allemands, apprendront tous le français, ils viendront nous visiter, alors nous nous connaîtrons mieux et nous nous aimerons. Dans un temps, qui n'est peut-être pas aussi éloigné qu'on le pense, l'Europe ne formera plus qu'une grande république dont tous les États n'auront d'autres rivalités que de développer et de perfectionner à l'envi l'agriculture, le commerce, les sciences, les arts et les
lettres. » Voilà comme je parlais en 1868. M. de Bismarck a changé tout cela. Aujourd'hui, en Europe, la force prime le droit. Aimons notre patrie, unissons-nous et travaillons tous pour la défendre.
Hygiène navale. — Les marins sont exposés à de nombreuses causes de maladies, inhérentes à leur profession, qui les oblige à changer eurs conditions d'existence suivant les exigences du service. J'ai étudié dans la deuxième partie avec de grands détails les affections principales des hommes de mer, au double point de vue de leurs causes et de leur prophylaxie; je n'ai plus ici qu'à rappeler ces études et à y renvoyer. Ils subissent l'influence des climats froids et de la continuité de refroidissement à la périphérie, conduisant au scorbut (p. 671); celle des climats chauds amenant à sa suite la diarrhée, la dysenterie (p. 576), l'hépatite (p. 573), la fièvre rémittente bilieuse (p. 572), la diarrhée de la Cochinchine (p. 577), la colique 'endémique nerveuse des pays chauds ; ils étaient trop souvent exposés à l'intoxication saturnine (p. 739), ils le sont très fréquemment encore aux fièvres des marais (p. 842), à la phthisie, d'après Rochard (p. 641). Dans plus d'une expédition ils ont été décimés par le choléra, la fièvre jaune. Les questions les plus importantes de l'hygiène navale sont donc traitées avec des détails suffisants. Tout ce qui a trait à la construction, à l'aménagement, à la ventilation, etc., des navires, comporte de nombreuses données spéciales qui ne peuvent trouver leur place ici. Il me reste à renvoyer mes lecteurs au Traité d'hygiène navale de Fonssagrives, à celui de Mahé, au rapport de M. Le Roy de Méricourt sur les progrès de l'hygiène navale, et aux Annales d'hygiène navale qu'il dirige depuis plusieurs années avec tant de distinction.
Professions sédentaires. — Parmi les professions sédentaires on doit distinguer : 1° celles qui exposent ceux qui les exercent à l'action de substances nuisibles; nous en avons traité (p. 721 et suiv.), voyez aussi le tableau des établissements classés; 2° celles qui commandent des attitudes vicieuses (p. 497); 3° celles qui sont sous le coup de la continuité de la misère physiologique, par réparation et exercices insuffisants (voy. p. 591 et suiv.); 4° celles qui, avec une réparation souvent exagérée, condamnent à l'inertie. Nous avons indiqué (p. 498) combien cette classe de citoyens était nombreuse aujourd'hui. A ceux-là, quand ils sont arrivés à la deuxième, moitié de la vie, nous leur recommandons la sobriété. Le principal inconvénient de l'excès des travaux de l'intelligence, c'est l'abandon de l'exercice corporel : l'homme emporté par son esprit, oublie son corps; il oublie ces soins opposés que réclame la dualité humaine. Les principes si admirablement posés par Platon sont journellement méconnus de nos jours. Cette négligence des soins du corps, chez les travailleurs de la pensée, est très commune en France; elle l'est beaucoup moins en Angleterre. L'aristocratie,