PROFESSIONS. — HOUILLERS — POUSSIÈRES
L'excès de travail, la promiscuité des sexes, une température trop élevée, une atmosphère saturée de vapeurs d'eau, voilà de mauvaises conditions hygiéniques qui ne se sont rencontrées que trop souvent dans les houillères et que les lois et règlements nouveaux tendent à faire disparaître.
Poussières (industries qui exposent les ouvriers aux inhalations de poussières). — Les poussières que l'hygiéniste étudie peuvent être séparées en deux grandes classes : A. poussières toxiques; B. poussières non toxiques. J'ai étudié les premières dans la deuxième partie consacrée à l'étude des substances nuisibles, celles de tabac à la page 372. Je reproduis un tableau donné par Vernois qui indique les différentes professions qui ont à souffrir des poussières. Je les sépare en trois classes :
« 1° Poussières animales. — Batteurs de tapis (laine) mixte; batteurs et cardeurs de soie et filoselle; batteurs, cardeurs et déballeurs de crin; bonnetiers en gros et en fabrique (maniement de laine); brossiers; cardeurs de laine; chapeliers (travail des feutres, battage); couverturiers (laine); éjarrage des poils de lapin et autres poils (mixte); fourreurs (garde et entretien des tapis de laine et des fourrures) ; matelassiers ; plumassiers; peigneurs en grand de la laine et de la soie ; tourneurs en ivoire et en corne; tisseurs en laine.
« 2° Poussières végétales. — Balayeurs publics (mixte) ; batteurs en grange; boulangers; batteurs à la baguette, cardeurs, débourreurs de coton ; charbonniers (tous ceux qui travaillent le charbon, metteurs en sac dans les brûleries, déchargeurs de bateaux); droguistes (pulvérisation de diverses substances, noix vomique, jusquiame, aconit), mixte; fariniers ; féculiers ; fileurs de lin; fumistes; houille (tous ceux qui y travaillent, employés des chemins de fer, chauffeurs) ; meuniers ; mouleurs en bronze (au charbon ou à la fécule) ; peigneurs en grand du chanvre (cardage, pilage, filage) ; ramoneurs ; tabac (ouvriers employés à sa fabrication), transvasement des cases du tabac chauffé, séchage, tamisage de la poudre fine ; tan (ouvriers le travaillant) ; scieurs de long (dans les scieries à bras ou à la mécanique) ; tourneurs en bois.
<( 3° Poussières minérales. — Aiguilles démontre (fabricant d') ; aiguiseurs (à sec) d'armes et de coutellerie ; batteurs de laine chaulée à la main, mixte (substances minérales diverses) ; brosseurs de cartes de visite (blanc de zinc, carbonate de plomb); cérusiers; casseurs de pierres, cailloux, ardoises; étameurs de glaces (mercure) ; droguistes (poussières minérales diverses), cobalt ; fondeurs (poussière dans l'atelier), mixte; lustreurs de peaux (battage de tambours pour enlever l'excès de matières colorantes desséchées à leur surface); maçons; mouleurs en bronze (au boghead, résidu bien brûlé des houilles qui servent
à la préparation du gaz portatif) et au poncif; ouvriers en étoffes et gazes chargées de substances minérales desséchées et en poussières (arsénitede cuivre); plâtriers (chaux); polisseurs d'acier; polisseurs à l'émeri ; porcelainiers (silice) ; poudre de guerre et autres (fabricants de), mixte; salpélriers ; satineurs de papiers peints (sels d'arsenic); sécréteurs de poils de lapin (sels de mercure), mixte ; tourneurs en cuivre, en fer, en zinc; tamiseurs de vert de Schweinfurth pour papiers peints. »
Je reviens à l'étude des poussières non toxiques. Ce n'est pas chose aisée que d'indiquer d'une manière générale l'action des poussières sur la santé ; les auteurs qui ont voulu comprendre l'étude des poussières dans un cadre commun se sont exposés à de graves erreurs ; les exceptions sont plus nombreuses que les faits embrassés par la règle : on pourrait dire avec plus juste raison que chaque poussière a une manière d'agir spéciale. Il faut cependant reconnaître une action commune sur l'appareil respiratoire qui, le premier, est influencé par elles. Le catarrhe, les dilatations bronchiques, les bronchorrées qui l'accompagnent, l'emphysème pulmonaire; la gravité plus grande des pneumonies ; voilà le bilan ordinaire de l'inhalation longuement continuée d'un grand nombre de poussières. Une autre considération générale sur laquelle je dois insister, c'est qu'il ne faut pas se hâter de se prononcer sur l'innocuité de certaines poussières. Plusieurs années de profession sont souvent nécessaires pour voir apparaître les premiers accidents.
Les bronches sont peu à peu irritées, attaquées, et, après une période souvent longue, les désordres s'étendent aux vésicules pulmonaires. Les ouvriers ainsi éprouvés doivent redouter les refroidissements non suivis de réaction; les maladies qui les suivent, quand elles se manifestent du côté des poumons, sont beaucoup plus graves pour eux.
Je divise les poussières non toxiques en trois groupes : i° poussières insolubles très dures et aiguës (silice, acier), dont la continuité d'inhalation détermine une forme spéciale de tuberculisation pulmonaire: j'en ai traité (voy. p. G62 et Appendice p. en); 2° poussières insolubles plus ténues et moins dures. J'ai indiqué (p. 1017), les effets de la continuité de l'inhalation des poussières de houille; 3° poussières solubles ou qui le deviennent par de faciles transformations. Contentons-nous de citer, dans ce troisième groupe, les poussières de farine que les boulangers et les meuniers inhalent en grande proportion.
Ces poussières se dissolvent lentement sous l'influence de ferments agissant comme la diastasc, d'où leur innocuité relative. Si les meuniers sont plus exposés à la phthisie que les ouvriers du même âge, il faut attribuer cette plus grande fréquence au repiquage des meules siliceuses.
Sulfate de quinine. — Chez le huitième environ des ouvriers employés