PROFESSIONS. — POUSSIÈRES DE CHARBON
à la fabrication du sulfate de quinine et du sulfate de cinchonine, on remarque une éruption qui présente les caractères de l'eczéma. Les mêmes accidents peuvent succéder à l'administration interne du médicament, mais ils paraissent plutôt alors affecter la forme érythémateuse.
Poussière de charbon (anthracosis) (fondeurs en fonte et en cuivre). — Les mouleurs en cuivre, en bronze ou en fonte ont été exposés à des inhalations de poussière de charbon ou poncif qui ont provoqué chez eux des accidents que nous allons faire connaître. Ces ouvriers, qui sont très nombreux à Paris, ont demandé avec une grande énergie la réforme de leur industrie. Leurs réclamations ont été examinées avec le plus grand soin par le Conseil de salubrité, qui en a reconnu le bien fondé, et prescrit les mesures pour prévenir les accidents. Depuis, Tardieu a publié un bon travail qui a confirmé tout ce que les délégués du Conseil avaient constaté. Proust a, depuis, étudié cette industrie avec un grand soin. Il paraît étrange, au premier abord, que les fondeurs soient exposés à l'inhalation des poussières de charbon, Voici dans quelles conditions elle s'effectuait: le moule est fabriqué avec un mélange de sables préparés par un noyauteur. Cette opération est dangereuse. Le moule étant préparé, un ouvrier saisit de la main droite un sac en toile de coton noué à la partie supérieure, et qui renferme la poussière de charbon ; il pince l'un des coins inférieurs avec deux doigts de la main gauche, et l'agite par mouvements saccadés qui font tamiser la poussière à travers le tissu. La poussière se montre partout ; il reste pendant un certain temps un nuage de poussière tel, que la figure et les mains des ouvriers sont à peu près noires.
L'ouvrier projette quelquefois avec la bouche, soit de l'huile, soit de l'eau ou de l'eau sucrée, pour humecter le moule ou faire adhérer la poussière.
Le moule étant préparé, on le sèche et on coule la fonte. Avant de quit ter l'atelier, la pièce en fonte est saupoudrée de poudre de charbon, comme le moule. Cette inhalation continue de poussière de charbon détermine, chez les ouvriers, des modifications de la santé que Tardieu sépare en trois périodes. Lapremière consiste en une sensation de fatigue disproportionnée à la dépense des forces musculaires de l'individu, fatigue qui se manifeste surtout dans la seconde moitié de la journée, s'accompagnant alors d'une dyspnée qui augmente graduellement jusqu'à la fin du travail, se prolonge dans la soirée, hors de l'atelier, et nécessite l'ajournement du repas ou l'usage exclusif d'aliments liqui des. Cette dyspnée devient bientôt habituelle ; la toux s'y ajoute et se produit par des quintes, l'ouvrier supporte le travail en se reposant par intervalles. La percussion montre dans toute l'étendue de la poitrine, mais surtout au sommet, une diminution de la sonorité, et des points presque mats inégalement disséminés. Le murmure vésiculaire a perdu
de son intensité et n'existe plus dans les points où il y a de la matité. Quelques râles de bronchite sont quelquefois perçus.
Dans le deuxième degré, les signes sont à la fois plus tranchés et plus caractéristiques; les traits sont altérés, le teint est pale et plombé, la démarche lente et pénible. Il y a de l'oppression et de l'anhélation presque continuelles. La respiration, courte et suspirieuse, entraîne à la longue une voussure plus ou moins générale de la poitrine. Les malades se plaignent de constriction à la base du thorax; ils toussent parfois sans discontinuer, d'autres fois par quintes extrêmement pénibles, s'accompagnant fréquemment de crachements de sang, et, dans tous les cas, de mucosités épaisses, visqueuses, au milieu desquelles sont expulsées des masses de matière noire pulvérulente plus ou moins agglomérée.
A la troisième période, les symptômes s'aggravent encore; l'amaigrissement est plus considérable; il y a, le plus souvent, complication d'affections consécutives du cœur (dilatation, hypertrophie), des troubles mécaniques dans la circulation veineuse du foie et des organes digestifs, de la diarrhée et de l'œdème. Les ouvriers, arrivés à cette période, sont à peine capables de travailler ; quelques-uns peuvent encore, pendant la belle saison, occuper quelque fraction de journée. Dans la dernière phase, la voix devient brève, la parole entrecoupée, la face livide, et les malades meurent d'asphyxie dans le marasme.
On le voit, par la succession des inhalations, les poussières de charbon traversent peu à peu toute l'étendue des bronches sans s'y arrêter; arrivées à leur extrémité, elles séjournent dans les alvéoles pulmonaires et finissent par pénétrer; une fois que le charbon s'est ouvert un passage, les nouvelles poussières pénètrent de plus en plus dans le tissu pulmonaire; elles ne s'arrêtent, dans leur marche envahissante qu'autour des vaisseaux dont la paroi élastique et musculaire leur oppose une résistance considérable. A mesure que les dépôts viennent s'y former, le tissu conjonctif s'hypertrophie, et ainsi, peu à peu, se constituent, à la place des éléments normaux, ces noyaux indurés et les cicatrices qui les accompagnent. L'oblitération consécutive des bronches est un fait presque constant (Proust).
Quand la poussière de charbon était exclusivement employée dans les ateliers de moulage encuivreeten bronze après plusieurs années (2, 5, 10) de travail, les ouvriers éprouvaient les modifications de santé que nous avons fait connaître. Ils étaient plus graves et plus précoces dans les ateliers où l'on employait, au lieu de poudre de pur charbon, les résidus de bateaux de charbon pulvérisé où se trouvaient, mêlées au charbon, des poussières minérales dures.
Aujourd'hui, au lieu de ce poncif on garnit les moules avec de la fécule; tous les dangers inhérents aux poussières ont disparu. On saupoudre d'abord le moule avec de la fécule puis avec du talc, dont l'usage