PROFESSIONS. - HOUILLERS
développement est anormal, leur taille est inférieure à la moyenne, la claudication est très fréquente ; on observe des courbures de l'épine dorsale, le sommet de la tète est souvent dépouillé, la peau des genoux et des talons devient calleuse. On observe assez fréquemment chez les mineurs des maladies du cœur, des ruptures musculaires, des affections déterminées par le refroidissement non suivi de réaction (pneumonie, pleurésie, rhumatisme articulaire aigu). L'anorexie, les nausées, les vomissements, sous la dépendance d'un travail exagéré à une température élevée dans un air saturé d'humidité et altéré par divers gaz ou vapeurs hydrocarbonées, s'y montrent fréquemment. Nous allons arriver aux maladies vraiment caractéristiques, l'anémie et les affections pulmonaires spéciales. Occupons-nous d'abord de ces dernières. Les bronchites suivies de dyspnée, d'emphysème, sont très fréquentes. A quarante ans, tous les ouvriers travaillant continuellement dans de mauvaises galeries sont asthmatiques. L'appareil respiratoire fonctionnant d'une manière insuffisante, l'affaiblissement général de ces hommes devance l'âge ; les chargeurs sont des vieillards avant d'avoir été jeunes ; à quarante ans, ces mineurs sont aussi caducs que des ouvriers ruraux à quatre-vingts ; cinquante ans est la limite moyenne de l'âge du travail. Sur 1000 mineurs, on n'en a pas trouvé plus de six ayant dépassé soixante ans. La maladie qui détermine sûrement la diminution progressive des forces est une bronchorrhée particulière, avec expectoration très abondante ; les ouvriers la désignent sous le nom de crachement noir, elle est déterminée par la continuité de l'inhalation des poussières de houille. Une maladie spéciale aux houillers est celle que Hallé a décrite sous le nom d'anémie d'Anzin (anémie des houillers) (Manouvriez). On avait d'abord admis que cette affection pouvait se déclarer dans d'autres mines que les houillères (Schemnitz, Hofhnger en Hongrie, 1771-1792), et l'on attribuait une influence considérable dans la production de ces épidémies à la privation de lumière ; sans doute cette vie souterraine peut prédisposer à l'anémie, mais dans plusieurs relations de ces maladies des mineurs il s'agissait d'intoxication (saturnine, hydrargyrique) et non de la véritable anémie d'Anzin, qui se présentait, le plus ordinairement, avec les caractères suivants : L'affection débutait par des coliques violentes, accompagnées de selles verdâtres ou noirâtres, qui duraient dix à douze jours. Pendant cette période, on notait de la fréquence du pouls, avec une prostration extrême. Le sang, comme dans la chlorose, présentait une diminution notable dans la proportion des globules. Les ferrugineux étaient d'une grande efficacité. Ce qui établit péremptoirement que l'anémie d'Anzin ne pouvait être attribuée à la privation de la lumière solaire, c'est que certaines galeries étaient seules exposées à ces sévices. Il est aujourd'hui démontré qu'elle résultait d'un empoisonnement partiel des globules du sang par
inhalations de gaz ou vapeurs hydrocarbonées (amvlène, hexvlène, étlivlènte, etc.). On s'explique ainsi la production de selles noirâtres contenant les résidus de la désorganisation des globules sanguins. Selon Manouvrier, l'anémie a sévi dans les houillères françaises du bassin du Nord et de la Belgique, mais depuis que les travaux sont mieux surveillés elle est moins fréquente et moins grave. L'anémie des houillers se rapproche beaucoup de la chlorose, qui est souvent déterminée par l'inhalation de vapeurs de charbon, chez les cuisinières, blanchisseuses, etc. Reconnaissons que beaucoup d'autres facteurs peuvent intervenir dans l'évolution de cette dernière maladie, au premier rang desquelles il faut placer l'influence du système nerveux, surtout à l'époque des premières périodes de la menstruation, les travaux sédentaires dans une habitation triste et mal éclairée, des goûts dépravés, d'alimentation insuffisante, etc. Les houillers, outre les maladies que je viens d'énumérer, sont exposés à de nombreux dangers qui commandent pour ces mines la continuité de vigilance d'ingénieurs habiles (inondations, éboulements, blessures par accidents variés). La cause qui détermine trop souvent de lamentables catastrophes, c'est le feu grisou (ballon, mofette). Ce mélange gazeux où domine l'hydrogène protocarboné peut produire ou l'asphyxie, ou par l'approche des lumières de formidables détonations (voy. p. 728). La lampe Dubrulle est une modification de celle de Davy à toile métallique. La lampe de Museler, généralement usitée en Belgique, est encore une modification de celle de Davy. Chuard, outre son appareil à sonnerie, a imaginé une lampe produisant une lumière plus vive que la lampe de Museler; Pair y arrive par un orifice ouvert latéralement qui communique avec quatre tuyaux concentriques où l'air circule, et dont la dimension ainsi que réchauffement activent le tirage. A une faible distance de la double mèche se trouve le piston d'une petite soupape retenue seulement par un cheveu ; si l'air arrive mélangé de gaz inflammable et prend feu au contact de la mèche, le cheveu est instantanément brûlé et la soupape, en tombant, ferme tout accès à l'air. Une autre lampe, qui sert de sauvegarde quand la première s'éteint, est alimentée par l'oxygène provenant de la décomposition du chlorate de potasse enfermé dans une sorte de petite cornue au-dessus du foyer de cette lampe chimique.
Une parfaite ventilation par aspiration plutôt que par refoulement, à l'aide de ventilateurs perfectionnés, est le moyen le plus efficace d'assainissement des houillères. Le système de ventilateurs ascensionnels, dit M. Manouvriez, est efficace contre le grisou et d'autres gaz plus légers que l'air ; il reste impuissant, dans les fosses infectées d'anémie, à remonter au jour, par le puits d'appel, la totalité des vapeurs des dérivés de la houille, qui, beaucoup plus lourdes que l'air, tendent à s'accumuler et à stagner dans les bas-fonds.